PHILOTHÉRAPIE : Article n°47 : Marine Le Pen est-elle une menace pour la France ?

marine le penSi Marine Le Pen était élue aux prochaines élections présidentielles, que se passerait-il ? C’est l’une des questions majeures, centrales et l’une des plus pertinentes à poser à l’heure actuelle. Parce que les autres partis politiques arrivent à bout de souffle, que ce soit idéologiquement ou structurellement : ils sont en train de s’effondrer d’eux-même et sur leurs propres bases. C’est face à cet appauvrissement de grande ampleur que l’hypothèse de l’élection du Front National prend également toue son importance. Car les partis dits traditionnels arrivent au bout de leur efficacité pratique, nul besoin pour cela d’avoir à s’attarder inutilement sur les bilans de ces partis. Alors l’arrivée de Marine Le Pen au pouvoir est-elle à craindre, à espérer ou doit-elle laisser de marbre, à l’instar des précédentes prises de pouvoir ?

Le Front National est lourd d’une histoire mouvementée. Outre les indélicatesses si ce ne sont les énormités proférées par Jean-Marie Le Pen, il y a aussi les classes, politiques, médiatiques, associatives etc., qui font encore aujourd’hui de l’image du parti une épine à se retirer du pied. Pour autant doit-on ne pas tolérer des idées parce qu’elles ne plaisent pas ? Doit-on se faire l’avocat de l’humanisme ou de quelque autre cause pour aller en guerre contre un parti, dusse-t-il s’agir du Front National ? Il y a bien une pertinence dans les questions soulevées par ce parti, mais cette reconnaissance se fait bien à l’abri, de préférence dans des cercles plutôt privés, dans quelques rares discussions où la confiance règne et doit régner. Mais à quoi bon ? Les questions touchant à l’identité nationale, à la définition de ce qu’est la France, de ce qu’est sa culture et son peuple sont des questions intéressantes et pertinentes pour parler de l’avenir de notre pays. Elles découlent même de problématiques majeures en philosophie politique, en sciences de la culture et plus généralement en sciences humaines. On peut ne pas être d’accord avec les positions et les mesures qui en découlent mais ce désaccord ne doit pas empêcher de se poser ces questions. C’est là le travail de tout intellectuel et de tout citoyen. Or justement se poser ces questions est une chose pour le moins très mal considérée, si ce n’est même – à tord – condamnée. Comment définir un programme d’actions politiques sans les traiter ? Comment évacuer le sentiment national, c’est-à-dire le sens du commun (à distinguer du communautaire !), si ce n’est en évacuant tout débat de la société ? C’est bien la raison pour laquelle l’on tente d’inonder les esprits de communautaires si ce n’est de futiles questions concernant – non exhaustivement – les rythmes scolaires, les devoirs à la maison, le made in France ou bien encore la PMA. Au lieu de cela ne devrions-nous pas plutôt nous demander comment produire en France et donc comment protéger cette production, savoir ce qui la menace etc., nous interroger plutôt sur ce que doivent apprendre les enfants à l’école, s’ils l’apprennent effectivement au lieu de se demander sans cesse comment le leur enseigner ?

Là Marine Le Pen n’est pas sauvée mais elle a au moins le mérite de poser ces questions. Si leur traitement en est une autre, le seul fait de poser de bonnes questions est déjà et d’entrée de jeu une bonne chose. Car un bon diagnostique est la condition d’une bonne prescription ! Parce qu’en repoussant ces diagnostiques, c’est l’avenir de la France que les autres partis repoussent. Et ceci explique pour une grande part cette montée du Front National. Par là, au lieu de condamner par de grands arguments d’autorités ou à simples coups de sentiments, les responsables politiques et autres représentants des organes vitaux de la démocraties (médias, intellectuels, associations…) feraient bien mieux de mettre leur intelligence au service de ces problématiques fondamentales au lieu de les laisser au Front National pour mieux les condamner et par suite, les évacuer. Cette logique finissant de s’éroder, il faut la revoir et se mettre au travail pour de bon !

