PHILOTHERAPIE

PHILOTHÉRAPIE : Article n°38 : Mariage pour tous : un mariage pas si gay que ça !

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« […] La société applique les décisions qu’elle prend. Si elle en prend de mauvaises, si elle veut se faisant s’ingérer dans des affaires qui ne sont pas de son ressort, elle pratique une tyrannie sociale d’une ampleur nouvelle – différente des formes d’oppression politique qui s’imposent à coup de sanctions pénales – tyrannie qui laisse d’autant moins d’échappatoire qu’elle va jusqu’à se glisser dans les plus petits détails de la vie, asservissant ainsi l’âme elle-même. Se protéger contre la tyrannie du magistrat ne suffit donc pas. Il faut aussi se protéger contre la tyrannie de l’opinion et du sentiment dominant, contre la tendance de la société à imposer, par d’autres moyens que les sanctions pénales, ses propres idées et ses propres pratiques comme règles de conduite à ceux qui ne seraient pas de son avis. Il faut encore se protéger contre sa tendance à entraver le développement – sinon à empêcher la formation – de toute individualité qui ne serait pas en harmonie avec ses mœurs et à façonner tous les caractères sur un modèle préétabli. Il existe une limite à l’ingérence légitime de l’opinion collective dans l’indépendance individuelle : trouver cette limite- et la défendre contre tout empiètement éventuel – est tout aussi indispensable à la bonne marche des affaires humaines que se protéger contre le despotisme politique.

Mais si cette question n’est guère contestable en théorie, celle de savoir où placer cette limite dans la pratique – trouver le juste milieu entre indépendance individuelle et contrôle social – est un domaine où presque tout reste à explorer. Tout ce qui donne valeur à notre existence repose sur les restrictions posées aux actions d’autrui. Il est donc nécessaire d’imposer certaines règles de conduite, par la loi d’abord ; puis, pour les nombreuses questions qui ne sont pas de son ressort, par l’opinion. Ce que doivent être ces règles est le problème majeur des sociétés humaines. C’est un problème qui n’a pas encore trouvé de solution véritable. Il n’y a pas deux époques, voire deux pays, qui l’aient tranché de la même façon ; et la solution adoptée par une époque ou un pays donné a toujours été une source d’étonnement pour les autres. »

John Stuart Mill, De la liberté, Introduction traduit de l’anglais par L. Lenglet, d’après la traduction de D. White, Folio Gallimard, 1990.

 

Voilà sans détour le problème fondamental posé par la question du « mariage pour tous » ou la question à laquelle ce phénomène social appartient ou renvoie. Avant même d’entrer dans le détail de la question de ce mariage homosexuel il faut, sur un plan philosophique, prend en compte trois choses. Il y a bien sûr le pouvoir politique, celui de légiférer, de poser le cadre des libertés sociales. Mais il y a aussi et de façon moins visible ce que l’on peut appeler le pouvoir civil ou le pouvoir des mœurs, ce pouvoir du peuple de décider de règles non légales mais pour autant non-illégales, des règles qui ne sont pas des lois et qui complètent ce sur quoi les lois ne peuvent porter. En effet il ne peut y avoir des législations pour tout. On ne peut pas édicter des lois pour aider les vieilles dames à traverser une route, pour se vêtir avec un minimum de goût ou pour éviter d’écouter sa musique à haut volume en public. Cependant le regard des autres vis-à-vis de ces comportements ou bien en général leurs réactions exercent une pression telle que ces comportements sont comme proscrits, interdits par une règle sans nom ni sanction: les mœurs. Songeons aussi à cet égard aux villages dans lesquels cette pression est la plus visible et la plus opérante, sur la façon d’entretenir son jardin ou sa maison, de tenir ses enfants ou cette pression exercée sur des unions considérées d’un mauvais œil. Aussi lorsque ces mœurs ne suffisent plus, lorsque le pouvoir civil faiblit, la loi peut alors intervenir, par exemple sur les tenues indécentes, le tapage nocturne et, qui sait peut-être un jour sur l’indiscrète musique en public. Et c’est là la troisième chose à relever, ce lien entre ces deux formes de pouvoir, leur coexistence mutuelle dans le temps. Comment prévenir la faiblesse de l’un ou de l’autre ou, à l’inverse l’ingérence illégitime ou l’empiètement de l’un ou de l’autre de ces pouvoirs ? C’est la question soulevée ici par Mill qui précise aussi qu’elle n’a pas encore de solution. Aussi et dans ce contexte, notre question est celle du mariage homosexuel et donc aussi celle de la place des homosexuels dans la société, dans cette société partagée entre ces deux pouvoirs et ces deux types de risque : d’une part la tyrannie politique, un pouvoir non-démocratique, et d’autre part la tyrannie sociale, la tyrannie de la majorité pour parler en des termes tocquevilléens. Aussi, pour comprendre les implications du mariage homosexuelle, commençons par nous demander si du point de vue du droit ce mariage est légitimement plébiscité. Ensuite et grâce aux éclairages de ce premier point de réflexion faudra-t-il s’interroger sur l’accession à la parentalité non seulement pour les couples homosexuels mais aussi par les couples hétérosexuels, en soulevant tout particulièrement le problème de la marchandisation de l’enfant par ledit droit à l’enfant. Il sera dès lors question d’un choix de valeurs pour la société entière. Et une fois cette question du mariage analysée, il sera question de revenir sur les difficultés que connaissent les homosexuels dans la société française, notamment sur la question de leur place, de leur intégration et de leur acceptation. Un paradoxe sera alors mis en lumière, celui de faire ce mariage pour les homosexuels sans ne rien faire contre ceux qui obscurcissent leur horizon d’acceptation et de normalisation sociales.

