PHILOTHÉRAPIE : Article n°35 : Qu’est-ce que le monde pour moi ?

Sans que cela ne nous pose le moindre problème nous vivons dans le monde, un monde physique et spirituel, de la matière et des idées. Et déjà deux mondes font le monde. Sans que cela ne nous pose le moindre problème nous pensons toujours vivre dans un seul monde alors que nous en traversons et appartenons à une multitudes de mondes différents. Il y a le monde en tant que globe terrestre, le monde occidental, le monde du spectacle, le monde des riches et des pauvres, le monde du travail, le monde de l’art, des sciences, des lettes ou encore de la philosophie, le monde autour de soi dans la rue, connaître ou voir beaucoup ou peu de monde, son monde intérieur, le meilleur des mondes possibles, le monde des possibles, la paix dans le monde, la guerre des mondes. Le monde est un terme vaste qui peut tout autant être extrêmement globalisant comme il peut désigner à lui seul une unique particule quantique. Son sens et sa forme sont d’une incroyable variété et l’on ne songe jamais à lui reconnaître cette disparité sémantique en tant qu’elle induit des contextes et des sens paradoxaux si ce n’est contradictoires. Comment se peut-il faire qu’il y ait un monde intérieur et suffisant à lui-même en psychologie ou en science de l’esprit, et un monde extérieur aussi suffisant à lui-même dont dépend pourtant ne serait-ce qu’au moins par l’intermédiaire du corps cet esprit en tant que monde intérieur ? Comment le monde peut-il être un et si multiple à la fois ? Plus encore comment le monde peut-il contenir par lui-même une multitude d’unités, de mondes distincts les uns des autres par une identité individuelle ou sémantique ? Car lorsque nous parlons de monde, nous sous-tendons déjà les autres mondes, occidentaux, culturels, sociaux, individuel, microscopiques etc. À chaque fois c’est le même mot qui est utilisé pour désigner des réalités à chaque fois toute différente sans que cela ne nous interpèle, naturellement.

L’objectif de cette interrogation sur le monde aussi bien en tant que mot qu’en tant que ce mot réfère à une pluralité composite de réalités n’est pas de poursuivre une exigence d’objectivité. Cette objectivité pourrait consister en deux choses qui se ramèneraient au débat entre science et philosophie. Il s’agit du conflit entre deux démarches, l’une consistant à montrer l’unicité matérielle et nominale – c’est-à-dire théorique et scientifique – du monde, et l’autre considérant par une démarche philosophique ou plus largement celle des sciences humaines que cette unité n’est que théorique est donc artificielle, dénaturante voire pour certaines positions, illusoire. Non il ne s’agit pas d’entrer dans ces considérations conflictuelles complexes qui demanderaient de longs développements conceptuels et des connaissances notoires en sciences, en physique, en biologie, en art, en sociologie ou bien encore en science du langage. S’agissant d’un article de Philothérapie, nous nous attacherons bien plutôt à la position que chacun de nous peut avoir face à ce monde des mondes. Par là il est question de comprendre le monde par rapport à la place que nous y avons ou que nous pouvons y prendre. Cette démarche-ci s’inscrit ainsi plutôt dans l’expression « trouver sa place dans le monde » bien qu’il ne s’agisse pas de donner des réponses adaptées à chacun. Ce n’est qu’une démarche, comme la clef de voute ou le panneau de signalisation pour que chacun chemine à sa manière dans cette réflexion sur le monde, son monde intérieur et sa place dans le monde extérieur.

Aussi nous parlons du monde intérieur comme d’un univers. Nous ne parlons jamais du monde de Proust ou du monde de Mozart. Nous avons bien plutôt naturellement tendance à parler de l’univers de J. K Rolling ou de l’univers de Lady Gaga. Car l’idée de monde implique une sorte de finitude, aussi est-ce le terme le plus propre à l’antiquité grecque pour laquelle le monde, le cosmos, signifiait et désignait un tout plein, organisé, rationnel, parfait, achevé, fini et harmonieux. À l’inverse l’univers est infini. Par là il ne peut plus être harmonieux car l’harmonie suppose l’accord et la sympathie des parties d’un tout. L’univers n’est pas un tout car sans limite, il est une illimitation que nous ne pouvons pas embrasser par la pensée car le langage est d’abord et surtout fait pour parler de choses qui comportent une unité, une forme de finition comme le mot statue désigne l’objet matériel achevé dans le temps par l’artiste, fait de marbre aux contours bien distincts et polis, et dont les parties s’accordent les unes aux autres de telle sorte que l’ensemble donne l’impression d’une personne, et que cette personne de marbre nous procure une sentiment esthétique positif ; le beau.

