PHILOTHERAPIE

PHILOTHÉRAPIE : Article n°43 : La légitime défense : acte hors limite ou limite sociale ?

philo leg def att main arméeLes évènements survenus à Nice et à Marseille ont récemment agité les médias ; deux braquages, l’un d’une bijouterie, l’autre d’un bar. La question qui se pose d’abord est celle de la légitimité de la défense dont ont fait preuve les victimes. Dans le premier cas, celui de la bijouterie de Nice, l’un des braqueurs est mort et dans le second un homme (âgé de seulement 17 ans) a été blessé. Que faut-il donc en retenir eu égard du débat d’opinion distillé par la presse ? Déjà, peut-il n’y avoir qu’un débat d’opinion ? Si l’opinion est partie prenante du débat démocratique en général elle n’en constitue pas à elle seule la substance. Mieux encore la démocratie ou tout régime politique est pensé en raison, que ce soit d’une bonne ou d’une mauvaise façon. Dès lors il y a bien une raison non seulement à ce qu’il se passe au sein d’un régime donné et aussi une raison aux fondements de ce même régime. Un régime politique n’est pas fondé en ses principes, sa structure et ses fonctions par l’opinion.

philo leg def chaos socialL’une des prérogatives centrales et même absolument cruciales de l’État ou plus généralement de toute corporation politique est d’assurer la paix et donc la sécurité de ceux qui appartiennent et adhèrent à ce regroupement. Si c’est là quelque chose que l’on a à l’esprit, nous, contemporains citoyens ou politiques, cet éléments constitutif et nécessaire de la politique se trouve aussi profondément impliqué dans la philosophie politique, ce à toutes ses périodes historiques. C’est ce sur quoi portent aussi nombre d’articles disponibles sur ce site, de la série consacrée au contractualisme et en premier lieu celui sur le « Contractualisme de Hobbes ou la racine pivot de notre politique contemporaine », mais aussi dans « Qu’est-ce que la peur de l’autre ? » rubrique Philopure ou encore dans l’article 13 rubrique Philothérapie « Stigmatisation : la loi marque-t-elle des esclaves ? ». Pour faire simple il est clair que si quelqu’un ne respecte pas les termes d’un contrat quel qu’il soit, celui qui se trouve être le seul à le respecter non seulement n’est plus obligé, mais se voit même obligé de ne plus le respecter. Parce que d’une part un contrat implique une obligation réciproque et continue dans le temps ou jusqu’à son terme à le tenir. Le contrat est aussi une promesse et implique donc la confiance. Là est sa faiblesse originelle, une société entière ne peut tenir seulement sur la confiance, car les intérêts de chacun ou la simple nécessité, ou encore le vice présent chez les hommes les rend enclin à être bien plutôt méfiant les uns des autres. L’on connait cette citation de Hobbes « L’homme est un loup pour l’homme ». Par là et d’autre part le contrat politique implique un troisième agent, un troisième acteur, indépendant de ceux qui contractent et qui a pour rôle de veiller à ce que le contrat soit respecté et, s’il ne l’est pas, à contraindre d’une manière ou d’une autre le contrevenant à payer la trahison de cette confiance et à observer son engagement.

Manifestation de pompiers contre les violences urbaines (Mulhouse)

Manifestation de pompiers contre les violences urbaines (Mulhouse)