Une égalité de droit ?

Le droit français repose sur l’égalité des droits. L’égalité des droits repose sur un principe de non-différenciation entre les hommes pour déterminer ce qui leur est permis ou ce qui leur est interdit. Les termes du mariage sont les mêmes pour tous en ce qu’il fournit un cadre social et légal au fonctionnement du couple ainsi qu’au développement de la famille. Le mariage est donc un cadre préétabli qui définit les termes d’une union et de son accomplissement dans la famille. Il n’est donc aucunement question de pratique sexuelle mais simplement d’un processus naturel aussi bien sur le plan biologique que social. Les hommes et les femmes d’une société sont en mesure de prendre des engagements mutuels et de procréer. Les homosexuels ne sont donc pas exclus positivement du mariage, c’est-à-dire en tant que tel, de façon explicite, mais ils ne sont tout simplement pas concernés en ce qu’ils ne peuvent procréer, et non pas à s’y méprendre parce que la loi les en exclu. C’est là la différence entre l’égalité des droit et l’égalité des conditions. L’égalité des droits pose un cadre qui définit des droits et des devoirs tandis que l’égalité des conditions s’occupe de ce qui se trouve dans ce cadre. Le problème de l’égalité des conditions c’est qu’elle conduit à accorder plus à l’un parce qu’il a moins de chance que l’autre dans un cadre donné de parvenir à une même fin. C’est ce que l’on retrouve dans de nombreux domaines de la société, notamment dans l’éducation avec par exemple les zones d’éducation prioritaire. L’ennui avec cette égalité des conditions que l’on peut aussi appeler égalité des chances, c’est qu’elle contrevient à l’égalité des droits. Selon la géographie, le milieu, l’appartenance à telles ou telles religion, ethnie, classe sociale ou sexualité, l’on n’octroiera pas les mêmes droits pour que les chances quant à elles soient égales. C’est là le principe du communautarisme dont les conséquences sont facilement prévisibles si ce n’est déjà constatables. En donnant plus d’un côté, on mécontente de l’autre. De ce fait il faut aussi donner de l’autre côté, et alors le premier en demande plus si ce n’est déjà le second, ou un troisième, et l’on ne s’en sort plus, créant rivalité, tension et désunion. Il semblait important de mentionner cela pour comprendre cette revendication au mariage homosexuel mais ce ne peut malheureusement pas faire tout l’objet de cet article.

philo mariage enfant chouPar là et sous prétexte que les hétérosexuel ne peuvent enfanter on les croit privé d’un droit. Mais on ne les prive de rien ! Les homosexuels sont pour leur grande majorité fertiles et féconds, rien ne les empêche aussi bien sur le plan du droit que sur celui de la biologie de procréer. L’empêchement qu’ils connaissent tient à leur sexualité. Aussi ne faut-il pas confondre le sexe et la sexualité. Le sexe est un donné biologique qui, par définition permet la procréation humaine. La sexualité est-elle objet d’expérience, de tendance, de penchant et d’orientation. La sexualité est une construction, elle n’est pas donnée comme telle et elle fait intervenir la construction de soi, une identification. Le mariage ne concerne en aucune façon le développement de soi mais celui d’une famille par le fonctionnement sexuel du couple.

