Philothérapie : Article n°37 : Quitter la France a-t-il un sens philosophique ?

philo expatriationQui part de France ? À cette question nous viennent des noms tels que ceux de célébrités comme Johnny Halliday, Yannick Noa, Gérard Depardieu et bien d’autres encore possédant des patrimoines et des ressources importants. Mais il n’y a pas que les français les plus connus ou les plus riches qui quittent ainsi la France, il y aussi ce que l’on appelle plus largement les exilés fiscaux. L’article du site Entreprendre, Le filon de la chasse aux riches ! explique ainsi que « le ministère de l’Économie chiffrait en 2006 843 exilés fiscaux, soit plus de deux par jour » et que ce phénomène ne cesse de s’accroître d’année en année. Mais ce n’est pas ici la seule raison pour laquelle les français sont en droit de se poser la question d’une éventuelle expatriation. Au regard du chômage (200 000 chômeurs de plus estimés pour l’année 2013), des délocalisations, des problèmes de logement et d’accession à la propriété, de la santé de moins en moins bien assurée ou encore de la sécurité toujours plus menacée, ce sont tous les français qui sont concernés par la question de rester ou de partir. Pour résumer cette situation, disons qu’il n’y a rien à gagner et rien ou peu à perdre, surtout pour les étudiants et les classes moyennes si ce n’est populaires. La question que nous soulevons ici est donc celle de savoir s’il y a des raisons philosophiques à ces départs éventuels ou actés, s’il y a un sens philosophique à quitter la France.

philo exil fiscal 1Pour ce faire il faut en revenir aux fondements de la société voire même aux fondements politiques et philosophiques de la société. Notre fondement politique se caractérise par ce que l’on appelle le contractualisme (Philothérapie, Art. N°13, Stigmatisation : la loi marque-t-elle des esclaves ?) apparue par la pensée de Hobbes au XVIIIe siècle. Dans un contexte très troublé et marqué par une Réforme violente et sanglante, Hobbes se pose et pose la question de savoir s’il l’on peut trouver une structure fondamentale ou un modèle abstrait de la politique. Ce modèle est le contrat. La raison humaine permet de faire un calcul qui montre à la conscience humaine qu’elle a plus intérêt de renoncer à faire tout ce qui est en son pouvoir pour sa survie pour le confier à un ou plusieurs hommes si tous les autres hommes le font eux aussi. De là né la nécessité politique pour l’homme, pour sa survie et son confort. Ne pas tuer pour ne pas être tué en retour est un contrat, de même pour le vol, la dégradation et tout ce qui peut nuire aux hommes. Aussi l’État est l’institution qui possède le pouvoir de faire respecter ces contrats entre tous les hommes. Et la France est un modèle bien particulier de contractualisme politique. Tous les hommes et en l’occurrence tous les français renoncent à se soigner seuls et confient « tous » une part de ce qu’il gagnent en travaillant à ce que l’on appelle la sécurité sociale pour qu’en retour le jour où un français s’accidente ou tombe malade, il ne soit pas en situation de ne pas avoir les moyens de payer ses soins. Pour les retraites il en va de même ainsi que pour le chômage et, plus largement les impôts entrent dans cette même logique et inclus ainsi la sécurité, le droit à la justice etc. et tout ce qui relève finalement du bien public et de la protection des biens privés. Pour reprendre encore un exemple, chacun d’entre nous renonce à se défendre par ses propres moyens, (armes à feu, armes blanches, capacité de combat au corps à corps ou encore douves et hautes remparts) pour confier ce pouvoir au gouvernants qui le délèguent à la police, alors en charge d’assurer la sécurité.

philo exil fiscalAussi voici le problème qui se pose à l’engagement citoyen fondamental que d’être français, c’est celui de l’observance et du respect des contrats qui unissent les français entre eux, et les français avec leurs dirigeants au sens où ces derniers sont engagés et portent la responsabilité de la solidité et de la pérennité de ce contrat. Or nous voyons bien que ce contrat n’est pas respecté, qu’il est unilatéral et donc caduc. Unilatéral car les français payent leurs impôts à l’État mais aussi leurs impôts locaux, puis des taxes sur tout ce qu’ils achètent (TVA) etc. sans qu’en retour l’ordre ne soit fait respecté, sans que cet argent commun ne soit d’abord réservé à ceux qui ont fait l’effort de le produire et de le donner. Plus encore les français pour ne pas dire une partie des français, payent leur sécurité sociale d’un côté et doivent de l’autre payer une part toujours plus importante de leurs soins ou bien alors payer une mutuelle et donc, assurer eux-mêmes la sécurité de leur santé. Les français payent des allocations chômages pour constater une abondante générosité sans contrepartie ni contrainte (ou si peu) à ceux qui jouissent de cet effort commun des travailleurs. Les français contribuent au système des retraites mais doivent en parallèle assurer eux-même une complémentaire retraite, car disons-le, la retraite ne va plus faire très longtemps l’objet d’un contrat entre tous les français mais sera à la charge et à la responsabilité de chacun.

