PHILOTHERAPIE

PHILOTHÉRAPIE : Article n°31 : Cinq préjugés sur la philosophie : 4/5 « La philosophie ne sert à rien »

Voici la quatrième réponse à une série de cinq préjugés sur la philosophie. Définir la philosophie, qui plus est à ceux qui sont extérieurs à la discipline est non seulement délicat mais impossible à entreprendre vraiment efficacement. Pour comprendre la philosophie, nous serions tenté de dire qu’il faut philosopher. Toutefois avec ce genre de réponse rien ne la distinguerait d’une secte, à l’instar de la psychanalyse qui nous explique que pour critiquer la psychanalyse il faut être psychanalyste. Ces positions dogmatiques et sectero-élitistes ne peuvent nous convenir à nous qui sommes soucieux de clarté, d’analyse et de démonstration. Aussi allons-nous nous attacher à définir, même sommairement ce qu’est la philosophie, son champs et ses objectifs.

  1. La philosophie ne sert à rien

    a) Distinction entre technique, pratique et efficacité

    b) Où est la philosophie ?

    c) Où veut-elle aller ?

a) Distinction entre technique, pratique et efficacité

Ce préjugé critique sur la philosophie comme ne servant à rien est assez ironique. Car lorsque la philosophie se place sur le terrain pratique, celui de l’action on le lui reproche tout autant que lorsqu’elle n’y prend pas part. Voyez le fameux BHL (Bernard Henri-Lévy) se ridiculiser en bien des façons, citant un auteur fictif (ce qui est une erreur gravissime pour un philosophe) et acteur politique dans une guerre dont peu de personnes ont compris sa complexité de ses implications. Voyez aussi notre cher Michel Onfray qui finalement nous prend par les sentiments, légèrement teinté de raisonnement pour donner autorité philosophique à l’invitation à un communisme travesti. Sans pencher dans une attaque stérile nous voyons bien que le premier ne produit plus rien de très réfléchi, s’il l’eut sérieusement déjà fait, et l’autre est sur un terrain autre, celui de la vulgarisation et à certains égard d’une possible manipulation. Bien qu’il y ait aussi des aspects positifs à trouver surtout à Michel Onfray dans cette démarche de diffusion de la philosophie, nous voyons bien que l’action pratique de la philosophie a bien du mal à être heureuse.

À l’inverse, celui que nous pourrions prendre en exemple pour ce qui est de l’action pratique du philosophe c’est Luc Ferry qui a su montrer un équilibre entre l’exercice philosophique et l’action politique. Toutefois, ce n’est pas sa philosophie qui se trouve directement activée dans son engagement. Peut-être l’inspire-t-elle et la dirige-t-elle mais l’action politique de Luc Ferry n’est pas une application directe de l’efficacité philosophique. Mais alors, peut-on à juste titre affirmer de la philosophie qu’elle ne sert à rien ?

Pour cela il faut encore faire la distinction entre la technique, la pratique et l’efficacité. Technique et pratique peuvent toutes deux être efficaces. Cependant elles ne sont pas identiques. La technique implique une pratique. Le fait de pouvoir manier un outil d’une certaine façon implique la possibilité d’une pratique effective et donc efficace. La pratique quant à elle n’est pas univoque et peut désigner soit l’exercice d’une certaine technique, soit le champs d’action de ce qui concerne le monde matériel. La pratique est généralement associée à celle d’un sport, d’un métier ou d’un art. Elle s’adresse donc d’abord au corps, au sens et à la matière. Par conséquent sur ce terrain là de la pratique la philosophie est en effet inefficace. Elle ne prétend pas servir le quotidien matériel, ne permet pas de savoir se servir d’une machine, gérer ses biens ou encore trouver l’âme sœur. La vie pratique et quotidienne appartient davantage à la politique voire à la science physique et ses implications techniques. Ainsi, si la philosophie ne se trouve pas sur le terrain physique de la pratique, où se trouve-telle ?

b) Où est la philosophie ?

La question du lieu de la philosophie peut paraître étrange mais elle pose en substance la question de sa définition. Car elle s’incarne en la personne du philosophe, qui court les rues comme le fit Socrate, qui travail, joue, rie et évolue au sein d’une société de non-philosophes. Aussi si la philosophie n’est pas dans ce quotidien et tend bien plutôt à s’en extraire. Il est intéressant de savoir où elle se trouve une fois extraite du quotidien matériel. À dessein, posons-nous la question de savoir ce qu’elle reproche au quotidien.