L’homosexualité n’est donc pas naturelle ?

L’argument alors souvent employé à l’encontre du mariage homosexuel si ce n’est même des homosexuels en général consiste à dire que l’homosexualité n’est pas naturelle. Cet argument est faux principalement parce qu’il repose sur une réduction du « naturel » c’est-à-dire de ce qui relève chez l’homme de la nature à la seule fonction reproductrice. Mais il n’est pas seulement faux à cet égard et cet argument est plus qu’étonnant étant donné que l’on parle quasi exclusivement de l’homme qu’en tant qu’il se distingue de l’animal. C’est dire ce que cela sous-entend de la condition d’homosexuel (sous-homme etc.). Mais plus généralement et concernant l’homme on ne parle pas de lui en des termes naturels ou d’animalité mais on parle bien plutôt de dignité humaine, de droit de l’homme ou encore de morale humaine. On ne le définit donc pas en vertu de ses caractères biologiques, qu’il s’agisse de sa couleur de peau, son environnement naturel (forêt, côtes, bord de rivière, montagne, plaine etc.), son appétit, ses croyances ou ses orientations sexuelles. L’homme n’est pas une bête. La bête ou l’animal réagit tandis que l’homme réfléchit. C’est encore un autre criterium de distinction entre l’homme et l’animal. Et l’homosexualité est pour le moins réfléchie en ce qu’elle fait l’objet d’une construction de soi, de son identité, qu’elle est objet d’expérience et d’expérimentation, de réflexion personnelle et même sociale. Être homosexuel ne constitue donc pas une dégradation de la condition d’homme moderne, c’est-à-dire du fait que l’homme soit au moins en très grande partie détaché de son animalité.

En outre, cet argument du « non-naturel » implique alors et en vue de cette réfutation que l’homosexualité est artificiel. Que signifie alors le mot artificiel ? S’il s’agit de ce qui s’oppose à la nature, alors c’est dire qu’il s’agit d’un fait justement humain et non plus animal. Mais l’homosexualité existe elle aussi dans la nature. Elle est donc naturelle en ce sens et humaine au sens d’une construction identitaire et sociale, au même titre d’ailleurs que l’hétérosexualité. Aussi entend-on souvent dire que ce qui est naturelle c’est « un homme et une femme ». Ce qui est naturel est alors la procréation et ce qui va dans ce sens. Mais la nature se limite-t-elle à l’acte de procréer ? Si l’on considère ne serait-ce que très brièvement la théorie darwinienne de l’évolution, les phénomènes de la nature sont bien plus variés que cela et la procréation n’est qu’un maillon du système évolutif, un fait de la nature parmi tant d’autres. La mort est tout autant naturelle, elle limite les populations par la maladie, la durée de vie ou encore la prédation ou la limitation des ressources vitales. L’argument disons reproductif (la nature fait l’homme pour qu’il se reproduise avec une femme) est bien plus alors un recours qu’un argument qui repose soit sur une méconnaissance des processus à l’oeuvre dans la nature, soit sur une réduction illégitime de la nature à la reproduction, soit sur les deux.

Dans la nature comme d’ailleurs chez l’homme, ce qui est bien plus de l’ordre de la déviance ou de l’anomalie, c’est le manque de contrôle, ce qui échappe à la sélection naturelle qui, elle, garantie l’équilibre des forces à l’oeuvre dans la nature, par exemple entre la mort et la reproduction. S’il n’y a plus de facteur limitant de la reproduction d’une espèce, cela a des conséquences négatives sur l’environnement (empiètement sur la survie d’autres espèces) voire même sur cette espèce hors de contrôle elle-même (sa mise en péril par l’appauvrissement de ses ressources, une vulnérabilité aux épidémies accrue etc.). Dans ce contexte, un contexte réellement naturel, l’homosexualité ne constitue donc pas une menace ou un risque quelconque en ce qu’elle s’avère plutôt être un facteur de régulation démographique et un facteur constant car l’on sait que la proportion d’homosexuels est relativement constante quelque soit l’échelle de population.

philo mariage allianceQuoi qu’il en soit et même si la question peut encore faire l’objet de recherches philosophiques, anthropologiques ou scientifiques, la dimension biologique de l’homosexualité ne peut pas et ne peut plus entrer en compte dans une réflexion sur le mariage homosexuel.

