PHILOTHÉRAPIE : Article n°34 : Chefs d’entreprise, salariés : À quoi bon lutter ?

Que la philosophie puisse se poser des questions d’ordre d’économie actuelle peut à première vue suggérer la question de la légitimité de cette ingérence. Que peut bien venir faire la philosophie dans ces questions complexes et déjà abondemment commentées, à défaut d’être traitées par une foule d’experts, de journalistes, de sondeurs et de politiques ? A-t-on vraiment besoin de ses services si tant est qu’elle ne serve par ailleurs à quelque chose ? Sans aller se défendre ni s’excuser de cette démarche, avançons en toute humilité qu’il ne s’agit que d’observer, de questionner et de comprendre. Nous verrons bien si notre entreprise permettra une certaine compréhension là où tant d’autres domaines pourraient nous sembler pêcher. Si nous connaissons fort bien la situation, établissons tout de même un état des lieux qui fera de cette réalité le socle de notre réflexion.

L’économie est dans un bien piètre état et la liste des fermetures d’entreprises et plans sociaux divers est variés est déjà bien longue et en passe de s’allonger considérablement à court et moyen terme. De PSA, mais aussi Renault, Fiat et même Opel, le thé Éléphant, Arcelormital, Doux (volailler), Continental (usine de pneus), en passant par Meryl Fiber (usine de chimie de base), Lejaby (usine de lingerie), l’usine de velours Cosserat, l’usine Plysorol du groupe Bitar (contreplaqué), Vogica (conception de cuisine), Moulinex, Pilpa (usine de crème glacée) jusqu’aux usines et entreprises inconnues du grand public, elles sont des dizaines voire des centaines à avoir fermé, à fermer ou à être en passe de l’être. À cela s’ajoute la masse des plans sociaux, c’est-à-dire restructurations ou plans de redressement dont nous ne citerons que SFR, Orange, Carrefour, Leclerc, la FNAC, Virgin, Kodac, Areva, Airbus, Goodyear, UBS France, Société Générale, Néo Security jusque Nike, Sony, Libération (25% de son personnel en 2006) et même Pif gadget, montrant ainsi l’étendue globale de ce phénomène. C’est une liste quasi interminable et nous devons bien admettre que toutes ces entreprises connaissent des difficultés parfois très particulières si ce n’est endémiques à leur secteur d’activité. Mais le point d’origine de cette croulante orgie, le top départ de cette hécatombe, trouve sa source et sa substance presque essentiellement dans l’ouverture de l’économie française à la concurrence internationale, décidée le 1er juillet 1968 par Georges Pompidou, alors Premier ministre. C’est là où débute notre question de savoir à quoi bon les salariés luttent-ils contre leurs chefs d’entreprise. Mais avant cela nous faut-il d’abord faire un rappel d’ordre terminologique. Qu’est-ce qu’un marché, une entreprise ou un salarié, le rôle de la présence ou de l’absence des frontières ou encore le coût de production sont des notions clefs qu’il nous faudra d’abord maîtriser a minima avant d’engager une réflexion plus approfondie. Ce retour dans notre passé économique proche et ce rappel de définitions nous permettront déjà de montrer qu’une lutte n’est ni pertinente ni encore moins propice à résoudre les problèmes des salariés qui sont de surcroit identiques à ceux du patronat. Nous en viendrons donc ainsi au sort de l’anti-capitalisme qui s’inscrit aussi dans cette lutte mais à l’échelle du système économique en son entier. Nous nous tournerons ainsi dans le même temps vers des problèmes plus concrets et qui concernent l’entreprise elle-même, dans les rapports entre les chefs d’entreprise et les salariés, notamment sur leurs difficultés communes ou respectives, ou encore sur leurs droits moraux comme juridiques.

Qu’est-ce que l’entreprise ?