Et le problème n’est pas seulement là car si, comme c’est le cas aux États-Unis, on se dirigeait vers un modèle sociale individualiste qui met en avant la responsabilité propre à chacun d’assurer sa santé, sa sécurité ou encore sa retraite, cela soulèverait bien des interrogations, mais le fait d’aller vers ce modèle sans rien abandonner du système français constitue en des termes que chacun comprendra une arnaque. C’est une tromperie d’envergure car non seulement il s’agit de contribuer par l’effort et l’argent à un contrat qui n’est plus ou bien peu honoré, mais il faut encore trouver d’autres ressources pour palier aux manquements de l’État dans son devoir de maintenir ces liens sociaux, ces contrats entre tous les français en ces divers domaines. Et parfois même le vice de ce système vérolé et branlant va plus loin, se montrant par exemple incapable d’assurer l’ordre et la sécurité et interdisant à la fois à chacun de se défendre par soi-même et empêchant même la police elle-même de faire son travail, d’arrêter les marginaux de toute sortes, de les mettre dans des prisons où de la place serait disponible, en somme, de mettre en œuvre ce qu’il faut pour que l’ordre soit assurer quelle que soit la politique à mettre en place.

Revenons à Hobbes à présent pour qui la justice se définit simplement dans l’acte de faire respecter les contrats. À simplement l’étudier cette définition peut sembler simple et élémentaire, mais lorsqu’elle est mise en situation elle prend tout son sens et donne plus de sens et de clarté à la situation elle-même.

francedrapeaupeupleAussi à la question « Pourquoi partir » de France, de savoir si cette démarche a un sens philosophique, il est possible de présenter à présent les choses sous un autre angle et se demander plutôt « Pourquoi rester » ? Qu’est-ce qui pousse à rester dans une telle injustice sociale et politique ? Pensons aux jeunes qui n’ont encore rien construit, qui n’ont rien à perdre, et rien à gagner, qui peuvent s’éveiller au fait qu’ils auront beaucoup de mal à trouver du travail, à le garder, à s’enrichir avec, qu’ils auront à évoluer dans une société hostile, violente, parfois sans foi ni loi, qu’ils n’auront pas de retraite, pas de gratuité des soins alors qu’ils payeront pour cela en plus de tout ce qu’il auront déjà à payer, en plus du loyer ou du crédit pour les « pris à la gorge » les plus chanceux. Rien à perdre et rien à gagner. Rien à faire si ce n’est regarder par la fenêtre, chercher autre chose autre part, espérer mieux, espérer différent d’un tel système.

Pourquoi rester ? Pour répondre plus positivement à la question, par amour d’un pays qui a pour lui-même c’est-à-dire son histoire et sa culture de quoi être aimé, par attachement et sympathie envers ceux qui, par solidarité continuent d’être et de se sacrifier pour faire tourner la grosse machine à bout de souffle, parce que l’on a des enfants, un crédit, une maison, des amis, un quartier etc.

Aussi ceux qui ont le plus de légitimité à partir sont les jeunes car ils n’ont rien fait pour que cela soit et se passe ainsi, ils héritent injustement d’un système rendu injuste, rien ne les engage ou ne les oblige en soi à contribuer à ce contrat social, aux fondements ainsi dénaturés de la politique de ce pays. Tout ceci n’a finalement pas beaucoup de sens pour un jeune français, aussi lui faut-il ou peut-être lui apparaît-il bien plus heureux et adéquat de trouver un autre sens, un sens meilleur pour lui ailleurs, en prenant une autre direction, quitter la France.gravatar3