Remarquons encore que le mariage est un fait humain non-naturel. Il fait l’objet de règles, de lois. Justement et à l’inverse, dans la nature il n’y a que des unions fortuites de seule nature reproductrice. L’union pour la reproduction ne définit pas de règle de vie de couple, ne détermine aucun critère d’héritage ou de partage des responsabilités.

Ainsi ce sont autant les hétérosexuels que les homosexuels qui sont impliqués dans cette question du mariage « pour tous ». Car à la fois certains hétérosexuels doivent comprendre le sens de l’acte de reproduction et ainsi ne pas le réduire à un exclusif acte de la nature pour l’homme, et les homosexuels ont peut-être aussi à comprendre qu’il n’est pas de leur naturel que de procréer.

L’égalité des conditions et l’homoparentalité

Ainsi et si lorsque l’on considère à tord que le mariage homosexuel relève d’une égalité de droit il faut alors palier à cette impossibilité cette fois naturelle des homosexuels, celle de ne pas pouvoir se reproduire. Il faut donc autoriser les méthodes philo mariage pmaartificielles de reproduction telles que la GPA (gestation pour autrui) ou la PMA (procréation médicalement assistée). Que faut-il comprendre alors dans cette démarche d’égalisation des chances pour pouvoir procréer ? Ce qu’il faut comprendre c’est qu’il s’agit là d’une marchandisation des enfants. Avant d’aller plus avant, il faut remarquer et insister sur le fait qu’il ne s’agisse pas là d’un phénomène à proprement parler issu de cette égalisation des chances par et pour le mariage homosexuel. Il faut remonter plus loin pour comprendre cette marchandisation des enfants, jusqu’à l’apparition de la contraception. Aussi étonnant que cela puisse paraître la contraception a et a eu des conséquences que l’on ne relève encore pas ou pas assez. Sans en faire le procès nous allons tâcher de comprendre comment ce contrôle de la fertilité a conduit à une marchandisation des enfants par la production d’un droit à l’enfant, ce qui explique dans quel processus s’inscrit réellement le mariage homosexuel et qui rend aussi raison du fait qu’il s’agisse d’un « mariage pour tous » plus que d’un mariage seulement homosexuel.

Rappelons que le mariage n’est pas en tant que tel prévu pour donner droit à l’enfant aux couples mariés mais pour prévoir un cadre de développement à cet effet naturel de l’union marital. Il y a donc déjà là une confusion générale sur ce qu’est le mariage qui prévoit l’arrivée de l’enfant mais qui ne le garanti pas. En effet le fait de prévoir l’arrivé de l’enfant est un phénomène récent. À bien y philo mariage contraceptionréfléchir, avant que les méthodes contraceptives n’existent et ne soient légales, l’arrivée d’un enfant était fortuite, elle ne pouvait être prévue ou planifiée et était déterminée uniquement par des éléments naturels. Un droit à l’enfant était alors impensable puisqu’il s’agissait bien plus d’un don, un don de la nature ou un don de Dieu selon les époques et les croyances. Mais ce principe de donation biologique ou sacrée s’est trouvé sapé par l’intervention de l’homme sur sa propre reproduction par le biais des contraceptifs (pilules contraceptives, stérilets, pilules du lendemain, préservatifs, spermicides etc.). Les contraceptifs sont alors un coup d’arrêt au processus naturel de reproduction humaine. Il ne s’agit pas ici de faire le procès de la contraception mais simplement d’étudier les conséquences effectives que cela a eu sur le plan social et notamment sur la perception que nous avons des enfants et du mariage. Par là nous ne nions pas que cela ait eu des effets positifs, notamment en terme d’égalité entre les hommes et les femmes ou sur la gestions des ressources nécessaires à l’éducation d’un enfant par un couple. Sans qu’il ne s’agisse donc d’un procès de la contraception, force est de constater qu’aujourd’hui encore toutes ces conséquences sont encore bien mal évaluées et que la contraception fait l’objet d’une faveur peut-être trop importante. Car choisir ne pas avoir d’enfant implique de facto de pouvoir choisir d’en avoir. C’est la raison pour laquelle il est de nos jours commun de « vouloir » un enfant, d’en faire le choix volontaire. Ce ne sont donc plus les mêmes critères qui motivent l’apparition de l’enfant. L’enfant n’est plus seulement reçu mais il est voulu, il est décidé. La contraception ouvre donc le droit de vouloir ou de ne pas vouloir d’enfants. Dès lors le mariage s’en trouve d’ors et déjà modifié, sans qu’il ne soit encore question du mariage homosexuel. Et donc d’un point de vue civil, c’est-à-dire non-légal tel que nous l’avons distingué à travers ce texte de Mill, la vision du mariage a ainsi évolué dans le sens non plus d’un encadrement mais d’un engagement, d’une garantie de pouvoir faire ou non ce choix. Puisque le fonctionnement du couple a changé, qu’il peut choisir ou non d’avoir un enfant, déjà alors l’encadrement légal qu’est le mariage s’en est trouvé redéfinit par la société civile, et s’est donc en tant que tel retrouvé en contradiction entre cette nouvelle réalité et son principe initial. Le mariage est donc alors progressivement enrichit d’un droit à l’enfant, à travers la reconnaissance civile et légale de la possibilité ou non d’être parents, de vouloir un enfant, dans le cadre de cette union civile. Le mariage n’est donc plus une volonté en soi de se marier mais c’est l’ouverture à des choix, à d’autres volontés, à d’autres pouvoirs, à d’autres droits.

