PHILOTHÉRAPIE : Article n°42 : Quelle différence entre conspiration, secte et religion ?

philo secteL’homme est un animal culturel, ce qu’affirme et soutient E. Cassirer quant à la nature humaine. L’homme cherche à comprendre les signes qui l’entourent pour en dégager du sens. Et non seulement il y a des signes partout mais encore en plus l’homme est capable de créer du sens nouveau, qui ne se trouvait pas d’abord dans la nature. C’est ce qu’il fait avec le langage, l’art ou encore les sciences. Les mots, les œuvres d’art et les théories savantes ne sont pas des significations qui se trouvaient en tant que telles dans la nature mais elles résultent bien d’un travail de l’esprit humain qui consiste à dégager un sens dans et à partir des signes de la nature.

Qu’est-ce qu’un signe dès lors ? On peut dire que le signe est une unité de sens minimale. Marron, rigide, de forme carrée, en bois etc. sont des signes qui, reliés par et dans l’esprit humain permet de constituer un sens nouveau, la « table », créé par l’acte créateur du langage, ou bien par celui de l’art si la table est peinte, ou encore par la science si la table est mesurée.

Si le procédé humain et culturel de connaissance est à présent esquissé, qu’en est-il de la croyance ? La croyance peut être considérée comme une forme humaine de conscience, la conscience de quelque chose qui dépasse la capacité de compréhension rationnelle de l’homme, c’est-à-dire de quelque chose qu’il ne peut embrasser totalement. Il peut ainsi s’agir de Dieu, de la mort et d’une existence au-delà, de faits inexpliqués ou inexplicables, ou, moins couramment envisagé, il peut s’agir du pouvoir politique national ou international, de forces économiques et financières à grande échelle.

Si naturellement l’homme relie des signes pour créer du sens, il relie aussi ces sens nouvellement produits. Et il est censé le faire de telle sorte que, mis en relation les uns avec les autres ces contenus de sens lui procurent une compréhension la plus précise possible de la réalité à laquelle cette compréhension se réfère. Mais cela nécessite une certaine méthode de compréhension qui n’est autre qu’une méthode de mise en relation de ces sens. Il s’agit d’une méthode connaissance qui peut être la méthode scientifique, philosophique ou artistique selon l’objet particulier de la réalité auquel la compréhension s’attelle.

Cependant les signes peuvent être trompeurs et induire à la croyance. S’il faudrait très rigoureusement le démontrer, admettons tout de même que l’ordre de ce qui appartient à la croyance est la réserve de ce que la compréhension ne peut connaître. Beaucoup de mystères ou de croyances ont fini par être dévoilée à la compréhension savante mais cela n’a pas suffit à faire admettre la faiblesse d’esprit qu’elles induisent.

Aussi comparons maintenant ces trois sortes de croyances que sont la conspiration, la secte et la religion, et conduisons l’analyse de celles-ci au-delà de leurs différences en apparence irréconciliables. Car de prime abord ces trois sortes de croyance paraissent bien distinctes, la conspiration étant ce qu’elle est, c’est-à-dire une croyance en des forces, des intérêts et des intentions sociales dissimulées à l’échelle de systèmes nationaux ou encore de marchés ; la secte une croyance idéologique ou « idéologisée » comprenant cette fois une dimension métaphysique quelle qu’elle soit (prétention à des pouvoirs surnaturels, à d’autres formes d’existence etc.) ; et enfin la religion est la croyance en un ou plusieurs Dieux, et en sa parole s’il s’agit du monothéisme, parole révélée selon ses trois formes que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam. La question qui se pose ici est donc celle de savoir si ces distinctions font signe vers une simple différence de degré ou disons de surface, ou si elle révèle bien une différence plus fondamentale, une différence de nature.