Car être citoyen c’est bien cela, c’est être loyal, loyal envers ceux qui respectent les lois, les lois étant des contrats politiques commun à tous les citoyens qui le contractent par exemple lors des élections. Les élections sont un exemple de consentement à obéir à de futures lois, de futurs contrats généraux entre chacun d’entre ceux qui y consentent. Aussi la paix, ne pas attaquer autrui, ne pas le voler ni même encore le tuer c’est respecter la condition minimale d’une possible vie en communauté sous un régime politique donné. Et donc, si être respectueux de cet engagement c’est être loyal envers tous, le transgresser c’est trahir, c’est prendre autrui en traite. Car autrui lorsqu’il est victime est justement victime parce que lui accepte de ne pas s’octroyer quelque bien par la force, la violence ou la ruse illégitime et déloyale alors qu’un autre ne l’accepte pas et profite de ce qui devient alors une faiblesse. C’est la raison pour laquelle dans la nature il ne peut y avoir de victime mais seulement une non-sélectivité de la nature. Si pour quelque raison que ce soit un animal ou un végétal ne survit pas c’est seulement parce qu’il n’a pas pu s’adapter à son environnement, pas parce qu’il est victime. Par là il n’y a pas de loyauté dans la nature, car la loyauté est une valeur et une valeur morale humaine et sociale.

Aussi si elle respecte ce contrat, ladite victime n’a pas à subir pareilles agissements, l’État doit se faire le défenseur de ce citoyen pour combler et palier à cette faiblesse dont la victime n’est pas responsable. Le seul responsable c’est le coupable, du moins à ce stade. Et à ce stade, pour en revenir au sujet qui nous intéresse, il est possible de penser que l’acte du bijoutier de Nice ou du patron de bar de Marseille est un acte non-citoyen, illégitime car la loi interdit de tirer sur quelqu’un. Or un cas le légitime, ce que l’on appelle la légitime défense.

philo leg def émeutesEn philosophie politique et par exemple chez Hobbes la légitime défense intervient lorsqu’un individu trahit sa citoyenneté, lorsqu’il trahit la confiant mutuelle de tous les citoyens et lorsqu’en plus l’État n’intervient pas lorsqu’il y a préjudice. Car l’État n’a pas seulement à intervenir lorsque les faits se sont produits, ce qui serait insuffisant à garantir la paix. L’État, doit d’une façon ou d’une autre garantir la paix et donc la sécurité aussi de façon préventive, avant que l’acte ne se produise. Cela peut passer par des sanctions dissuasives telles que la prison ou les dommages et intérêts, par la présence d’une police ou la vigilance de chaque citoyen, ce que l’on appelle aussi les mœurs. Les moyens sont à apprécier par le peuple votant et aussi selon l’appréciation de la nécessité de la situation. Si l’État ne garantie plus la paix, il faut se rendre compte qu’il ne garantie plus non plus la condition minimale de la société, la raison d’être première de la politique et donc de la vie en société. Dès lors pour concourir à sa propre survie, il ne reste plus que soi et ses propres moyens de défense, comme une sorte d’instinct tapis sous la dimension social de l’homme et que l’on appelle couramment la légitime défense. Ainsi ces deux braquages ou, à ce jour l’un au moins (celui de Marseille reconnu par la justice comme un acte de légitime défense) montrent à la fois toute la légitimité de leurs défense respectives mais aussi grâce à l’éclairage cette fois de la philosophie politique toute l’importance, la gravité et l’urgence à ce que l’État reprenne les droits des citoyen à son seul compte et non pas qu’il finisse pas le laisser à celui des délinquants et des criminels. Ces deux faits divers posent donc le problème même de la raison d’être de la cité, de notre politique.

philo leg def attaque policeEt ils ne sont finalement que des symboles,voire des symptômes, car combien d’autres braquages et autres crimes et délits, envers et contre tous ; biens publics, police, pompiers, personnels hospitaliers, magasins de toutes sortes, banques, pharmacies, bars, bijouteries, maisons de particuliers, jeunes et vieux, voitures, scooters, vélos etc. la liste n’en fini pas et se rallonge ainsi depuis des décennies. Après l’on peut bien sûr se poser la question de savoir s’il y en a tant que cela, de savoir s’il n’y a pas une quelconque exagération, mais sérieusement, un seul de ces actes n’est-il pas déjà en lui-même toujours un de philo leg def hopitaltrop ? Car un seul d’entre eux concentre en lui une mise en péril directe et effective du bienfondé de la société et des conditions de vie heureuse qu’elle pourrait, devrait promettre. Et un seul d’entre eux n’induit-il pas les autres en amont comme en aval, de la petite à la grande délinquance, du plus vieux ou plus âgé ? Si sans société l’homme est un loup pour l’homme, dans un état de « guerre permanente » pour reprendre cette fois le propos de Hobbes, comment tolérer le moindre acte allant en ce sens dès lors que l’on refuse toute barbarie et toute sorte de régression sociale et humaine ? Il faut donc reprendre et conserver les rennes d’une démocratie humaine et pourquoi pas en ce sens humaniste.