Le mariage homosexuel entre donc dans ce processus d’évolution du mariage civil. En somme on ne considère plus que le mariage soit le garant de la famille mais on estime être soi-même en position de se garantir une famille, en choisissant le moment de l’apparition de l’enfant selon ses motivations, ses ressources ou le contexte socio-économique. L’on se sent alors maître de sa propre vie, de son développement et de sa direction. Aussi comprend-ton alors différemment la motivation des couples homosexuels à faire de même puisque la société semble leur reconnaître aussi le titre de « couple ». Aussi l’égalité des chances ou des conditions consiste en la reconnaissance de l’homosexualité dans un processus de mise à niveau, d’égalisation des homosexuels vis-à-vis des hétérosexuels. Or il n’existe pas de droit hétérosexuel, le droit s’applique à tous sans différence de quelque nature que ce soit. L’aspiration au mariage par les couples homosexuels consiste bien plus à poursuivre cette prise d’autonomie et d’indépendance vis-à-vis d’une chape de plomb violente et oppressive séculaire des mœurs sociales, politiques si ce n’est religieuses. Or le mariage n’est pas une liberté mais en tant que telle une forme de restriction de ce que peut ou ne peut pas faire un couple dès lors qu’il s’unifie et enfante. Toute autre situation ne relève pas de ce cadre prévu par le mariage.

C’est là la raison pour laquelle le PACS fut créé et l’on peut imaginer que s’il avait été équitable sur le plan de la simple union avec le mariage, les choses s’en serait trouvées différentes aujourd’hui notamment quant à l’actualité des questions et des polémiques sur le mariage homosexuel et l’homoparentalité.

Car appliquer le cadre prévu par le mariage de façon indifférenciée aux hétérosexuels comme aux homosexuels c’est changer à la racine non seulement le mariage lui-même mais aussi le modèle familiale, la conception de l’enfant, sa raison d’être et donc son existence, son éducation etc.

Le mariage n’était pas conçu « pour » les hétérosexuels mais bien plutôt pour prévoir l’arrivée d’un enfant. Il ne pouvait cependant pas prévoir que les couples prévoiraient son arrivée. Dès lors il s’avère inadapté à cette nouvelle réalité, celle qui conduit civilement à ce droit à l’enfant qui pourtant n’existe pas ni dans le droit français, ni dans la Constitution.