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je profite de cet article -qui me touche personnellement- pour vous exprimer l’intérêt que votre blog suscite… et pour vous exprimer une ou deux critiques.
    Si vos articles (du moins, les 5 ou 6 que je viens de lire) sont toujours bien construits, clairs et pertinents, je trouve que leur formulation laisse entendre que votre analyse serait LA vérité philosophique: or, vous conviendrez qu’en philo comme en beaucoup de choses, le choix du point de vue, et des prémisses théoriques qui le sous-tendent, forment un postulat, et donc rien d’autre qu’une opinion, fusse-t-elle parfaitement construite et argumentée (il est clair par exemple que vous affectionnez particulièrement Hobbes et Kant. ce qui n’est pas un tare, loin de là, mais bien un CHOIX d’où découle votre réflexion).

    A part cette petite critique un peu pédante, je m’en voudrais de ne pas réagir à votre article sur l’expatriation, et ce de manière largement moins universitaire (même si mes remarques illustreront la précédente).

    En vrac donc:
    Tout d’abord, quitter son pays, qu’il s’agisse de la France, de l’Afghanistan ou du Japon, a toujours un sens philosophique, ou, tout du moins, implique toujours une reconstruction identitaro-morale de la part de l’émigrant, ce quelle que soit sa motivation pour se faire.
    Ensuite, vous sous-entendez au début de l’article que la raison essentielle pour ne pas dire unique de l’exil de l’Hexagone serait l’exil fiscal. …. …. …. Euh… Mais non!
    Outre le fait que je ne réponde personnellement pas à ce critère (je suis même doublement imposée, dans mon pays de résidence comme en France), cela nie une part plus qu’importante des mouvements migratoires français et se contente de reprendre ce que les medias veulent faire passer (en l’occurence, l’idée que le régime fiscal français est extrêmement et exceptionnellement lourd pour, comme vous le prouvez brillamment, un contrat social de moins en moins respecté), et non à une réalité, qui, comme souvent, ne peut être perçue si l’on n’a pas vécu dans d’autreS pays du globe. Quand c’est le cas (comme moi), on découvre -avec surprise- que le régime fiscal français est en fait plutôt léger, surtout comparé aux pays ex « en développement », tels que le Kenya (35% d’impôts sur le revenu, sans échelonnage selon les revenus, du moment que vous n’êtes pas ressortissant) ou l’Indonésie (… 75% de vos revenus prélevés pour les impôts!!!!). Le régime fiscal français est par ailleurs tout à fait comparable à celui de certains pays européens, à la différence près que ce sont les individus qui s’en chargent mais pas les employeurs. En bref, il n’y pas que les paradis fiscaux, les USA ou la Belgique sur terre.
    La charge fiscale est donc loin d’être l’exception gargantuesque que certains politiques et les medias voudraient faire croire.
    Par ailleurs, le contrat, puisque contrat il y a en effet, est loin, lui aussi, d’être unique, encore une fois contrairement à ce que les medias pourraient laisser croire (le fameux « modèle français »): on le retrouve, en fait, dans la plupart des pays européens. Les pays les plus libéraux comme les USA sont en train, quoique très modérément, de s’y mettre. Le concept de redistribution, et donc ce que vous affirmez être « un modèle bien particulier de contractualisme politique », ne l’est pas tant que cela.
    Par ailleurs, vous reprenez des arguments politiques et économiques, qui, encore une fois, quand on vie ailleurs, semblent quelque peu fallacieux: l’absence de sécurité, par exemple. Il se trouve que la France est un des pays les plus sûrs au monde (encore une fois, contrairement aux affirmations médiatiques. Mais le moindre début de recherches en criminologie le prouve).
    Vous dîtes:  » « Pourquoi rester » ? Qu’est-ce qui pousse à rester dans une telle injustice sociale et politique ? Pensons aux jeunes qui n’ont encore rien construit, qui n’ont rien à perdre, et rien à gagner, qui peuvent s’éveiller au fait qu’ils auront beaucoup de mal à trouver du travail, à le garder, à s’enrichir avec, qu’ils auront à évoluer dans une société hostile, violente, parfois sans foi ni loi, qu’ils n’auront pas de retraite, pas de gratuité des soins alors qu’ils payeront pour cela en plus de tout ce qu’il auront déjà à payer, en plus du loyer ou du crédit pour les « pris à la gorge » les plus chanceux. Rien à perdre et rien à gagner. Rien à faire si ce n’est regarder par la fenêtre, chercher autre chose autre part, espérer mieux, espérer différent d’un tel système. »