Nous pouvons constater ici en guise de remarque que les avancées scientifiques ont aussi un impact conséquent sur le langage et par voie de fait sur la pensée. Les grecs anciens pensaient le monde comme quelque chose de clôt et de parfait. Tout avait un sens dans le monde matériel car le monde des Idées (Cf. Platon), ou disons plus largement le monde des dieux l’insufflait et le régissait de sa perfection rationnelle absolue et immuable. Par là et c’est la position de Platon mais aussi d’Aristote puis des stoïciens tel que Cicéron, puis encore des néo-platoniciens tel que Plotin, tout ce qu’il nous faut faire dans ce monde matériel et périssable c’est trouver la place qui nous a été dévolue par l’ordre supérieur du monde des forces immatérielles. Comment, nous les hommes en tant que nous sommes finis mais dotés de la capacité de compréhension, comment pouvons-nous comprendre cette perfection illimitée du monde de telle sorte que nous puissions y trouver la meilleur des positions, comment y être à sa place selon sa nature d’homme ? Qu’elle peut bien être la société la plus juste politiquement ? Quel peut bien être le meilleur archétype de la vertu pour une existence humaine ? Quelle connaissance la plus élevée est-il possible de constituer pour comprendre le monde ? Voilà les questions antiques et les termes contextuels en lesquels les grecs anciens se les posaient. Mais dès lors que le monde n’est plus celui des grecs mais que l’on se rend compte de l’espace infini induisant pour ainsi dire de facto l’idée de vide, de désordre, de hasard ou bien encore de chaos, comment peut-il être encore pertinent de se poser la question de la place que nous pouvons prendre dans ce monde-univers ? La question est forte et percutante mais combien le devient-elle encore lorsqu’il s’agit cette fois de considérer de surcroit la multiplicité intrinsèque et génétique du monde, le fait que le monde se constitue d’une pluralité infinie de mondes eux-mêmes infinis en tant qu’ils sont à eux seuls chacun des univers en soi. Aussi devrions-nous sur le plan philosophique ne pas parler d’univers mais de « plurivers ». Et c’est justement en cela que la question de sa place dans le monde conserve tout son sens, justement en ce qu’il n’est pas limité, que tout y est possible. Pour en revenir à des choses concrètes, ne voit-on pas les petits garçons et les petites filles (voire même les adultes, nous n’avons peut-être pas tant de raison que cela de préciser l’âge dans cet exemple) rêver à des métiers possibles, songer à être des héros, des célébrités, des policiers, docteurs, bandits de grands chemins ou encore maîtresse d’école ? C’est en cela que la question de sa place dans le monde est toujours aussi intéressante si ce n’est palpitante de ce que rien n’est écrit d’avance, de ce que tout soit toujours possible, à tout instant de son existence. Et le tout n’est pas simplement d’y croire ! Car il n’y a pas vraiment d’illusion en cela, ou l’illusion est réalité, ou l’illusion n’est qu’une partie de ce qui est bien réel c’est-à-dire, la pensée, la conscience du futur, la projection, le désir, la motivation, le passage à l’acte et la persévérance dans l’effort ou la réussite.

Ces mondes possibles pour soi-même en même temps que cette recherche du meilleur des mondes se traduit dans les faits par un métier, une vie de couple, la construction d’une famille, l’écriture d’un roman, la création d’un jardin, l’écriture d’un poème, d’une lettre, par la peinture d’un tableau, la découverte ou la création d’une nouvelle musique pour soi ou pour les autres etc., l’établissement d’une nouvelle théorie scientifique, philosophique ou sociologique etc.

Le tout c’est de se savoir libre dans le jeu apparent de la nécessité d’un seul monde, où les lois sont fixes, immuables jusqu’à nouvel ordre scientifique ou socio-politique et ne s’appliquant qu’à un seul monde commun, commun aussi bien au sens de ce que nous pouvons tous partager ensemble qu’au sens de ce qui s’avère finalement banal, sans saveur et sans valeur. Cela n’indique pas de faire n’importe quoi pour autant car son monde intérieur est le produit du monde extérieur, de ce que nous venons de parents, d’une société, d’un état, d’une culture, d’un genre humain etc. et donc de ce que nous leur devons au moins l’obligeance de notre existence propre, et nous sommes donc aussi le produit de ce monde commun qui participe tout de même aussi de la richesse des mondes possibles. Se créer son univers c’est y intégrer des éléments extérieurs agencés de telle façon que cette univers personnel soit une création autonome et authentique, bien à soi, et bien en ce qu’il s’insère sans mal dans et parmi les autres mondes. C’est le prix de la conservation de sa liberté, le respect et l’observance morale. Tout refuser, mettre en branle le monde par ses actes ou ses idées ce n’est pas créer son univers ni encore trouver sa place dans le monde. En cela l’anarchie peut au mieux n’être qu’un passage malheureux et douloureux permettant le passage d’un monde à un autre, mais en aucun cas l’anarchie ne représente à elle seule le mérite de la création d’un monde nouveau.

Trouver sa place dans le monde c’est donc se mesurer à soi-même et par là mesurer l’écart entre ce que nous sommes dans l’instant et ce que nous pourrions être dans le futur. Il s’agit de s’éprouver dans la liberté de ses choix, de mesurer la force de son courage, de sa témérité, sa magnanimité, sa lucidité, son potentiel d’adaptation et de réaction, sa capacité à apprendre de ses expériences, sa puissance de corps et d’esprit, son impact sur soi et sur autrui, sa sagesse en devenir, son éthique de vie et son hygiène au quotidien. Il faut négliger le moins de choses que possible car le meilleur des mondes auquel nous pouvons aspirer dès lors que se pose à nous la question de sa place dans le monde, ce meilleur des mondes induit le moindre des maux. Il faut donc s’en soigner, se soigner au mieux de ses défauts, de ses lacunes, il faut donc apprendre c’est-à-dire connaître mais aussi apprendre à apprécier autrui, les belles choses, les bonnes choses, apprendre à s’en garder lorsque ces plaisirs peuvent nous nuire. Comme partout, une place s’acquiert mais aussi se conserve. La liberté est un travail permanent, nous ne sommes jamais tranquille quand nous voulons être libre et libre d’être au mieux. Comme pour la santé, sa place dans le monde et donc son meilleur des monde, le posséder aujourd’hui ne nous garantie en rien de le posséder demain. Tout ce qui nous reste à faire c’est de compenser les aléas sur lesquels nous n’aurons jamais de prise en agissant sur sa santé de telle façon que nous puissions en optimiser la jouissance dans le temps, c’est-à-dire de telle sorte que nous vivions le plus longtemps et en meilleur santé possible. Il en va de même pour l’esprit et son aspiration au meilleur des mondes.

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