philo mariage gpaDu droit à l’enfant à sa marchandisation

De prime abord le droit à l’enfant ne semble pas être lourd de conséquence. Mais il s’agit non plus d’accepter un enfant (comme un don naturel ou religieux) mais il est bien plutôt question de se donner l’enfant, de se le procurer selon ses propres motivations et bientôt selon ses propres moyens avec la PMA et la GPA. Cette possibilité de s’octroyer l’enfant, que les motivations soient ou non louables d’ailleurs, provenant du droit à la contraception, conduit à une modification de la conception de celui-ci. L’enfant devient un bien, à soi et pour soi avant qu’il ne soit fait pour lui-même si ce n’est pour ainsi dire de lui-même. Vouloir un enfant, même si en tant que tel il est très désiré en tant qu’enfant, c’est toujours d’abord le vouloir pour soi. Cette privatisation de l’enfant, et en ce sens cette accession à l’enfant est plus une production en tant que telle qu’une reproduction naturelle. On n’applique plus un modèle social comme ce put être le cas pour élever, éduquer et responsabiliser l’enfant mais on applique ses propres règles, ses propres principes que l’on tire soit de son expérience, soit des diverses influences auxquelles on peut être soumis par son entourage ou les différents médias. Ceci révèle donc peut-être en profondeur une des causes de la crise de l’éducation de la société française si ce n’est plus généralement des sociétés occidentales.

Le problème est celui de la marchandisation des enfants. L’enfant devient un bien, un confort de vie à travers un épanouissement personnel, selon sa carrière professionnelle, ses envies, ses projets, la construction d’une maison etc.

Il faut alors remarquer un détail qui ne peut plus alors être anodin, car l’on ne parle plus de mariage homosexuel mais d’un mariage pour tous. Ce mariage homosexuel est donc là l’occasion de reconnaître ces évolutions et modifications des comportements et des façons de pensée de la société française à partir d’éléments transformateurs comme la contraception. Remarquons en filigrane que cette analyse de la contraception montre bien que les choix de société qui sont entrepris ne sont pas assez muris à quel point ils peuvent être lourd de conséquence ! La contraception est plutôt une bonne chose, cela est vrai, mais c’est pour ces seules raisons qu’elle fut autorisée, sans prendre en compte les résultat moins positifs que celle-ci engendrerait. Qui s’est inquiété de ses effets négatifs, les a-t-on pris en compte pour appliquer pleinement et sans risque cette autorisation ? Sans cette dimension capitale de la prise de décision qu’est la véritable et pleine délibération, comment ne pas être en droit de se demander s’il ne s’agissait pas seulement d’accorder un droit à la contraception mais bien plutôt de mettre en place une nouvelle société ou du moins d’en poser les jalons ? Parmi ceux qui s’opposent au mariage pour tous, il y en a certes une proportion qui sont aussi contre la contraception mais il y a aussi une part très importante de personnes qui ne pensent pas un seul instant qu’il pourrait y avoir un tel lien entre le mariage homosexuel auquel ils s’opposent et le droit à la contraception qu’ils considèrent comme acquis et irrévocable.

L’homoparentalité, quelle qu’en soit la méthode, pose un problème de fond, celui de la conception même de l’enfant par notre société toute entière. Comment être sûr de vouloir un enfant pour lui-même si celui-ci ne peut plus ne plus être l’objet d’une délibération, d’une décision et donc d’une volonté personnelle ? C’est donc aujourd’hui à travers cette question du mariage homosexuel et de l’homoparentalité que se joue les valeurs de toute notre société que nous soyons homosexuels ou hétérosexuels, que se joue aussi une compréhension plus authentique de l’homosexualité comme relevant de la « nature » en ne pouvant pas procréer comme en relève tout autant l’hétérosexualité en en ayant la possibilité. C’est aussi l’occasion pour les homosexuels de s’assumer plus encore puisque c’est là leur revendication la plus visible, s’assumer en tant qu’individu participant de la société mais non pas en ayant des enfants, en procréant artificiellement ou en s’octroyant ce bien infantile mais en travaillant, en consommant, en votant etc. À l’antiquité grec le citoyen était le responsable de la cité, à nous donc de mesurer notre responsabilité vis-à-vis de notre société et des valeurs que nous voulons y voir véhiculer, s’y appliquer et s’y transmettre.

homosexuelQu’est-ce que les « homosexuels » ?

Les homosexuels semblent donc en souffrance, c’est en tout cas ce que semblent révéler ces questions de mariage et de parentalité homosexuelles. Mais souffrent-ils vraiment de ne pouvoir jouir des droits du mariage ou bien plutôt de l’impossibilité de se reproduire due au seul fait de leur orientation sexuelle ? Si les homosexuels ne peuvent procréer entre personnes du même sexe ce ne peut être la faute de la société. La société ne peut donc pas en être responsable auquel cas elle ne doit rien aux homosexuels. Et la question se pose aussi pour les couples hétérosexuels stériles. Ni la société ni la loi n’a en charge de garantir la possibilité d’avoir un enfant, car, pour le moment encore, il n’existe pas de droit à l’enfant.