En apparence cette question peut paraître superflue voire basique mais répondre à cette exigence terminologique nous fera rebondir, notamment, sur la considération de plus en plus générale d’un chef d’entreprise comme « méchant », avide, avare, et inhumain capitaliste. Commençons donc par le capitalisme. Cueillir une pomme ou pêcher un poisson pour subvenir à son besoin du jour définit pour ainsi dire le travail comme un acte d’appropriation à fin d’assouvir un besoin. Cueillir plusieurs pommes et pêcher plusieurs poissons en vue des besoins du lendemain voire du surlendemain nous fait déjà entrer dans une dimension capitaliste. (L’exemple de la pomme pour définir le travail et l’appropriation de biens par le travail est inspiré de la définition de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome I.). Faire ses courses pour la semaine ou mettre de l’argent de côté – qu’il s’agisse d’une entreprise ou d’un ménage –, ces comportements font parties de la définition la plus élémentaire du capitalisme. Ce qu’il nous faut donc relever c’est la neutralité fondamentale du capitalisme. Si par la suite il peut entraîner des cercles vicieux comme l’accumulation démesurée de richesses ou un certain manque de redistribution – les deux étant souvent liés d’ailleurs – ce n’est pas le fait du capitalisme en tant que tel mais bien plutôt celui des limites humaines et sociétales. Le capitalisme n’est donc pas intrinsèquement mauvais, ni même bon car lui attribuer une quelconque valeur morale n’a pour ainsi dire pas de sens. Est-ce bon ou mauvais de prévoir ses achats alimentaire une ou deux semaine en avance, d’économiser de l’argent en vue d’un projet ou d’un aléas ? Où est le mal demanderez-vous alors ? Nous allons y venir. Mais avant cela, observons d’un plus près encore le monde de l’entreprise. Qu’est-ce qu’une entreprise, et déjà, dans quel environnement s’inscrit-elle ? Pour créer une entreprise il faut faire ce que l’on appelle une étude de marché. Cela consiste à mesurer l’état du marché, c’est-à-dire l’équilibre entre l’offre et la demande. Si dans un endroit donné je constate qu’il y a une forte demande en pommes et que rien ou pas assez d’agriculteurs n’y répondent, alors je peux investir de l’argent, un capital, pour acquérir un terrain et tout ce qu’il faut pour produire des pommes et les vendre. Il n’est pas plus compliqué que cela de définir l’entreprise. Elle prend les devant pour répondre à un besoin existant ou en créer un. Dans le premier cas elle s’insère dans un marché déjà existant et insuffisant, dans le second elle crée tout simplement un nouveau marché, elle crée une nouvelle demande tout en proposant une nouvelle offre. L’individu effectuant cette démarche entrepreneuriale devient ainsi chef d’entreprise. Aussi ne peut-il pas à lui seul gérer sa place dans le marché, c’est-à-dire s’adapter à l’évolution de la demande et de l’offre environnante ainsi que planter, entretenir, récolter et conditionner ses pommes. Il va donc délayer ces tâches à d’autres personnes en échange d’un salaire. Ainsi le chef d’entreprise ne crée-t-il pas seulement une offre pour répondre à une demande sur un marché, par exemple celui des pommes, mais il crée aussi une offre sur un autre marché, celui de l’emploi. Le chef d’entreprise crée de l’emploi, c’est-à-dire qu’avant d’être méchant exploitant d’une masse humaine qu’il exècre, il permet d’abord à des hommes et des femmes de vivre, de gagner de l’argent, de progresser dans l’acquisition de biens de toutes sortes, de constituer des familles etc. Le chef d’entreprise à donc d’abord à dessein de partager la richesse qu’il décèle sur le marché, et ce par le biais de son extraction par le travail. Cette fois il y a bien une certaine valeur morale et le chef d’entreprise est d’abord un éclaireur, un exploitant de marché qui débusque les sources potentielles de richesses qui permet ainsi par nécessité du à l’ampleur de la tâche d’extraction de ces richesses, c’est-à-dire du profit, de partager le trésor par le biais du travail.