    Je ne sais si vous réalisez -à la vérité, il est clair que non!- la CHANCE que c’est de vivre en France. Pour quiconque a vécu ailleurs, et plus spécifiquement dans des pays non démocratiques, voire en conflit, ce paragraphe est juste… choquant. Mon fils, par exemple, de 10 ans votre benjamin, a eu cette réflexion spontanément: « mais… tu es sûre, maman, qu’il parle bien de la France et pas du Congo??? » (un pays, la RDC donc, qui vit depuis plus 51 ans dans la dictature, et dont trois provinces vivent dans la guerre depuis presque 15ans).

    Vous avez une idée, une théorie, soit. Mais, outre le fait que vous faîtes l’impasse sur un certain nombre de données telles que rapidement énoncées plus haut, vous n’allez pas jusqu’au bout de vos idées: ce que vous exprimez, c’est en effet le choix d’une société individualiste, et profondément normative (« arrêter les marginaux de toute sortes, de les mettre dans des prisons où de la place serait disponible, en somme, de mettre en œuvre ce qu’il faut pour que l’ordre soit assurer quelle que soit la politique à mettre en place »).

    Vous en avez le droit bien sûr-vous n’êtes pas le seul-, mais alors, allez jusqu’au bout!

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  2. LOACMATEO dit :