philo secte conspirationIl semblerait qu’à nos yeux la conspiration soit la première des croyances et déjà bien néfaste sous son apparence anodine et parfois amusante car elle conduit à dérouter l’esprit de la méthode. Quoi qu’elle affirme la conspiration n’est qu’une interprétation finalement arbitraire de la réalité. Le « tous pourris » de certains citoyens envers la politique en est déjà une forme. Jamais la conspiration ne démontre en bonne et due forme ce qu’elle avance. Elle pose des jugements, accuse et déclare sans ne jamais vraiment avoir vérifié la conclusion de ses propos. Généralement et comme c’est le cas aussi des sectes, la conspiration se saisit de faits quant à eux parfois vérifiés qu’elle associe pour donner un sens à la réalité. Par là on peut malheureusement penser que sectes, conspirations et religions sont bien des faits culturels propres à la nature humaine, c’est-à-dire à la nature culturelle de l’homme puisqu’il s’agit ici aussi de lier du sens. D’ailleurs dès que l’homme ne peut pas connaître et à moins qu’il ne dispose d’un solide esprit de méthode, il est enclin à croire. C’est la raison pour laquelle quand on ne sait pas pourquoi ou comment quelque chose est ou se produit, l’on « pense » ou « croit » que la chose en question est arrivée de telle ou telle façon. Et cela commence dès le niveau le plus pratique : « Ai-je bien éteint la lumière en sortant ? Je crois que oui. ». Sans savoir on postule alors une cause ou une raison à ce que l’on observe sans pouvoir vraiment et réellement le comprendre, le connaître ou le reconnaître. Et cette opération naturelle de l’esprit se retrouve à tout les niveaux. Même le scientifique doit à un moment ou un autre postuler une cause, une raison ou une théorie pour conserver avec lui la possibilité de connaître. La différence entre un esprit scientifique et un esprit de conspiration est que l’esprit scientifique va s’attacher à vérifier son hypothèse par les moyens les plus appropriés à cette fin. Alors que la conspiration accepte et adhère quant à elle à l’hypothèse au moindre signe allant en ce sens. Si bien qu’au lieu de la vérifier l’esprit de conspiration s’acharnera bien plutôt à consolider ce qui ne restera qu’une vague supposition au lieu de la démontrer ou de la corriger. Remarquons que jamais un conspirationniste chevronné ne révisera ni ne doutera de ce qu’il avance à moins qu’une autre théorie du même genre plus percutante encore de « signes » ne vienne séduire son penchant pour la croyance sociale. La conspiration peut être définie comme une croyance sociale car elle ne porte que sur des phénomènes sociaux qu’il s’agisse de politique, d’économie ou encore de pouvoir militaire.

Attardons-nous à présent sur le rejet de la science dont fait preuve l’esprit de conspiration. Jamais il ne s’intéressera vraiment ni encore moins objectivement aux fondements scientifiques, philosophiques ou politiques de la société. Car bien évidemment ces fondements sans même encore défaire leurs postulats les obligent à prendre la voie de la méthode, et donc de la vérification. Un tel esprit de croyance répugne à l’aridité d’une telle démarche. En cela il s’agit finalement d’un esprit fainéant, incapable d’aller au bout d’une discussion sans dévier du sujet en question ou sans invoquer de simples faits journalistiques ou des auteurs inconnus des esprits savants ou sachant apprendre. Jamais la conspiration n’étudie la formation des régimes politiques, l’évolution des sciences ou de la pensée. Elle préfère au contraire le témoignage, le journalisme d’immersion, les documents secrets, le Pierre Bellemare ! Bien sûr on trouvera toujours un contre-exemple, celui d’un esprit de conspiration se référant à de grands auteurs universitaires ou renommés de l’histoire. Mais tout comme les sectes et certains courants d’idées religieuses, il s’agit de détourner des faits de leur réalité ou de leur système pour les mettre au service de la théorie du complot. C’est d’ailleurs ce que fait admirablement bien la scientologie. Un conspirationniste ne niera pas les faits historiques mais les reliera de telle sorte que tout concorde avec son hypothèse de départ toujours plus érigée en connaissance universelle et indiscutable. Or une prétention à l’universel n’implique pas nécessairement l’« indiscutabilité », bien au contraire ! Pour connaître, il faut douter, et pour douter, il faut une méthode la plus sûre et donc la plus efficace pour ce faire ! C’est là le risque et le défaut qu’implique une idéologie. L’idéologie est une logique, un discours logique qui inclus dans son ou ses raisonnement(s) les éléments de sens extérieurs à elle dans le but de produire une compréhension globale et systémique de la réalité qu’elle se donne d’étudier. Comme pour les sciences, il y a de bonnes et de mauvaises idéologies. Celles qu’on appelle ici bonne seulement par opposition à celles qui ne le sont pas, sont bonnes parce qu’elles procèdent avec méthode, avec doute, elle n’est sûr de façon radicalement absolue de connaître ou encore de connaître universellement quelque chose qu’après avoir effectué un très rigoureux et scrupuleux travail de vérification. Et alors même que ce travail serait accompli, la théorie ou la connaissance en question n’en demeurerait pas moins encore soumise à l’épreuve de la critique, du doute voire de la révision et de la correction. Alors qu’une mauvaise idéologie s’étend quant à elle au monde entier, elle peut douter de tout sauf d’elle-même, et elle ne démontre jamais suffisamment ce qu’elle affirme. Mieux encore l’idéologie fallacieuse a tendance à inclure tout ce qui lui est étranger et contradictoire. Par exemple la théorie de l’évolution darwinienne ou bien encore la libéralisation de la femme dans nos sociétés occidentales sont étrangers aux religions. Pourtant elles se sont appropriées chacune à leur façon ces contenus, soit en modifiant l’interprétation ancestrale de leurs Écrits, soit en les désignant comme le mal à combattre pour ce qui est de la libéralisation de la femme, intégrant ainsi l’idée étrangère de telle sorte que l’idéologie en question soit renforcée. Notons ici que la religion n’est rien d’autre qu’une idéologie, elle aussi et au même titre qu’une secte ou qu’une simple conspiration. Il n’y a donc entre ces trois sortes de croyance qu’une différence de degré selon leur degré d’élaboration et de sophistication. La conspiration est moins étendue, moins soutenue financièrement, moins élaborée, moins structurée, mais elle est tout de même une idéologie et une idéologie fallacieuse au même titre que la secte ou la religion.