France Jewelry HeistPar conséquent et si les faits et leurs principes donnent raison aux actes de légitime défense de ces deux victimes de braquage, une telle situation n’est pas souhaitable pour autant. On ne peut imaginer une société dans laquelle il s’agirait de se défendre soi-même et donc de se faire justice soi-même. Pour autant si l’on diagnostique chez une personne une maladie dont elle ne peut être responsable, comment songer à s’en prendre à elle en la considérant responsable seulement parce qu’elle en est porteuse ? Pour être bien clair et pour tout de même ne pas l’oublier, ces deux hommes n’ont pas demandé à être attaqué ! Et il en va de même pour toute victime, de quelque nature qu’elle soit. Si l’on n’aime pas ce que l’on voit, cela ne veut pas forcément dire que ce que l’on voit soit en soi mauvais.

philo leg def ordre chaosEnfin et pour conclure, venons-en aux commentaires de haine que ces deux « affaires » ont suscité. Il est tout à fait possible d’interpréter ces réaction comme un refus de cette unilatéralité du contrat, c’est-à-dire de la victimisation qui se généralise dans la société, et donc il s’agit d’une résignation à retourner peu à peu dans un sorte d’état premier, un état de justice individuelle, un état de nature ou, disons-le aussi ainsi, un far west. Ces commentaires ne sont pas en eux-mêmes soutenables ni encore moins souhaitables mais ils reflètent encore une fois cette urgence et ce risque toujours plus actuel de basculer vers autre chose qu’une société politique, contractuelle et donc pacifiée, vers quelque chose qui fait peur et a bien de quoi faire peur, une chose dont la peur paradoxalement a poussé les hommes depuis des millénaires à s’unifier et se protéger mutuellement dans un regroupement politique : l’homme pré-politique, l’homme dans sa nature, l’homme violent, l’homme dangereux.

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Une réflexion sur “PHILOTHÉRAPIE : Article n°43 : La légitime défense : acte hors limite ou limite sociale ?

  1. Si on laisse des gens commettre des crimes sans prendre les mesures qui s’imposent, si on se laisse aller au laxisme et au silence, c’est à ce genre de réactions auxquelles il faudra s’attendre encore à l’avenir. A Marseille par exemple, les gens se disent dégoutés de voir des voleurs à la tire être pris sur le fait pour se trouver relâchés parfois dans la même journée. Dans ce cas-ci quel message envoie-t-on à cette délinquance sinon celui-ci: « continuez ». Dans ces conditions, où l’Etat échoue à régler de tels problèmes qui s’accumulent, où son laxisme créé en fait une injustice, ne serait-il pas légitime que les citoyens victimes prennent les choses en main? Bien sûr, toute riposte se doit d’être mesurée. Un tiers, c’est-à-dire, les forces de police, doit veiller à ce que cette riposte demeure adéquate et justifiée. C’est là la raison d’être de cette police. Cependant, dans le cas où ce serait un citoyen-victime qui subirait directement l’agression; cet individu pris dans le feu de l’événement, sous le coup de l’émotion et d’une adrénaline mal maitrisée (fureur, colère, désorientation), ne risque-t-il pas à son tour de déraper? Ceci est le cas de notre bijoutier. Pour éviter de tels débordements, nous ne devons fermer les yeux ni devant les petits délits ni devant les grands, en veut l’expression « qui vole un œuf, vole un bœuf ».

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