Ce que nous voulons signifier ici est non pas qu’il n’existe pas de mauvais chefs d’entreprise, mais qu’ils ne définissent pas à eux seuls l’entrepreneuriat et la responsabilité que cela comporte lorsque l’on est chef. La question est donc celle de savoir ce qui pousse éventuellement le chef d’entreprise à devenir dur c’est-à-dire avare et avide vis-à-vis de ses employés voire même parfois de ses clients, notamment quand le profit l’emporte sur la qualité. La réponse à cette interrogation nous conduit à considérer l’environnement de l’entreprise, le marché.

Les démons du libéralisme

Comme nous l’avons dit le marché comporte d’autres offres et d’autres offres peuvent à tout instant apparaître. C’est de la concurrence dont nous parlons ici, qui fait pression sur les entreprises afin qu’elle soit toujours plus performantes dans leurs productions, que ce soit pour ce qui est du coût de production, la quantité ou la qualité de celle-ci. Ce dont nous parlons ici est plus qu’élémentaire en comparaison de l’économie réelle mais il n’en demeure pas moins que ce sont ces principes élémentaires qui sont toujours à l’oeuvre dans la situation réelle et ce sont eux qui nous permettent aussi de la comprendre. Car cette concurrence n’est pas sans lien ni sans nous faire penser au libéralisme. Fort heureusement nous ne les avons pas immédiatement mis dans le même sac. Car s’ils sont liés ils ne se confondent pas. Le libéralisme économique consiste à poser un cadre économique dans lequel ses acteurs sont libres d’entreprendre et d’évoluer par la suite sur les marchés. Fondamentalement il s’oppose au communisme qui consiste à ne laisser personne entreprendre de lui-même, faisant de l’État une sorte de super-entreprise qui se gèrerai et gèrerai tout les marché intérieurs. Le libéralisme consiste ainsi à penser que ce qui permet à un individu ou à une société d’accéder le plus au bonheur est la liberté tandis que le communisme voire certaines formes de socialismes pensent au contraire que c’est en la primauté de l’égalité que les individus accèderaient le plus largement au bonheur, notamment dans un sentiment de justice sociale qui satisferait les besoins les plus communs et les plus initiaux d’une société. Sans statuer sur ces deux modèles d’ailleurs assez trivialement esquissés – et l’histoire contemporaine nous l’indique subtilement mais ici suffisamment –, ce qui compte c’est de comprendre ce qu’est le libéralisme. Le libéralisme comprend l’homme comme étant d’abord libre, comme aspirant à toujours plus de libertés, d’action ou d’esprit et ce devant quelque aspiration à l’égalité. Ce leit motive constitue donc la pierre de touche, le fondement du libéralisme. JE veux une pomme, alors JE la prend. Ce qu’il faut ensuite, c’est éviter ou gérer les conflits inévitables issus de cette logique. Sur un marché comme dans une société il semble bien évident si ce n’est admis que chacun ne peut pas agir totalement librement. Car les libertés empièteraient les unes sur les autres, elles entreraient en contradiction les unes les autres et cela iraient même jusqu’au risque de leur pure annihilation : tuer pour ne pas être tuer. C’est alors qu’intervient secondairement mais nécessairement l’égalité. Il faut des règles, elles sont nécessaires si l’on veut optimiser l’usage de notre liberté. Dans le cadre du libéralisme économique il en va de même, il y a des règles qui préviennent la concurrence déloyale, les ententes sur les prix ou encore le monopôle d’une entreprise sur un ou plusieurs marchés. Pour comprendre l’intérêt de ces règles, de ce cadre, prenons l’exemple d’un jeu, car c’est un peu de cela qu’il s’agit finalement. Au préalable et pour que la partie se passe bien, des règles sont établies et les joueurs s’y soumettent en même temps et avant de jouer. S’il y a transgression de ces règles, s’il y a triche, alors le gagnant perdra toute légitimité et soit les autres joueurs quitteront la partie pour jouer ailleurs ou autrement, soit le tricheur sera exclu de la partie, soit alors et c’est le pire à craindre, chacun usera au mieux de fourberie et de triche pour que le jeu soit finalement soumis à la loi de la jungle, la loi du plus fort. Comme dans le cadre d’une société en politique, cela n’est pas souhaitable en économie. Dès lors nous nous objectons qu’il existe bien des tricheries dans notre économie actuelle, comme l’évitement de l’imposition en France, la concurrence étrangère déloyale ou bien encore plus simplement le travail au noir. Mais cela a-t-il directement à voir avec le libéralisme ? Directement non mais cela à bien entendu un lien qui tient à ce que l’on a appelé l’ouverture des marchés français à la concurrence internationale dans les années soixante-dix.

