PHILOTHÉRAPIE : Article n°48 : Assiste-t-on au retour de la race ?

culture hindoueSi les polémiques fleurissent régulièrement, le retour de la race comme paradigme, c’est-à-dire comme mode de compréhension de l’Homme semble refaire surface, notamment – et pour ne citer qu’elle -, avec la récente affaire « Morano ». Pour autant plusieurs questions se posent, déjà celle de savoir si parler de race revient seulement à parler de racisme. C’est la première question à considérer pour comprendre ensuite pourquoi ce retour de la race. Car l’Homme ne peut plus en aucune façon être ainsi compris, dès lors pourquoi cela se fait-il encore ? Parler de race c’est non seulement prendre le risque du racisme, mais c’est aussi passer à côté d’une compréhension réelle et globale de l’Homme dans la complexité des enjeux de sa modernité.

La notion de race appartient en propre au domaine de la biologie, et en ce domaine il est admis depuis longtemps qu’il existe non pas des races humaines mais une seule race, la race humaine. « La » race humaine comprend ainsi l’Homme dans sa dimension biologique et inclut en elle toutes ses particularités génétiques et physiologiques. Parler de races pour parler de l’Homme consiste donc en une erreur scientifique élémentaire, et en un anachronisme historique relevant d’une certaine médiocrité intellectuelle. Et parler de la race pour parler de l’Homme, c’est ne pas dire grand chose de plus que cela finalement. Aussi il est important de préciser que parler de race n’est pas forcément une faute morale, tant qu’il s’agit d’un mode de compréhension de l’Homme. Il est question de racisme lorsqu’il est question d’ordonner et de hiérarchiser ces dites races selon des critères moraux, religieux, génétiques etc.  Par là, plutôt que de tomber dans une forme d’indifférence condescendante envers cette position intellectuelle, ou de choisir comment il convient de condamner ces positions selon qu’elles parlent de race ou de racisme, il convient de chercher à savoir pourquoi une telle position est adoptée. Pourquoi ce retour de la notion de race alors que tout porte à ne pas l’adopter et même à la dépasser ? Ou, pour le dire autrement, pourquoi ne parvient-t-on toujours pas à dépasser l’aporie de la notion de race pour comprendre l’homme en son humanité ?
culture mecqueUn glissement tend à s’opérer depuis des décennies à partir ce paradigme racial. Ce nouveau paradigme est le paradigme culturel, c’est-à-dire que l’on choisit la culture comme modèle de compréhension de l’Homme dans sa diversité, sa diversité culturelle. Ce changement de paradigme s’opère chez les néo-kantiens, puis chez Cassirer qui fonde sa Logique des sciences de la culture. Enfin cela se poursuit chez Claude Lévi-Strauss, ou plus récemment encore chez Huntington et son Choc des civilisations. Le paradigme est là, il n’est plus à rechercher ou à trouver, il est seulement à discuter, à critiquer, à corriger et à améliorer car, pour ainsi dire, tout reste à faire en ce domaine. Pourtant, au lieu d’une telle démarche, il fut et il est encore question de condamner cette démarche même. La politique et cela devient une coutume, se mêla d’autre chose que de politique et fit la condamnation de ces travaux en science de la culture. En substance, l’éviction consiste à considérer que parler de l’Homme en le subdivisant en cultures revient à le subdiviser, à le hiérarchiser en cultures. Ce fut pour eux la résurgence d’une forme de racisme, un nouveau paradigme racial qui ne se nomme pas ainsi mais qui n’en est pas moins tel. Or il n’en est rien et c’est une preuve de plus de l’incapacité et de l’illégitimité du politique à s’ingérer en d’autres domaines que le sien. S’en voulant pour preuve, il suffit de lire ces travaux en sciences de la culture, ou déjà la série d’articles rubrique Philopure de ce site, consacrés à Cassirer et les sciences de la culture. Car comprendre l’Homme selon ses cultures ce n’est en rien le subdiviser selon ses races. Déjà la race n’a plus sa place dans le paradigme culturel. Et si l’on se place du point de vue racial, le paradigme culturel inclut la ou les races sans leur prêter égard, dans une indifférenciation totale. Parce que ce qui intéresse la science des cultures, c’est de savoir comment une culture apparait, comme elle vit et évolue, et comment elle meurt. Il est question de comprendre les inter-actions des cultures les unes avec les autres, de comprendre comment « les » hommes font « une » culture. On retrouve là des thèmes majeurs, si classiques et si propres à la philosophie ; notamment le rapport du particulier au général, du général à l’universel ; du rapport de l’universel au général, du général à l’individuel ; de l’individuel à l’universel et de l’universel envers l’individuel. Rien de bien politique et pourtant le politique est partout, dans la morale, la science, la philosophie, dans les universités, les écoles, les médiats, et plus généralement dans les têtes de tout à chacun. Sans prendre le risque d’accuser le politique d’avoir créé un véritable déficit intellectuel, il est bien déplorable de constater déjà qu’il le favorise, le cultive et donc l’accentue.

culture françaiseAussi d’une crise de la culture est-on en train de passer, sûrement à cause des politiques, à une tragédie de la culture, pour reprendre les termes d’Hannah Arendt et de Georg Simmel. Déjà, ce retour de la race que l’on ne cesse de constater ou qui tend à se manifester, est le signe ou le symptôme de cet empêchement voire de cette condamnation du paradigme culturel, qui a à s’imposer pour comprendre l’Homme dans sa réalité, mais aussi pour en comprendre les enjeux et éventuellement déceler par cette démarche les éléments qui permettront de résoudre ou d’éviter bien des problèmes qui, à terme, engagent la vie des hommes eux-mêmes. Car on parle bien de conflits culturels, de tensions sociales, de guerres etc. Hannah Arendt disait à juste titre que la violence est la sage femme de toute société grosse d’une autre. Il convient donc de bien choisir et de bien diriger cette sage femme, autrement dit il convient de bien choisir – voire aussi de ne pas choisir – la forme de violence, adéquate à tout changement ou conservation de société, ou de culture, et de bien la diriger, de lui donner sens ou du sens. Nadine Morano, dans ses récents propos reprenant cette célèbre citation du Général De Gaulle, ne fait pas autre chose que confondre, à travers un anachronisme historique, la culture et la race, n’aidant point par là, à faire avancer l’intellect sur le bon chemin. Défendre la culture ce n’est point défendre la race, mais c’est défendre l’homme dans sa définition culturelle, riche, complexe et toujours fragile.
Aussi tant que l’on empêchera ce paradigme culturel de faire son travail, on ne fera qu’accentuer les tensions que l’on doit se donner de désamorcer si ce n’est déjà de comprendre. Avec cette résurgence de la race, il faut y voir un paradigme culturel qui frappe sans cesse à la porte. Car le risque, c’est de l’étouffer au point de laisser à nouveau seule s’écrier la notion de race, dans toute son inexactitude, et surtout dans toute la charge émotionnelle que cette notion sous-tend, et qui enfouira toujours plus au rang de malédiction le concept de culture, pourtant propre à des progrès intellectuels nécessaires et quant à eux opératoires. Aussi le jour où les politiques se mêleront seulement de politique et les intellectuels seulement d’intellect, selon leur méthode et leur scientificité, les choses ne pourront qu’aller mieux, les sciences de l’homme avanceront, et peut-être – du moins espérons-le -, peut-être que la politique fera à son tour avancer les choses.

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