L’un et le multiple chez Plotin et Proclus : II. Exposé des trois principes et critique de leur interprétation hypostatique

philo vision mondeDans la suite consacrée à l’un et au multiple chez Plotin et Proclus, il va être question dans ce second article de suivre l’ordre de la procession de l’un vers le noûs, c’est-à-dire vers l’Intellect puis l’âme. Il faut donc examiner ce qui conduit Plotin à poser un premier principe dont le caractère serait d’être pur. Pour cela il faut se référer à l’Ennéade VI (7, 36) dans lequel Plotin commence par le verbe « instruire », « ce qui nous instruit sur l’un », c’est-à-dire ce qui nous fait connaître l’un, il s’agit donc d’un enseignement. En deuxième partie on retrouve souvent en grec ancien « d’un côté… de l’autre », « d’une part… d’autre part » ce qui donnait une clarté à l’exposé. Donc d’autre part dans cette seconde partie on a ce qui nous conduit vers lui, vers l’Un. Comme pour Platon on ne peut pas séparer le cheminement intellectuel d’une purification personnelle, d’une catharsis. Et inversement on ne peut pas s’instruire sans se changer et sans cheminer. À l’inverse aussi il n’y a pas de pratique aveugle ou sentimentale, pour bien agir par exemple il faut savoir discerner ce bien. Les aspects pratiques et théoriques sont deux aspects distincts et solidaires et donc on peut pas vraiment faire de choix entre les deux.

Aussi entre le noûs et l’Un se situe l’Intellect qui déploie l’ensemble de ce qui est pensable, l’ensemble de tous les êtres. On peut le comparer à la pensée divine. Il faut souligner qu’il n’est pas d’un côté un et de l’autre plusieurs. L’unité seconde, celle qui vient après l’Un est l’unité d’une grande multiplicité parfaitement unifiée, qui ne se disperse pas.

L’un « et » le multiple sont liés mais « et » pose aussi qu’il sont distincts. Ils sont donc différents : toi et moi ce n’est pas nous, c’est poser que nous sommes deux. Le mot « et » manifeste que la multiplicité qui à la différence du second, du multiple n’est pas complètement unifié, donc le degré de multiplicité s’accroit et le degré d’unité diminue.

Ce qui caractérise la psyche universelle, ou l’Âme du monde est qu’on passe de l’éternité au temps. L’âme est ce par quoi le temps fait son apparition. C’est Plotin qui invente le terme de « temporaliser », l’acte de faire apparaître le temps. La genèse du temps correspond au déploiement de l’âme, ce qui explique que l’on passe de l’intuitif au discursif. Di l’Intellect pense tout dans un seul acte l’âme ne peut pas se déployer dans un seul instant, dans un seul acte car la pensée prend du temps. L’âme n’est en mesure de penser les choses que les unes après les autres.

L’un premier, le noûs et l’âme qui sera à l’origine du monde sensible peut être exposé sous le nom des trois hypostases. Mais cette expression n’est pas acribique, elle n’est pas rigoureuse. C’est Porphyre qui a édité les traités de Plotin et donc les titres des traités n’ont pas été écrit par Plotin mais par l’éditeur. Le traité V, I est titré « Sur les trois hypostases ». Il y a deux problèmes quant à ce titres, déjà il n’est pas donné par Plotin et faut-il traduire hupostasis par hypostase ? C’est un peu comme substancia en latin, sta est la racine signifiant se tenir dans telle ou telle position et sub, ce qui se tient dessous, ce qui est plus fondateur par rapport à ce qui se trouve au dessus. La substance est au dessous de l’accident.

Aussi l’argument majeur est que si Plotin parlait de trois hypostases au sens de substance alors pour l’Intellect et l’Âme on peut parler d’hypostases mais pas pour l’Un au sens strict parce qu’il est au-delà de l’être, de la substance. Cela n’a pas de sens, cette expression n’est pas rigoureuse car le premier principe ne peut pas être appelé substance.

Plotin pose des principes par les trois hypothèses platoniciennes. Le Parménide pour ces trois hypothèses décrirait une généalogie métaphysique, c’est-à-dire que l’on commencerait par la source de toute réalité et puis ensuite les différents niveaux. Ce sera certes plus détaillé par ses successeurs mais c’est Plotin qui en pose le principe.

Le texte de Proclus dans sa Théologie platonicienne au livre I, chapitre 12 (éditions Belles Lettres) montre que pour lui il y a neuf hypothèses, les cinq premières sont positives (si l’un est…), on part du principe de tout et on va en descendant, et les quatre dernières sont négatives (si l’un n’est pas…). Elles sont pour lui une démonstration par l’absurde de l’existence et de la primauté de l’Un. Quand on dépose, quand on « enlève l’un » qu’est-ce qui s’en suit ? L’absurdité et le chaos. Les conséquences étant absurde cette hypothèse l’est aussi. Si l’un n’est pas principe tout s’anéanti, on n’est plus dans un univers pensable, on ne peut plus rien penser.

Les dernières hypothèses du Parménide sont fascinantes pour la pensée et particulièrement la huitième qui est fascinante parce que c’est une pluralité qui se pluralise sans fin. Ce n’est pas un multiple mais une multiplication sans fin. Aussi toute unité n’est qu’un jeu d’apparence. Platon (65 b-c) montre que la multiplicité fait un monde de simulacres dont je ne peux rien voir ni rien saisir, dans lequel ma propre identité tombe en poussière et dans lequel encore aucune réalité n’est saisissable. Il va donc falloir effectuer cette remonter vers l’un premier pour voir et saisir, pour s’identifier en propre.

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