C’est donc peut-être là l’erreur d’orientation de la démarche d’acceptation des homosexuels, celle de vouloir accéder au mariage et à la parentalité, car cette démarche ne respecte cette fois plus d’ordre naturel aussi bien sur le plan biologique, politique que social. Que les homosexuels puissent jouir de droits égaux à ceux des hétérosexuels est chose louable et légitime. Cependant il ne faut pas que cette démarche tourne à l’assimilation. Les homosexuels ne pourront jamais être des hétérosexuels comme les autres. C’est là une confusion en apparence simple mais qui conduit pourtant à revendiquer le droit au mariage et à la parentalité ! Le but des homosexuels est de s’intégrer et d’être intégré dans la communauté nationale avec cette différence. Il ne faut pas que cette démarche soit une volonté d’effacement de toute distinction. Les homosexuels ne sont pas comme les hétérosexuels et inversement d’ailleurs, et aimer une personne du même sexe implique un bonheur dont il faut pas être privé mais il implique de facto d’être priver, voir de se priver d’une union maritale ouvrant droit à la parentalité.

À cet égard il est surprenant de voir les lobbys homosexuels (Aglae, LGBT etc.) revendiquer à la fois leur différence comme faisant partie de la réalité sociale et leur identification aux hétérosexuels, par l’aspiration à une égalité absolue de conditions. Mais que penser de la dualité contradictoire d’une telle démarche de revendication ? On retrouve aussi cela dans le fait de se marginaliser pour revendiquer sa normalité. Pour être « normal », c’est-à-dire comme tout le monde, faut-il nécessairement se travestir, se déguiser, défiler, crier, parfois gêner ou bien plutôt vivre tout simplement normalement, aller travailler, payer ses impôts et aller courir le dimanche ? Ce sont là des questions importantes pour les homosexuels, car tout ce que l’on voit des homosexuels c’est cela, c’est la Gay Pride, les marginaux et provocateurs de tout poil, bien plus que les personnes insignifiantes et indistinguables, tous ces chefs d’entreprise, employés, ouvriers, étudiants ou retraités qui se manifestent en tant que personne avant de s’avancer comme sexuellement caractérisés ! Les hétérosexuels ne se présentent pas en affichant leur sexualité, pourquoi les homosexuels ne les imitent pas davantage de ce point de vue là ?

Les homosexuels doivent faire attention à ne pas se ficher eux-mêmes en tant que minorité marginale. Ils sont des citoyens comme les autres, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs que ce soit sur le plan politique ou social. À partir de là il faut alors s’interroger sur cette acceptation. Autrement dit les homosexuels sont-ils si assurés de leur intégrité politique et sociale avant même de revendiquer le mariage ou la parentalité ?

Homosexuels en danger : droits de l’homme des uns aux détriments des autres ?

L’on a en général tendance à considérer que la condition des homosexuels est devenue bien meilleure, qu’elle a beaucoup évoluée à tel point que les homosexuels peuvent à présent prétendre à se marier et élever des enfants sans que cela ne gêne plus assez de monde pour les en empêcher. Mais est-ce vraiment le cas ? Est-ce vraiment sûr d’être homosexuel aujourd’hui partout sur le territoire français, partout et sans condition, à Paris, Bordeaux, Nice, Troyes, Argenteuil etc. ?

Non ce n’est évidemment pas le cas, l’insécurité et le mal-être homosexuel progresse même selon le dernier rapport annuel de SOS homophobie. Dès lors il faut aussi prendre en compte ce contexte dans notre réflexion sur le mariage et l’homoparentalité et ce, que l’on soit hétérosexuel ou homosexuel. Comment imaginer se marier et devoir se cacher dans la rue, au travail ou dans son entourage ? Pire encore si l’on imagine ce que pourrait donner l’homoparentalité. Imaginons seulement ce que cela pourrait donner autant pour les parents que pour l’enfant si déjà l’homosexuel en tant que tel est menacé.