Du mauvais rêve à la réalité : l’ouverture à la concurrence internationale

Ce que nous distinguons ici c’est le libéralisme et le néo-libéralisme. Si le second vient du premier, ils n’ont plus rien à voir ensemble. Car le néo-libéralisme absout tout cadre, toute règle de marché. Cette décision entreprise par Georges Pompidou en 1967 visait à palier au retard qu’avait alors pris l’industrie française. À l’époque et à l’heure de la modernisation de la production, notamment le remplacera de l’homme par la machine à des fins d’accroissement de la rentabilité, la France trainait des pieds. Le libéralisme apprécia alors sa limite à l’échelle internationale. Si tout allait pour ainsi dire bien à l’intérieur du marché français, avec des règles libérales claires et établies, celles-ci conduisirent l’industrie française à se contenter de son fonctionnement. C’est-à-dire que rien ne la poussait à investir pour moderniser ses moyens de production. Pour le dire autrement c’est comme s’il s’agissait là d’une certaine entente tacite ou involontaire entre les entreprises. Si nous avons plus l’habitude de comprendre cette entente comme, disons le, une entente sur les prix, elle peut aussi avoir ce trait là, un retard dans l’investissement sur les facteurs de production. À terme cela aurait rendu la France moins compétitive sur le plan international. Nos exportations finiraient alors par coûter trop cher, c’est-à-dire plus cher que celles d’autres pays qui se dotaient justement de ces moyens techniques modernes de l’époque pour produire plus, plus vite et à moindre coût car les machines réduisirent considérablement les coûts de main d’oeuvre. Mais comment faire, comment inciter voire obliger l’industrie à se moderniser ? Pompidou choisit ainsi une voie familière au libéralisme : la concurrence à l’échelle internationale.

« Le problème de la concurrence à l’intérieur du marché commun est un problème sérieux est un problème grave. Expliqua-t-il aux français en juin 1967. Moi ce que je souhaiterai pour ma part c’est que ceux qui s’adressent au industriels, aux commerçants, à ceux qui dirigent l’économie, au lieu de leur dire « ça va mal, c’est la faute du gouvernement », leur disent « vous avez pendant cinquante ans vécu à l’abris de protections inadmissibles. Pendant cinquante ans vous étiez tranquille, chacun produisait sa petite affaire, sans savoir à quel prix de revient, et la vendait tranquillement avec son petit bénéfice, il y avait une bonne frontière douanière, il n’y avait aucune concurrence, et le client français était traité comme un client qui était obligé de payer ce qu’on lui donnait au prix qu’on demandait » ».

Jacques Calvet, Chef de service à l’administration centrale des Finances de 1967 à 1968 témoigne et commente ainsi :

« C’est à ce moment là, d’ailleurs avec un peu de tristesse, qu’un certains nombre de chefs d’entreprise ont compris […] qu’ils allaient devoir se battre avec leurs propres moyens, en espérant que l’État ne les gênerait pas trop d’ailleurs dans leur tâche, et non plus dans une espèce de solidarité nationale qui avait ses côtés sympathique mais en même temps ses côtés frustrants et qui empêchait le développement économique. »

Et le premier ministre de l’époque de poursuivre :

