PHILOTHERAPIE

PHILOTHÉRAPIE : Article n°41 : Internet est-il un progrès culturel ou le symptôme d’une crise ?

philo internet cultureAnnoncé comme une révolution, internet s’impose être la plate-forme privilégiée du progrès des connaissances, des informations, des réseaux sociaux, en bref, de tout les flux culturels. Et il ne faut pas se représenter le net comme un lieu à part où se jouerait la concurrence d’avec ce qui pourrait être à présent considéré comme l’ancien modèle, celui des vieilles habitudes et des traditions (lire un livre de papier, parler à son voisin, se rendre à sa banque etc.). Il faut bien se figurer qu’internet est un processus en marche, une dynamique de bouleversement, et de remplacement englobant toute la culture. Aussi son procès doit avoir lieu aussi bien au niveau politique que dans le système éducatif, dans celui des savoirs, des informations, des services étatiques etc.

Annoncé comme une révolution progressiste, internet est en vérité l’outil du désengagement administratif, du lissage égalitariste des connaissances et des opinions.

L’essentiel des critiques agressées à cet outil-phénomène consiste à ne seulement considérer que les problèmes liés à la pédophilie, aux arnaques en tout genre ou encore aux téléchargements illégaux. Ce n’est pas ici le propos bien qu’il s’agisse là aussi de motifs à douter de cette technologie mais force est de constater qu’excepté ces grands sujets, il n’y a pas vraiment de scepticisme officiel ou populaire quant à internet.

philo internet idiot insideEt pourtant internet incite à ne pas aller chercher ce dont on a besoin dans les livres. Anodin ? Et pourtant les enfants ne savent plus et n’apprennent plus à se servir d’un dictionnaire à la maison comme à l’école alors que l’apprentissage de l’outil internet est une priorité, une nécessité. Élèves et étudiants ne sont plus contraint de lire un livre afin d’en connaître la teneur ou de simplement pratiquer l’exercice de la lecture si bénéfique à l’acquisition et la maîtrise de la langue française et au développement de l’esprit intellectuel. Car rechercher, entendu sans internet, implique et nécessite une méthode de recherche. Cette méthode commence avec le dictionnaire mais se poursuit avec l’utilisation des bibliographies, des notes de bas de page, puis des éditions, des traductions etc. avec toute les codifications spécifiques et internationales que cela comporte. Réflexion pointilleuse ? Loin sans faux, car la méthode de recherche ne permet pas seulement de rechercher une information ou un savoir, car elle induit en elle la possibilité de s’approprier ces contenus, éventuellement de les vérifier si ce n’est d’aller plus loin encore dans les domaines en question ou l’un d’entre eux connexe.

philo internet google bookSi cela ne convainc pas il suffit de constater à tout à chacun ce défaut de concentration lors d’une recherche ou d’une visite quelconque sur le net. Lit-on un quotidien sur écran comme on le ferait avec un journal ? Et, plus généralement lit-on tant que cela sur internet ? Ne fuit-on pas les longs paragraphes, les articles trop longs et les grandes explications ? Mais alors comment acquérir informations et connaissances sans trop lire ? Ce site consacré à la philosophie n’est pas exempt de cette considération, sachant que toutes ces longueurs, tout ces articles s’efforçant d’approfondir différents thèmes et problématiques n’aguicheront pas l’oeil et l’esprit de l’internaute. Car ceux qui lisent vraiment lisent des livres. La plupart des étudiants ne recherchent que des informations mineurs et très précises sur internet, informations qui à coup sûr se trouvent quelque part dans un livre. Internet est l’oublie des référencements, l’oublie du « savoir rechercher ». Il se trouve maintenant des professeur de philosophie au lycée qui donnent des exercices à leurs élèves à faire sur twitter, prétextant l’utilité des seuls 140 caractères des publications qui y sont permises afin que les apprenant en question soient ainsi contraints de donner dans les plus brefs termes le thème, l’enjeu, le problème et la thèse d’un texte philosophique. Est-ce sérieux pour des élèves ou des étudiants de philosophie ?

