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Cassirer et les sciences de la culture : III. Phénoménologie de la perception et prégnance symbolique : l’élaboration d’une philosophie de la relation

philo cassirer art visionLogique du phénomène artistique, dynamisme et cohérence des formes.

Dans cette démarche cassirérienne de compréhension de l’homme à travers la culture en tant qu’elle le définit et qu’il la structure objectivement et phénoménalement les fondements de sa pensée sont à présent posés. Néanmoins doit-il s’agir de leur trouver un régime d’objectivité en ce troisième volet de cette série d’articles qui lui sont consacrés. Aussi la question du style est importante, notamment dans le chapitre « Perception de l’expression » de La logique des sciences de la culture car il s’agit de construire une logique du phénomène artistique.

Il s’agit de construire une logique du phénomène artistique dans la perceptive de fonder un régime d’objectivité pour comprendre l’homme et le monde. À dessein les lois empiristes se révèlent insuffisantes. Le concept du psychique de Locke est d’ailleurs critiqué en raison d’un dynamisme du psychique.

L’entreprise de Cassirer consiste à construire une structure et à la voir évoluer. Par suite il entend savoir comment ça peut faire retour, rappelons ici chez Warburg cette « survivance de l’antique ». Aussi la question de la mutation en biologie est identique à la question du style en art, idem pour le langage dans lesquels on retrouve à la foi quelque chose d’universel et de relatif. Par là il y a du logos partout et pas seulement dans les mathématiques, aussi dans la religion, l’art ou encre la technique.

Passons à présent à la deuxième étude de Cassirer de sa Logique des sciences de la culture. Ici la forme relève d’une morphologie, référence à Goethe qui invente ce terme et qui incluse d’emblée la possibilité de l’évolution. Aussi cette morphologie implique transformation, déformation et reformulation c’est-à-dire un dynamisme de la forme. Il y a donc chez Cassirer cette hantise de la forme statique car elle est incapable d’expliquer l’évolution culturelle. Aussi s’oppose-t-il au positivisme et psychologisme en contredisant l’univocité que la science serait capable de porter avec l’équivocité des cultures.

Le concept de morphologie suppose l’analyse de processus mais aussi une sorte d’organisation, de systématique, de cohérence des formes. Le système n’est pas ici à entendre au sens hégélien du terme mais il permet de comprendre le « monde des formes ». Ainsi dans ce processus morphologique faut-il conjuguer l’historicité c’est-à-dire l’unicité et l’équivocité du sens. L’erreur physicaliste chez Carnap est l’univocité, celle de ne vouloir définir qu’un seul régime de sens. Il s’agit (Logique des sciences de la culture, p. 118) de trouver un nouveau point d’Archimède. Cela suppose un avant, un amont du concept qui se situe dès la perception. C’est là la raison pour laquelle Cassirer n’est pas hostile à l’empirisme (op. cit., p. 119). Il faut trouver ce point en revenant à une couche primitive, un retour en arrière (ibid., p. 118) vers le moment où le perçu va se différentier. L’objet se définit donc comme un vécu de perception. Si ce travail de retour est un retour à une couche primitive il n’est pas pour autant un retour à la métaphysique. On abouti à la question du mythe (ibid., p. 20).

Dans La philosophie des formes symboliques (abrégé PFS, III, p. 98) il y a une priorité de la perception de l’expression sur la perception des choses ce qui permet d’échapper au physicalisme et au naturalisme. Chez Cassirer (op. cit., p. 78) l’altérité est première dans la conscience de soi aussi affirme-t-il que « la perception d’expression est plus précoce que le savoir de chose ». L’altérité précède le rapport à la chose et donc la phénoménologie de la perception ne peut prendre comme premier le rapport entre le sujet et l’objet. On est par conséquent plus dans une logique de la présence que dans une logique de la représentation. Il y a ainsi quelque chose de fondamentalement originaire dans l’altérité.

Du concept de prégnance symboliques vers une philosophie de la relation

Ce caractère fondamentalement originaire de l’altérité dans le rapport de l’homme au monde conduit donc au concept cassirérien de prégnance symbolique. Ce concept vaut dès le niveau de la perception (PFS, III, p. 123) et même dès le niveau de la signification de la perception. Il n’y a donc pas de donnée brute détachée d’une activité de sens, d’une activité synthétique. Il y a une articulation, une structuration immanente. Il existerait donc quelque chose comme un sens non intuitif, et en négatif il n’y aurait pas de contenu de données brutes. Il y a une activité synthétique dès le stade de la perception. Pour Cassirer c’est une production de sens ; ce qui articule et structure notre rapport perceptif au monde produit du sens. Aussi le corps, la chaire produisent du sens. Le corps est un lieu de symbolisation, de production de sens. Cela permet de montrer qu’il n’y a pas d’après coup, de ne pas dissocier ce qui est simultané.

Ce concept de prégnance désigne l’immanence du sens dans les choses, un sens qui n’est pas seulement reçu comme tel depuis les choses perçues mais qui est produit. C’est le fait même de cette activité synthétique transcendantale (le transcendantal désigne pour Kant la condition de possibilité de l’expérience) reprise à Kant. Notons là qu’il y a immanence au niveau seul de la phénoménalité et qu’il n’y a pas de substance ni d’arrière monde. Il y a de plus une sorte d’entrelacs entre le singulier et le général qui pourra devenir et va devenir un entrelacs entre le singulier et la structure. Et c’est là que s’articule la possibilité d’une généralisation.

Ce que fait donc Cassirer c’est une dynamisation de la fin transcendantale de Kant. Synthétique et logique transcendantale kantiennes ne sont plus statiques et Cassirer les dynamise en trouvant une légalité immanente. Il est important de préciser qu’il ne s’agit pas d’un vitalisme mais bien d’une phénoménologie. Il y a une sorte de force vitale, une énergie qui circule mais dans une philosophie de l’expression dans laquelle il s’agit bien plus de mettre en forme, de donner sens et d’exprimer. Il s’agit d’une philosophie de la relation. Il est question d’une mise en relation et non pas d’une philosophie de la vie, de la conscience ou de l’absolu.

Le perçu est plus que la somme de ses parties et surtout il n’est pas une somme de datas brutes.

À présent la difficulté qu’il va falloir surmonter est celle de dépasser le conflit qui oppose les sciences de la nature et les sciences de la culture. Il s’agira d’articuler la perception et l’expression, de repenser cette logique des sciences de la culture à partir de cette logique de la perception et de la prégnance symbolique. Cette démarche s’effectuera à partir d’une réflexion sur le corps et par suite enfin par le recours à la pensée de Wölfflin précédemment annoncée pour construire enfin cette logique du phénomène artistique.

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