« Nous vivrons, et l’économie française, et les industriels et les commerçants français doivent vivre désormais dans la préoccupation permanente. Il s’agit de se dire qu’ils sont toujours menacés par la concurrence, qu’il faut toujours qu’il fasse mieux, qu’il faut toujours qu’ils produisent à meilleurs coût, qu’ils vendent la meilleure marchandise à meilleurs prix et que c’est ça la loi de la concurrence et la seule raison d’être du libéralisme. Car si ça n’est pas ça, je ne vois pas pourquoi on se livrerai à ce genre de spéculation et pourquoi on prendrai tout ces risques et tout ces dangers. Nous serons donc en risque permanent, et le gouvernement en est parfaitement conscient […]. »

Si la formule et la logique de cette solution peut et a pu séduire, ne serait-ce qu’en raison des conséquences que nous avons connu et connaissons encore à l’heure actuelle nous avons de quoi avoir de la réserve si ce n’est des doutes. Car dans ces propos rien ne définie précisément ce retard de l’économie française. S’agit-il de toute l’économie ? Non bien sûr, et ce retard concernait surtout les industries premières comme la sidérurgie ou l’extraction de matières premières. Mais à la rigueur passons cela. Considérons à présent le terme de cette mesure d’ouverture des frontières, c’est-à-dire la validité de cette mesure dans le temps. Pourquoi ne pas l’avoir appliqué le temps que nos industries en retard se refassent une sinécure de modernité ? Pourquoi ne pas avoir prévu un terme à cette mesure, et surtout pourquoi l’avoir étendue sans mesure à toute l’économie et de manière décisive sans réfléchir plus loin que ce problème de modernité ? Si Pompidou parle de la concurrence comme « la seule raison d’être du libéralisme » et comme nous nous le sommes rappelé, il a bien tord sur ce point. Le cadre, les règles sont tout autant à l’essence du libéralisme que la concurrence et même pour plus de précision, que la libre concurrence. Car une concurrence entravée conduit au monopôle, à une asphyxie du marché, de l’investissement dans la production, la qualité, et une asphyxie de l’évolution des prix qui auront tendance à augmenter en l’absence de concurrence. Et c’est de cela que Pompidou ne semble pas s’être assez enquit et occupé, du fameux cadre. Car jouer à l’international sans frontière revient à cette situation que nous avons déjà décrite et qui consiste à vouloir jouer ensemble à un même jeu, ce qui implique de se poser des règles communes et décidées ensemble. Or il n’y eut rien de tel. Notre économie fut laissée pour compte dans un environnement économique international aussi disparate qu’inégal. L’on comprend dès lors pourquoi les chefs d’entreprises voire même de nombreux salariés s’inquiétèrent. Lorsqu’un ouvrier étranger est payé deux fois moins voire encore moins que cela par rapport à un ouvrier français, comment une entreprise française peut-elle devenir ou rester concurrente ? Car un produit, une pomme par exemple, coûte à son client le prix d’entretient des machines, l’eau et les produit d’exploitation en passant par l’individu, payé à cette fin, qui cultive, récolte ou conditionne la pomme. Si un pays étranger paye ses salariés quatre euros de l’heure, la France qui oblige à les payer autour des huit ou neuf euros vendra nécessairement sa pomme deux fois plus cher. Pompidou ne nous dit rien à ce sujet. Pire encore, si l’on peut dire, lorsque l’on suit le cours des événements qui font suite à cette décision capitale. Car les revendications sociales et salariales ne manquèrent pas dans les années qui suivirent, notamment en soixante-huit avec la démocratisation de l’allocation chômage, l’amélioration des conditions de travail, les augmentation de salaires jusqu’aux trente-cinq heures plus récemment. Car en guise de réponse aux problèmes que nous soulevons ici, l’État y répondit de sa poche, et donc, de l’argent public. Ce système devenu bancal tint donc sur la ponction des français par le jeux des différents prélèvements qui ne cessèrent d’augmenter et de se diversifier. Si les entreprise selon les propos déjà cités de Jacques Calvet précise que les chefs d’entreprise espéraient que « l’État ne les gênerait pas trop dans leur tâche », nous pouvons aujourd’hui dire que leurs espoirs furent vains. Ouvrir le marché français à la concurrence internationale sans établir de règles préalables nous a donc conduit à jouer à un jeu avec les autres pays non seulement sans règles communes, mais, de surcroit la France en tant qu’un des joueurs s’est imposée plus de règles que n’importe quel autre pays. Les revenus minimum, les droits salariaux ou encore les charges salariales furent autant d’handicaps face à des pays quant à eux libre de ces entraves qui pèsent bien lourdement sur les coûts de production. Ces autres pays produisirent donc moins cher et vendirent à la place de nos entreprises. D’où une augmentation sans fin et de plus spectaculaires du nombre de chômeurs en France depuis ces années-là d’ouverture de notre marché. Aussi le libéralisme à pour ainsi dire disparu dans cette ouverture, abîmé dans une jungle internationale, dépouillée toute seule de ses armes face à une concurrence mondiale non pas libérale mais sauvage, sans cadre commun, sans règle. Le libéralisme est ainsi devenu le néo-libéralisme ou aussi l’ultra-libéralisme. Et cela explique les longues listes que nous avons cité, de ces entreprises qui licencient. Car quelles solutions pour ces entrepreneurs ? Soit ils laissent leur entreprise dépérir sous le feu de la concurrence étrangère jusqu’à la liquidation judiciaire, la faillite, soit ils se recalibrent, s’adaptent à une demande amputée par cette concurrence étrangère par une réduction de ses activités et donc de sa masse salariale, d’où les plans sociaux, soit enfin ils s’adaptent à cette jungle et en tirent profit en allant produire là où cela sera le moins cher, dans ces pays à bas coût, elles délocalisent. La boucle est à présent bouclée. La messe est dite.