À considérer à présent les savoirs eux-mêmes sur la toile. Qu’est-ce qui garantie l’intégrité et la qualité de ce que l’on peut trouver, surtout en sachant qu’il n’y a plus de vraie méthode de recherche permettant la vérifiabilité de ce que l’on y trouve. Et ce site même ne déroge pas à la critique, qu’est-ce qui garantie que ce qui s’y trouve est digne d’être appris et utilisé ? Cette garantie se trouve en chacun, en cette capacité exploité par un travail intellectuel consistant à savoir critiquer, à savoir douter méthodiquement. Car on doute plus de quelqu’un quit dit « un prof me l’a appris » que d’un simple « je pense que » alors que dans un cas une connaissance solide doit s’être transmise et que dans l’autre une simple opinion s’est formée, second cas auquel semblerait-il l’on accorderait le plus de crédit et le plus facilement. Et pourtant…

philo internet livres anciensAutre fait à soulever, le lissage des contenus. Rien ne hiérarchise le site d’un grand savant de celui d’un simple bloggeur proférant jusqu’aux pires imbécilités. Bien sûr des intellects relativement saints sauront un minimum faire la différence. Mais ces esprits représentent-ils la majorité de ceux qui habitent l’internet ? Certainement pas et ceux-là d’ailleurs préfèrent sûrement et de loin habiter les pages des livres qu’une soupe géante dans laquelle tout se confond. Car internet est la communautarisation des savoirs, le lieux où tout le monde peut apprendre et où tout le monde peut transmettre ses connaissances. Mais en réalité chacun y écrit ce qu’il pense, à chaud, vaguement, sans approfondissement, sans fondement méthodique. D’ailleurs et c’est un signe, la science du net s’oppose à celles élitistes et donc socialement inégales des universités. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la grande majorité des universitaires répugnent ou boudent l’outil de leur abîme social et culturel.

Finalement et à plus franchement parler, internet n’est qu’un écran parmi tous ceux qui nous régissent. Téléphone portable, tablette, télévision, jeux vidéos fixes ou portables et internet ne sont tous que des écrans concourant de concert à asservir l’homme, l’esprit et le citoyen à l’ignorance dans le mensonge d’une prétendu liberté d’opinion et de croyance. S’il existe une liberté d’opinion c’est aussi à défaut de pouvoir connaître, il ne faudrait peut-être pas l’oublier. Et peut-être qu’il existe une liberté de croyance à défaut même d’user et d’être capable d’opinion.

philo internet écranEnfin internet n’est pas une formidable invention culturelle mais un danger non plus potentiel mais actuel et en marche. Il suffit de regarder s’abrutir ses enfants devant Gulli et autres écrans et éventuellement de se regarder des heures durant devant la télé ou internet. Se sent-on plus intelligent depuis internet ? Y passe-t-on des diplômes plus aisément hormis la facilité accrue des plagias dont ce site malheureusement participe ?

Toutefois, si internet n’est pas une véritable technologie de progrès culturel, il ne faut pas non plus proférer la plus radicale des condamnations. Car internet n’est pas un mal absolu, il faut savoir le considérer à sa juste place et mesure. C’est d’abord et surtout un outil de divertissement, en témoigne la quantité très variées de jeux, de réseaux sociaux et de sites de divertissement, sans omettre les sites pornographiques. C’est ensuite le lieu de l’information, de toutes les informations certes, mais il semblerait que beaucoup d’entre elles représentent une faille aux mécaniques officielles de censure. Quoi il en soit il faudrait peut-être cesser de ne jurer que par internet, de ne passer que part internet ni de ne vivre que part lui. Et ce n’est là qu’un aspect de la crise que notre culture même traverse.

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Une réflexion sur “PHILOTHÉRAPIE : Article n°41 : Internet est-il un progrès culturel ou le symptôme d’une crise ?

  1. Bonjour,

    « Annoncé comme une révolution progressiste, internet est en vérité l’outil du désengagement administratif, du lissage égalitariste des connaissances et des opinions. »

    Effectivement Internet peut apparaitre comme un média inerte.

    Chacun doit s’adapter en vertu de son tempérament.

    Les vraies solutions ne sont pas à l’extérieur !
    En abandonnant la maitrise, chacun maitrise son abandon

    Chacun se rend maître de la situation, en retrouvant dans chaque problème,
    une occasion de distinguer sans se méprendre entre la fin et les moyens..

    Créons-nous un excellent aujurd’hui

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