PHILOTHERAPIE

Philothérapie : Article n°54 : Philosopher c’est apprendre à vieillir

traffestinJe m’appelle Thierry Raffestin, j’ai trente ans et une formation universitaire de philosophie. J’ai envie de dire que la vieillesse commence dès la naissance, déjà par filiation, par le simple fait d’avoir des grands-parents.
Une question m’interpèle : pourquoi a-t-on à ce point peur de vieillir ?
Pour avoir travaillé dans les cosmétiques, j’ai bien pu mesurer cette crainte, cette appréhension, cette peur de la ride qui cache en réalité celle de la mort.

Nous vivons dans une société d’unanime ignorance à ce sujet. Moi, je n’ai pas peur de vieillir ni de mourir. Ce dont j’ai peur, c’est de passer à côté de ma vie, de passer à côté du bonheur.
Sous prétexte qu’il s’agirait de « se prendre la tête », les gens ne réfléchissent pas ou si peu au sens de la vie, de leur vie.
Au lieu de cela, ils se précipitent plutôt devant leurs écrans : c’est ce phénomène qui m’inquiète pour nous : ces écrans qui nous prennent la tête, le nouvel opium du peuple !
Car en réalité ces technologies nous projettent directement au devant de notre mort. Quand je regarde la télévision, je deviens identique à ces personnes âgées qui font de même, comme pour patienter avant que la mort ne les libère enfin de cette prison technologique qui finalement nous neutralise tous.
Se divertir de cette façon, c’est se détourner du potentiel que la vie nous offre, c’est se couper de sa vie et de celle des autres.
Toutes ces prétendues connexions artificielles nous fédèrent dans l’ignorance de soi et d’autrui ; de la complexité de l’intelligence émotionnelle, de la connaissance humanisante, des livres qui nous éclairent, de notre patrimoine, de notre histoire commune, aussi de notre citoyenneté !
La promesse de notre modernité est fallacieuse, une pré-mort comme une pré-retraite que l’on prend sans réfléchir.
Nous nous détournons ainsi les uns des autres et en particulier des anciens, qui sont les premières victimes de cette logique vicieuse, comme l’on dissimule la mise à mort du condamné derrière un rideau. C’est une peur de la solitude face à la mort qu’il convient de guérir sinon déjà d’apaiser, plutôt que de la voiler comme si l’on dissimulait la poussière sous le tapis.
En croyant être connectés par des écrans qui nous segmentent et nous standardisent, nous nous privons d’un présent concret, dans lequel se repli le potentiel de l’avenir et le soucis du passé. Et l’on jette de cette façon nos anciens avec l’eau du bain !

thumbnail_IMG_8496Essayons de lire leur témoignage intellectuel et littéraire, essayons déjà seulement de leur prêter l’oreille ou de leur accorder un regard moins superficiel, alors nous verrons et ressentirons leur bonheur simple d’être ensemble, car eux ne l’on pas oublié.
L’avenir des générations futurs réside dans le cœur et la mémoire de nos aînés.
Faire corps, faire peuple et société, tous ensembles, c’est nous permettre de bénéficier, en tant que « jeunes », des avantages de l’âge à travers les anciens sans avoir à en endurer les contraintes ; allant de même pour les gens âgés, de profiter encore de nos joies insouciantes sans ne plus avoir à craindre les travers de nos fougues.
Dans certaines cultures, les ancêtres sont vénérés comme des dieux ; il y a de quoi faire signe, donner sens et s’en inspirer pour redéfinir la direction notre modernité.
J’ai vécu un an chez mes grands-parents, à l’âge de seize ans. J’ai partagé leur quotidien, leurs préoccupations, leur vision de la réalité et, bien sûr, leur amour. Actuellement, j’ai plaisir à aider un agriculteur à la retraite, un des nombreux sinistrés de la récente catastrophe naturelle qui a touché le Var. On apprend à se connaître et Alain me transmet son expérience et les savoir-faire de son métier. Prochainement enfin, mon association « La Parole aux Actes » proposera une animation en centre de gérontologie, toujours sur le thème de l’aide aux sinistrés. Nos aînés ne sont pas de simples « vieux » ; ils sont, à qui sait voir, de formidables potentiels d’humanité.
Par là, si j’aime les gens, j’aime aussi évidemment les personnes âgées, ces anciens jeunes ; discuter et échanger avec eux mais aussi les observer !

En conséquence de quoi, j’ai un petit chariot de vieux pour transporter mes commissions, ce depuis ma première année de fac. Quand les autres étudiants me regardaient avec une curiosité perplexe, j’écoutais ma musique, tranquillement amusé derrière mes lunettes de soleil tandis que je les regardais s’épuiser à porter de lourds sacs cabas jusque notre cité universitaire.

Socrate nous dit que philosopher c’est apprendre à mourir, car philosopher c’est vivre ; donc bien vivre permet de bien mourir.
Tout à coup, la mort n’est plus la promesse du mal, mais au contraire l’issue heureuse d’une vie de bonheur.
En ce sens, j’ai hâte de vieillir, car cette perspective me rend déjà heureux !thumbnail_IMG_8498

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