Tout ces plans gouvernementaux de redressement de notre économie, cet argent fictif emprunté sur les marchés en nos noms et injecté dans notre économie pour créer de l’emploi, c’est comme autant de litres d’eau jeté sur un sol aride sans rien pour la contenir. L’argent, ce fameux capital, par à l’étranger, car c’est l’étranger qui vend et donc qui fait profit. L’argent ainsi injecté ne vient que perfuser un malade qui n’a tout simplement plus de peau et perd son sang sans discontinu.

Car ces fameuses frontières tant décriées encore, permettaient justement de palier ces décalages de coûts de production, de protéger notre système salarial et social de production. Car si une pomme étrangère arrivait à nos frontières et coûtait quatre euros alors que les nôtres en coûtaient huit en raison d’un confort de travail et de vie sociale, alors les taxes douanières, par de savants calculs, compensaient ce déséquilibre en taxant le produit, de telle sorte que nos acquis sociaux ne deviennent pas subitement une entrave handicapante pour notre économie. C’est-à-dire que les frontières économiques n’étaient pas tant que cela une entrave à la concurrence internationale. Pompidou et d’autres ensuite auraient pu les utiliser pour ce qu’elles étaient, des moyens d’adaptation de notre économie à son environnement international. Ils auraient pu réduire ces taxes afin que les industries étrangères deviennent progressivement et non subitement plus concurrentielle que la nôtre et ainsi obliger notre entrepreneurs à investir leur capital dans cette modernisation. Cela aurait aussi pu se penser de façon plus progressive et moins brutale. Avec prudence nous pouvons avancer que Pompidou et les défenseurs de ce libéralisme sauvage se sont avérés trop réducteurs et extrémistes dans leur appréciation de la situation et la réponse qu’ils apportèrent aux problèmes de notre économie d’alors.

Allons en lutte !