philo secte religionQu’en est-il alors de la différence entre une secte et une religion ? Là encore il n’existe qu’une différence de degré. Pour ainsi dire la secte est un peu l’enfant ou mieux l’embryon de la religion. Il faut savoir qu’à leurs apparitions respectives, les trois grandes révélations étaient éparpillées, morcelées et constellées en sectes plus ou moins rivales et ennemies. Par exemple le paléochristianisme et, parallèlement le judaïsme du fait de sa corrélation primitive et historique avec le premier, recouvrait différentes communautés telles que la communauté postpascale judéo-chrétienne, la communauté galiléenne, la communauté helléno-chrétienne, la communauté apocalyptique ou encore la communauté paulienne et ce, avant la conversion de Constantin et la christianisation de l’Empire romain, avec l’édit de Milan (313 ap. JC). Cette date marque symboliquement le début de la chrétienté, mais sa vraie origine est disparate, parfois contradictoire et surtout communautaire et sectaire.

Ainsi, entre secte et religion, une simple différence de degré, c’est-à-dire que seule l’évolution historique (des faits politiques, théologiques ou encore philosophiques) et temporelle les sépare et les distingue l’une de l’autre.

La conspiration est en définitive semblable et similaire à la secte qui est elle-même à l’état embryonnaire de ce que sera plus tard la religion. Ce qui différencie la conspiration c’est qu’elle ne porte pas tant sur des questions d’ordre métaphysique que sur des domaines seulement sociaux. Toutefois elle peut être la cellule souche de la secte lorsque son idéologie sociale tend à constituer une croyance, une idéal absolu auquel adhérer. Dès lors la conspiration mute en secte. La différence de degré et non de nature est à présent claire et manifeste entre ces trois sorte de croyance-savoir qui affaiblissent l’esprit humain et social en le consolidant de vains espoirs, d’ignorances constituées en savoirs, en certitudes, et d’idéologie englobantes et inflexibles.

gravatar3

Une réflexion sur “ PHILOTHÉRAPIE : Article n°42 : Quelle différence entre conspiration, secte et religion ? ”

  1. Y-a-t-il une différence entre secte et religion, autre que par convention? Cette différence est créée artificiellement par les supporters de la politique anti-sectes. Elle procède par amalgame de type stalinien, unissant artificiellement des mouvements religieux à d’autres qui ne le sont nullement et qui n’ont aucun rapport avec ceux-là.
    Voyez le très bon article sur le sujet à http://www.observatoire-religion.com/2013/03/le-mal-traitement-des-nouveaux-heretiques/

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s