Et l’homophobie elle-même n’est pas sans différentiation et les hétérosexuels homophobes ne forment pas un bloc monolithique. Certains préceptes religieux bien plus virulents et opérants que les autres, certaines formes d’islam pour ne pas les nommer et notamment dans une jeunesse délinquante et dangereuse sont de nature à menacer les homosexuels jusqu’à leur vie. Plus en profondeur il y a là la contradiction de l’application des droits de l’homme telle que nous la connaissons. Comment accepter une culture ou une religions qui menace et/ou condamne à mort les homosexuels sous prétexte d’humanisme ou de droits de l’homme et en même temps accorder aux homosexuels le mariage et l’adoption ? Cela est-il cohérent, honnête et de nature à assurer la paix et la sécurité civile « pour tous » ? N’est-ce pas une question plus immédiate et plus urgente que celles trop complexes et compromises du mariage et de la parentalité homosexuelles ? Il faut y réfléchir sérieusement et penser un ordre hiérarchique entre ces différentes problématiques, penser aussi un mode de coexistence pacifique et contrôlée entre les cultures étrangères et les valeurs qui sont les nôtres, celles d’acceptation et de respect d’autrui, de sa totale dignité humaine ainsi que de sa citoyenneté.gravatar3

2 réflexions sur “PHILOTHÉRAPIE : Article n°38 : Mariage pour tous : un mariage pas si gay que ça !

  1. Que dire à part : Bravo ! Un travail complet et très pertinent.
    Je partage totalement la réflexion, il y a d’ailleurs certains points que j’ai essayé moi-même, mais en vain, d’exposer à des individus. Notamment sur le fait que « les homosexuels ne seront jamais des hétérosexuels comme les autres » ou encore sur le point de la revendication de la sexualité.
    La différence entre « sexe » et « sexualité » est pour moi fondamentale.
    Vous mettez sur la table tous les enjeux et les représentations, ce qui fait office pour moi, au risque de réduire ce travail philosophique, de synthèse sur le sujet.
    Sur le droit à l’enfant et donc globalement sur le « mariage pour tous », je partage votre réflexion, vous allez en profondeur. Tellement en profondeur (de manière justifiée) que je crains, justement, que pour le militant « pour » lambda, la réflexion ne fasse malheureusement pas écho au point que ceci lui passe totalement au dessus de la tête… J’ai eu l’occasion de partager avec beaucoup de gens sur ces questions, et ce que j’ai pu en ressortir c’est quelque chose d’assez catégorique, grosso modo : « Les hétérosexuels ont le droit de se marier et peuvent avoir des enfants, pourquoi pas les homosexuels ? Sachant que ça n’enlèvera pas de droits aux hétérosexuels ». Le problème posé comme cela, vient justement tuer le débat en ne pouvant répondre que par un accord indubitable… La question, légitime soit, omet justement toute votre réflexion sur le sujet de la procréation et omet également de s’interroger sur ce qu’est un homosexuel, sur ce qu’est le mariage, et sur l’histoire de la procréation ?
    Car au fond, les questions anthropologiques et philosophiques importent moins pour une majorité, que l’accès à certains avantages que le mariage (religieux ou civile) procure à un couple. Je ne suis pas un expert en matière de mariage, j’en suis désolé, mais je pense directement aux avantages fiscaux ou autres que le mariage confère. Je dis peut-être des énormes bêtises… Les gens « pour » s’interrogent sur ces inégalités en toute légitimité. Ils s’interrogent dans l’immédiat, avec moins un sens philosophique qu’un sens pratique. Et au lieu de se poser les vraies questions, on travaille dans l’urgence : c’est oui ou c’est non !
    De là, quelle est la solution ? Améliorer le PACS ? Créer quelque chose de nouveau ?

    Bref, comment faire, maintenant que l’engrenage est bel et bien en marche ?
    Au fond vers quoi se dirige-t-on sachant que divers pays ont déjà adopté le mariage pour tous et ne s’en portent pas tellement plus mal… ?

    Encore une fois : Bravo ! et merci. Chapeau Philo 🙂

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  2. bon article, pour ma part je pense que les réticenses viennent de notre inconscient religieux. Mais comme tu le dis, le mariage est un contrat liant deux personnes qui veulent ou pas des enfants.
    Le problème c’est plutot la pma qui posait des soucis avant la question du mariage homosexuel. Certains enfants qui en sont issus sont en détresse et se posent des questions sur leur identité, car on leur dénie le droit de connaitre le visage de leur père biologique si le sperme d’origine vient d’un donneur. Avant de régler la question du mariage, il faudrait réajuster les droits de l’enfant avant le droit à l’enfant, qui ne doit pas être victimes des caprices des adultes.

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