Mais poser de bonnes questions suffit-il pour un parti à se montrer rassurant ? Le FN démontre là le contraire. Car la plus grande peur insufflée par Marine Le Pen et peut-être aussi surtout par ses détracteurs est celle de son autoritarisme. Qu’est-ce qui assure le peuple qu’à la suite de son élection, Marine Le Pen respectera nos institutions démocratiques ? Et bien d’une part il ne faut pas oublier que ces mêmes institutions sont justement conçues de telle sorte qu’une chose pareille ne soit pas possible, en témoigne en première instance la séparation des pouvoirs. Le jeu des contre-pouvoirs devrait garantir l’impossibilité d’une extensibilité quelconque du pouvoir de son Président. Et si ces garanties structurelles ne suffisent pas à rassurer, il suffit de se remémorer ce fameux second tour des élections de 2002. Aussi pourrait-on imaginer que le pays soit totalement paralysé par une vague de manifestations qui, on peut là encore se le figurer sans se taxer de prémonition, se poursuivrait tout au long du mandat. Ceci à l’inverse est source d’inquiétude et là Marine représente non plus une menace mais le risque d’une paralysie, d’une scission difficilement surmontable. Dans une telle perspective comment imaginer que Marine Le Pen puisse faire le mal si un quelconque bien pourrait même ne jamais pouvoir être possible ? Par là la question est celle de savoir si le peuple est en mesure de se porter garant des institutions qu’il s’est lui-même donné d’avoir et d’utiliser. La peur de l’élection de Marine Le Pen n’est-elle pas en réalité le signe d’une peur ou d’un manque de confiance en la démocratie elle-même ? Et si tel est bien le cas, est-ce là la faute de Marine Le Pen ou plutôt celle des responsables politiques et des autres organes de pouvoirs qui se sont succédés et sont toujours en place ? Au final, de quoi Marine Le Pen est-elle responsable ? Est-ce elle qui créa cette crise qui existe et dure depuis bien avant 2008 ?

On peut comprendre l’inquiétude, la crispation voire l’angoisse suscitée par la perspective d’une telle élection, mais que peut-elle être face aux scrutins passés et à leur désastreuses conséquences sur notre actualité et surtout sur notre futur ? Car il faut remettre sur une bonne échelle de valeur les actions des uns et des autres à la tête de l’État. Sans avoir besoin d’être racistes ou diaboliques, les partis et responsables politiques se sont succédés pour mettre en place un visage de la France au moins aussi redoutable, et là opérant, que celle que l’on craint aujourd’hui avec la montée de Marine Le Pen. Pour ainsi dire, dans le pire des cas avec Marine Le Pen la violence sera simplement déplacée d’un camp à l’autre, d’une position à l’autre, d’une communauté à l’autre : dans le pire des cas.

Aussi si Marine Le Pen représentait une menace pour la France ce serait soit parce que les autres partis n’auraient plus été en mesure d’assurer la stabilité et donc la solide pérennité de la France ou bien alors parce que la structure de nos institutions démocratiques ne serait plus en mesure de faire face à la nature de son peuple et donc à ses aspirations. Mais au final et en admettant qu’il ne soit pas un remède, le Front National ne serait que le symptôme d’une maladie dont il faudrait trouver la cause ailleurs qu’en la personne de Marine Le Pen. Les véritables problèmes demeureraient alors et la solution serait encore à trouver, avec ou sans le Front National.

À lire aussi :

Rubrique Philopure :

Qu’est-ce que la peur de l’autre ?

Rubrique Philothérapie :

Article n°45 : Qui peut encore parler de démocratie ?

Article n°39 : Régulation des flux migratoires et humanisme peuvent-ils coexister ?

Article n°26 : Qu’est-ce que défendre le culture française ?

Article n°13 : Stigmatisation : la loi marque-t-elle des esclaves ?

4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. LOACMATEO dit :

    Bonjour,

    Alors en dépit de la vacuité des articles indiqués par ces liens, cela n’enlève rien à ce que soulève la question de savoir si Marine Le Pen est une menace pour la France. Une fois encore notre système politique doit être en mesure de contrer non pas l’arrivée au pouvoir de la pire des personnes, mais il se doit d’empêcher les pires actions, je veux dire celles qui n’émanent pas du peuple ou du moins de sa majorité. Faut-il ajouter et souligner une fois encore l’intérêt de la séparation des pouvoirs ; aussi cette séparation existe-t-elle toujours ? Est-ce là une conséquence des idées de Marine Le Pen et/ou du Front National ?
    En outre ce type de positionnement, c’est-à-dire à partir d’une affiche, d’un patrimoine politique salissant ou quoi que ce soit d’autre du même genre n’enlève rien à la pertinence des questions qui peuvent néanmoins être soulevées par ce parti ou en la personne de sa Présidente. C’est ce qui pêche aujourd’hui dans la compréhension de la politique actuelle et donc c’est ce qui finit par laisser un large boulevard au Front National que l’on affectionne pourtant de combattre. À dessein je citerai cette phrase de l’article : « Par là au lieu de condamner par de grands arguments d’autorité ou à simples coups de sentiments, les responsables politiques et autres représentants des organes vitaux de la démocraties (médias, intellectuels, associations…) feraient bien mieux de mettre leur intelligence au service de ces problématiques fondamentales au lieu de les laisser au Front National pour mieux les condamner et par suite les évacuer ».
    Ceci peut être difficile à admettre mais seul le FN pose ce genre de question (identité, immigration, Europe…). Suite à cela il n’est pas forcé de s’engager dans cette voie mais d’apporter éventuellement ses propres réponses. Si ces réponses diffèrent du FN tout en répondant aux problèmes qu’il soulève toutefois, alors on est en droit de penser qu’il s’agit d’un « combat » pertinent contre des mesures que l’on peut tout a fait juger péremptoires, inappropriées ou allant à l’encontre de ses valeurs.
    Sans avoir une telle prétention que celle de « combattre » le Front Nationale, je pense illustrer mon propos dans l’article n°39 sus-mentionné dans la rubrique Philothérapie de ce site et intitulé « Régulation des flux migratoires et humanisme peuvent-ils coexister ? ».