À l’aune de cette réflexion, c’est alors qu’à forte raison les mouvements d’idées anti-capitalistes ou contre le libéralisme (les deux se confondent presque totalement) s’avèrent impondérés et erronés. Si une partie de jeu n’est soumise à aucune règle commune, comment dès lors condamner un joueur qui triche ? Peut-on d’ailleurs seulement parler de triche. Si vous faites quelque chose que rien n’interdit ni ne règlemente, comment vous reprocher et surtout vous condamner d’agir ainsi ? Si ces mouvements s’entêtent vraiment à trouver des coupables, qu’ils les cherchent alors du côté de ceux qui prirent, soutinrent et soutiennent encore cette ouverture de notre marché à vents et marées !

Bien entendu nous ne défendons pas ipso facto la fourberie ou ce que l’on appelle triche ici, mais nous axons notre réflexion vers de possibles solutions qui se soumettront à une exigence d’efficacité. Imaginons le cas d’un chef d’entreprise qui se dirait « Non je ne vais pas délocaliser, je vais rester en France pour continuer à offrir à mes compatriotes le confort d’un emploi même si celui-ci coûte cher ». Cela n’est pas possible, tant bien même un chef d’entreprise envisagerai cette voie d’action. Car s’il agit ainsi c’est son entreprise qui disparaîtra et, inéluctablement, ses emplois avec elle. Les entreprises étrangères vendront toujours moins cher, donc à leur place et les profits français diminueront jusqu’à ne plus pouvoir payer les salaires et les autres coûts de production. C’est comme dans le cas du jeu sans règles, rien ne garantie la confiance entre les joueurs que l’un d’entre eux ne finira pas par tricher. La confiance faisant place au doute, chacun se pare, échafaude une stratégie pour optimiser ses chances de victoire.

Comment alors penser la « lutte ouvrière » ? Comment penser le rapport des chefs d’entreprise et des salariés ? Quelles sont en de telles circonstances les possibilités de communication entre l’un et l’autre ? Les salariés ne veulent ni perdre leurs emplois ni perdre leur confort salarial, c’est-à-dire ne pas perdre de leur salaire ou de leurs avantages sociaux liés à leur condition salariale (temps de travail, conditions de travail, voire même le droit de grève etc.). Et cela se comprend tout à fait. De l’autre côté le chef d’entreprise ne veut pas perdre en terme de profit ni tout simplement perdre son entreprise. Et cela à présent on peut tout à fait le comprendre aussi. Chacun campe à raison sur, non pas seulement des revendications, mais aussi et surtout sur des conditions a priori, des éléments vitaux et nécessaires à leur survie, à l’un comme, finalement, à l’autre. Cette lutte non seulement est inefficace et consiste à crier sur le sol aride incapable de retenir l’eau qu’on lui jette, mais elle est presque néfaste à l’état même de cette situation. Car pendant que les entreprises fuient cette voix sans issue de l’ultra-libéralisme en France et que les salariés tapent alternativement sur les directions d’entreprises et sur les gouvernements successifs, pendant ce temps la loi de la jungle régit la savane ! Ce contexte économique sans frontières, sans cadre, sans repères ne permet plus de penser à l’évolution de nos droits salariaux, à l’avenir de notre économie et, à terme et en lien étroit, à nos droits civiques et à notre avenir politique et social. La conclusion est que cette lutte est le cri désespéré d’un manque de dialogue et surtout de compréhension entre deux milieux dans un même environnement hostile, le milieu entrepreneurial et le milieu salarial, qui ne se rendent même plus compte qu’ils sont sur le même bateau mais avec des moyens différents de survivre ou non au naufrage. Au lieu de se faire face, les yeux dans les yeux (pour ainsi dire), peut-être auraient-ils tous, salariés, patrons, femmes et enfants de salariés, de patrons et donc toute la société, peut-être faudrait-il bien mieux regarder ensemble dans la même direction, vers ce qui nous coule au lieu de s’entredéchirer dans la tempête sans voir que le problème n’est cette fois pas celui du nombre de canots ou de priorité à leur accession, mais tout simplement un mauvais cap qu’il suffirait ou serait temps, espérons-le, de corriger.

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