    Madame bonjour,

    C’est un plaisir de recevoir un commentaire comme le vôtre! Car vous me donnez diligemment l’occasion de m’expliquer, de me reprendre et de développer plus encore certains points.
    Pour y répondre sans plus m’appesantir en compliments et remerciements, je commencerai par clarifier plusieurs incompréhensions. À commencer par celles dont je suis responsable, et je dois préciser que je n’ai pas voulu dire que l’exil fiscal était la seule raison du phénomène d’expatriation. Je n’ai pas relu l’article pour vous répondre mais si vous l’avez ainsi compris c’est que je n’ai pas été assez précis.
    Par ailleurs je pense que le ton sur lequel j’écris peut parfois porter à confusion quant à ma démarche, mon soucis d’objectivité et ma bienveillance. Le ton peut me trahir surtout lorsqu’il s’agit d’article de Philothérapie car je dois réfréner mon scrupule méthodique en philosophie un peu aride il faut l’avouer, due à ma formation au profit d’une compréhension pour le plus grand nombre et d’un format bien plus court que ce qui peut être permis par ailleurs en philosophie plus théorique ou universitaire.
    Suite à cela je commencerai par réagir à votre critique de « la » vérité. Dans mes articles comme en philosophie d’ailleurs, l’objectif central n’est pas tant celui de « la » vérité mais bien plus celui de la démarche de vérité. Malheureusement et on peut le comprendre, je ne peux prendre le temps de m’expliquer sur mes démarches méthodologiques. Mais puisque vous soulevez ce point c’est l’occasion de le faire un peu. Par exemple, le fait de s’appuyer sur des auteurs (Hobbes et Kant ne sont pas à proprement parler mes préférés, je ne suis pas de cette « école » de philosophie qui identifie et légitime sa pensée principalement par des auteurs) n’induit pas forcément de faire appelle à leur autorité. Il s’agit de reprendre des modèles de pensée qui ont fait et font toujours leurs preuves! (Voir notamment l’article Philopure paru ce jour « Le contractualisme de Hobbes ou la racine pivot de notre politique contemporaine »). Et il faut bien admettre qu’user et faire appel à des auteurs n’est pas chose aisée, entre autre raison pour laquelle des études de philosophie ont leur utilité! Par là et il y a long à dire là-dessus, un postulat n’implique pas nécessairement une opinion, songez aussi au sciences qui ne se fondent que sur des postulats! Et donc en effet, c’est le CHOIX de ces postulats qui détermine la vérité, de fait il faut rendre raison de ce choix, et là nous ne sommes plus dans l’opinion mais dans l’épistémologie (méthode de conduite de recherches ou de pensée, en science ou en philosophie). Vous constaterez aussi que ce sentiment de vérité imposée ou, disons, à caractère arbitraire ne se retrouve pas ou du moins pas en les même termes dans des travaux de philosophie à proprement parler (je pense en cet instant à l’article de recherche « De l’élargissement du cercle herméneutique » qui pose les conditions de possibilité d’une vérité sur le sujet donné (lire principalement l’introduction) ou encore les conditions de possibilité de connaissance… Ou encore la partie « Prudence méthodologique » du traitement de la question : « La perception donne-t-elle accès aux choses? ».
    Ensuite vous avancez un argument qui a tout de même sa force quant aux postulats. Et, s’il n’est pas faux, il n’est pas non plus absolument réfutable. Car s’il est vrai que la pensée d’un auteur est en partie déterminée par un contexte socio-historique, il est aussi vrai que cette pensée répond à des problème fondamentaux qui parcourent et structurent à leur tour l’histoire de la pensée ainsi que l’histoire elle-même d’ailleurs. Si j’ai par là manqué de mesure en ce sens (et aussi en raison des contraintes que j’ai choisi de m’imposer) il ne faut pas non plus en manquer dans l’autre!
    J’en viens à présent sur l’expérience personnelle. Si l’expérience personnelle peut motiver, alimenter ou enrichir la pensée, elle ne lui est pas indispensable et lui est même risquée en ce qu’elle peut influencer l’objectivité ou le scrupule d’exigence de vérité. Par exemple et sans aucunement dire que vous n’avez pas une part de raison dans ce que vous avancez, le fait de comparer la France à d’autre pays à partir de son expérience apporte des éléments extérieurs à la question posée, certes, mais ils ne permettent finalement pas de réponse satisfaisante. Pour reprendre vos études de cas, soit on peut dire que la France est un pays merveilleux dans lequel il fait bon rester y vivre (Indonésie, Kénia pour ce qui est de la fiscalité, ou les pays dictatoriaux) soit la France possède en elle les éléments qui motivent à son départ (vers les paradis fiscaux ou des pays au pacte social plus solide). Nous sommes plus dans la constatation, l’observation et l’information que dans la connaissance, le sens profond et la raison d’être du phénomène. C’est pourquoi j’ai plutôt choisi une modélisation philosophique qui consiste à reprendre un à un les termes de la structure logique et abstraite de notre société à partir des travaux de Hobbes en la matière. C’est comme en biologie, pour comprendre la maladie, l’anomalie ou définir l’état de santé, on en passe par une connaissance du corps humain pour lui-même, dans ses structures fondamentales et donc de façon abstraite puisqu’en dehors de toutes les situations auxquelles il lui est possible de faire face. Et une fois que l’on a une connaissance globale suffisante du corps, on peut alors se diriger vers les études de cas, les mises en situation et alors déterminer quelles sont les situations favorables ou défavorables à la maladie ou à la bonne santé du corps en question. Il en va de même en philosophie, d’où l’importance de la théorie à cette fin.