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  2. admin dit :

    Bonjour,

    Ne lisez-vous donc que les images? Il est un peu facile de réduire à la vacuité des articles dont on ne critique pas le contenu. Vous faites notamment peu de cas de l’analyse d’Hannah Arendt qui a vécu en direct la banalisation de la montée du NSDAP dans les années 30, notamment dans les milieux intellectuels. Est-ce parce que vous participez-vous aussi à la même opération, ou versez dans la même illusion, quand vous écrivez que le FN (parti fondé entre autres par d’anciens Waffen-SS) pose les questions pertinentes « (identité, immigration, Europe…) » que les autres partis devraient poser au lieu de s’en prendre à la personne qui les soulève, pour pouvoir résoudre les problèmes qui nous accablent? Vous réduisez à un argument ad hominem une critique de fond: les questions interro-négatives que le fn pose, en vérité les réponses qu’il assène depuis sa fondation, ne sont pas les bonnes « réponses » à la crise. Elles étaient déjà, mutatis mutandis, les sophismes agités par les nazis.

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  3. LOACMATEO dit :

    Bonjour,

    Ayant relu l’article que je vous ai mentionné dans ma précédente réponse (Article n°39 : Régulation des flux migratoires et humanisme peuvent-ils coexister ?), je pense que celui-ci illustre et précise mon propos. Dans une démarche philosophique il n’est pas question de juger le traitement des problématiques identitaires, migratoire ou encore européenne du Front National mais bien plutôt d’entendre le recul critique dont ces questions elles-mêmes font preuves indépendamment de toutes les présomptions qui peuvent toucher ce parti. Il n’est pas donné à une telle démarche philosophique de dire si le programme frontiste est bon ou mauvais, ce serait là faire de la politique ! En revanche il est possible de juge la pertinence de ces idées sur un plan théorique. Et ce plan théorique est justement entravé par les ambiguïtés propres au FN. Dès lors il faut être en mesure de séparer ces tenants partisans des questions qui possèdent pour elles-mêmes leur autonome pertinence. L’immigration existait bien avant le FN et était politiquement traité bien avant lui durant toute l’histoire des régimes politiques dans quelque civilisation que ce soit. Il faut savoir faire preuve d’une certaine objectivité intellectuelle pour les traiter et proposer des voies de réflexions intéressantes, pertinentes et opératoires. Il ne faut pas oublier que l’intellectuel doit optimiser le bonheur des hommes dans une démarche de réflexion, en sachant que la réflexion est la condition de l’action. En être capable est un véritable effort, qui plus est lorsqu’il s’agit du Front National car on peut vite se demander si par cette méthode l’on est pas en train de soutenir ce que l’on se donnait de combattre. Or comme je l’ai exprimé plus haut, le combat traditionnel contre le FN ne donne rien et n’a plus véritablement de fondement. Toutefois s’approprier à nouveau et à nouveau frais ces thèmes qui ne lui appartiennent pas en propre, loin s’en faut d’ailleurs, c’est rectifier tout ce qui peut gêner ou poser problème avec ce parti. Car les aspirations sont grandes concernant ces thèmes majeurs de la politique, les citoyens sont très demandeurs en régulation des flux migratoires, en sécurité et en ressources de toutes sortes (pouvoir d’achat, travail, santé…) qu’il faut répartir selon de nouveaux critères. En cas contraire les frustrations continueront de s’accumuler et le ressentiment continuera de gagner du terrain et avec eux, le Front National. Les paradigmes doivent changer pour coller à la réalité dans sa dynamique actuelle. Il faut donc aussi cesser de se placer sur le paradigme des droits de l’homme pour engager la réflexion sur un paradigme civilisationnel plus propre à respecter les hommes et donc leurs droits fondamentaux (ce que j’argumente en conclusion de mon article « Qu’est-ce que la peur de l’autre ? » rubrique Philopure).
    Qu’en pensez-vous ?

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