    Pour conclure sur cette mise en comparaison entre la France et les autres pays, je soulignerai et j’insisterai sur le principe d’autonomie des peuples. Chaque démocratie et, plus largement chaque régime politique fait ses propres choix en raison de son autonomie politique et territoriale, ce que l’on appelle la souveraineté d’un pays. Par là rien n’oblige sur le plan éthique, juridique, social ou politique à se référer à d’autres pays. Bien sûr rien n’oblige non plus à ne pas le faire mais cette non-obligation va dans les deux sens donc l’argument ne peut être formulé dans le cadre de cet article à visée théorique et globale avant et plutôt que d’être une simple étude de cas ou une liste de constats comparatifs. De plus et puisque je pars d’une modélisation théorique du pacte social ou, disons, de la politique en France, les conclusions valent pour tous les pays puisque je pars de la raison d’être même (selon Hobbes oui mais notre politique occidentale s’est historiquement, idéologiquement et intellectuellement fondé dessus! Et bien entendu Hobbes n’est pas le seul à avoir travailler le sujet!) de la politique pour les hommes. C’est en cela que Hobbes est extrêmement intéressant et passionnant pour penser notre modernité et les problèmes spécifiques ou traditionnels qu’elle sous-tend. Et c’est peut-être grâce à lui que votre fils s’est ainsi étonné, parce que les habitudes et le quotidien des opinions nous rendent peut être moins attentif à ces tensions de fond, aux raisons nodales des problèmes de surfaces (souvent étalées dans les médias).
    Je glisserai ici la remarque suivante, c’est que je ne donne pas mon avis personnel, le « moi » qui s’exprime est très détaché du sujet ou de l’objet sur lequel il s’exprime, car de fait je préfère ou, du moins, je me dois de bien plus m’attacher à d’autres exigences que celles de mes émotions et de mes sentiments particuliers pour continuer de prétendre faire de la philosophie!
    Concernant le contrat je me permettrai à nouveau d’en rester à Hobbes (peut-être l’ai-je fort présent à l’esprit puisque je viens de publier un long travail à son sujet). Et le pacte social pour Hobbes permet justement d’éviter que chaque homme passe constamment une infinité de contrats avec chaque autre homme. Le pacte social est le contrat fondamental qui permet la représentativité, de confier à un tiers le droit d’édicter des règles, des lois. Par là la multitudes des contrats nécessaires à la vie politique et civile est remplacée par les lois positives (lois étatiques) par la contraction commune des hommes au pacte social (je rappelle ici que nous parlons de contrat politique au sens fondamental, théorique. Les contrats comme les contrats de travail sont des contrats pratiques, d’ailleurs régis par des lois elles-mêmes issues de ce pacte social.)
    J’en viens maintenant à votre ultime critique. Je ne suis pas sûr qu’il s’agisse vraiment de ne pas aller au bout de mes idées. Je n’ai rien à dévoiler, de façon subtile ou induite, j’essaie simplement de rendre les choses claires ou plus clairse en les éclairant sous un angle particulier ou rendu plus pertinent grâce à la démarche philosophique. Ensuite je laisse le choix au lecteur de penser par lui même à partir du modèle théorique que j’ai exposé, c’est-à-dire avec méthode. Cela me semble plus intéressant, moins contraignant et plus légitime. En ce sens il n’y a pas « la » vérité ( Attention ni non plus « sa » vérité!) mais une démarche de connaissance et de réflexion, que l’on peut toujours délaisser, re-fonder ou simplement réviser!
    Je ne vois donc pas en quoi ce jusqu’au bout aboutit à une société individualiste. Il faut aussi se méprendre là-dessus, le modèle que je propose ou que l’histoire de la philosophie fournit en nombre, consiste justement à réunir, à donner une unité politique à ces individus. Dans ce cas précis je vous laisserai éventuellement préciser votre propos s’il s’agit d’autre chose.
    Après si vous songez à ce genre de société en lisant mon article ce peut être parce que chacun à le droit propre de rester ou de partir, et donc c’est chacun pour soi! Et bien oui d’une certaine manière et dans ce cas il en est ainsi et vous avez raison, je dois préciser que c’est individualiste. Cependant ce n’est plus une société puisqu’en quelque sorte elle se désunie, elle se disloque! Et elle perd son unité parce que le contrat social ne tient plus, rendant aux citoyen toute leur individualité, leur souveraineté, c’est-à-dire leur liberté propre de rester en de telles conditions contractuelles! Ce n’est donc pas une conséquence politique à laquelle adhérer et non, je n’y adhère bien évidemment pas. Dans ce cas encore je ne veux pas aboutir à une société individualiste.
    Quant à la fin de votre commentaire et de ce que vous me citez, oui c’est ce qu’il faut, il faut de la normativité (Voir Foucault et les bio-pouvoirs à ce sujet) mais il ne s’agit pas seulement de cela, et ensuite faut-il discuter des modalités par lesquelles parvenir à s’octroyer les moyens de parvenir à cette fin, et, les deux allant de concert, celles par lesquelles conserver l’équilibre de cette fin, de cet état de paix. Il faut songer aux risques de l’État policier ou militaire, à la tyrannie de la majorité (Tocqueville), aux limites de la démocratie en France mais aussi en tant que régime politique à proprement parler. Mais ce ne peut être l’affaire d’un article d’une si petite envergure ni encore moins d’un seul de ses comentaires.

    Toutefois et pour conclure je vous remercie encore pour cette réaction réfléchie. Je sais que j’ai été un peu long mais votre commentaire est intéressant et ne donne que trop l’occasion pour moi de développer mon propos et de défendre les positions avancées. Si d’aventure j’avais omis une de vos remarques ou que vous en avez d’autres, n’hésitez pas, là encore, à me les faire parvenir, c’est aussi pour moi un gage d’évolution personnelle en plus d’un plaisir d’échange et de rencontre.

    Très bien à vous,

    Loac

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