Le quotidien c’est l’affairement, c’est l’action d’abord, c’est le travail, répondre à toute sorte de besoins, de nécessités et de désirs. Une des questions que se pose le philosophe est de savoir pourquoi, pourquoi faire tout cela, qu’est-ce qui motive la société. Cela suscite des questions qui ne se posent alors pas au quotidien ou, du moins, auxquelles le quotidien ne permet pas de réponse satisfaisantes. Car cela implique de savoir quelle est la nature de l’homme, s’il est naturellement porté vers le travail ou s’il s’agit d’une aliénation, s’il lui est naturel de vivre en société ou non. Et chaque élément de réponse posera d’autres problèmes. Par exemple, s’il est naturel à l’homme de vivre en société, il faut alors être capable de trouver en sa nature une nature politique. Par là l’homme aurait en sa nature la capacité de construire des choses artificielles, des sociétés. Les sociétés sont-elles naturelles ou artificielles ? La culture apparait-elle suite à la politique ou l’inverse ? Pourquoi la politique, pourquoi une société ? Le but humain est-il la liberté, l’égalité, la sécurité ?

Ces questions complexes d’enjeux montrent bien que la philosophie certes ne sert pas sur le plan pratique mais qu’elle est nécessaire à la pratique théorique et sémantique. Elle cherche le sens, le pourquoi, le comment, le lieu rationnel des choses. C’est la philosophie qui montra aux sociétés les vérités sur les astres, la place de la terre et de l’homme dans l’univers, sa place en politique, son intérêt en démocratie ou encore son avenir dans la préservation des générations futures et donc de son environnement. Elle va de concert avec tous les autres champs de la connaissance. Elle apprend de l’art et apprend en retour à l’art, de même en littérature, en mathématique, en biologie, en politique, en linguistique, en logique, en sociologie, en psychologie, en histoire et même en géographie avec ce qu’elle représenta pour la théorie des espèces de Darwin. Elle est à la fois partout chez elle et partout étrangère. La philosophie trouve donc son propre fondement en dehors d’elle-même. Elle est et elle montre le lient du savoir, ce recul qui dévoile que toutes ces connaissances proviennent de ce même monde que nous foulons, ou que nous croyons ou espérons fouler. Elle montre en quoi nous regardons finalement tous dans la même direction. Elle doit aussi s’occuper de son champs, celui de la morale, des définitions comme celle de liberté, de bonheur, de temps, d’infini, d’ordre et bien d’autres, et ainsi déblayer le vrai du faux en ces domaines pour ne pas que l’ignorance et l’erreur ne prime parmi les hommes, les privant ainsi du bien-être de la vérité, de la bonne voie, de la bonne autonomie. Elle se doit de combattre les idées vagues, les idées fausses, les convenus, les opinions autoritaires et dogmatiques, elle doit reconstruire le monde pour en révéler un sens possible ou évident. Elle intensifie ce qu’il y a de plus vital, de plus essentiel pour nous détourner un peu de notre affairement et apaiser des doutes, des angoisses ou des peurs. Elle doit donner la direction de la confiance, d’un ordre heureux, et d’une lumière lucide, vivifiante et gage d’un bonheur propre et authentique à chacun. Voilà où est la philosophie, sur ce terrain là, celui de la morale, de la liberté, du bonheur, de la politique réflexive et théorique, de l’éthique en sommes, de la métaphysique et de son implication dans la société. C’est une forme de médecine qui observe, apprécie, analyse, diagnostique et prescrit des remèdes aux maux des hommes, des cultures et du monde.

c) Où veut-elle aller ?

Aussi à présent peut-on indiquer où elle veut aller. Elle veut aller vers plus d’autonomie des individus, des sociétés et des cultures, du moins en théorie. La philosophie conduit à se rapprocher des sciences, consoeurs précieuses, ainsi que des arts et de tous les autres domaines de la connaissance. À ce propos, nous pouvons aussi consulter l’article sur « E. Cassirer et l’interprétation dynamique du monde des formes symboliques » rubrique Philopure. Elle concilie donc ces différents horizons pour finalement se repenser elle-même. Se repenser c’est par exemple penser à l’évolution de la philosophie, c’est-à-dire à la philosophie dans son histoire et dans l’histoire humaine. Bien que cette position ne fasse pas l’unanimité en philosophie, nous pensons que la philosophie de l’histoire est l’étape ultime de notre prise de recule sur la philosophie, pour l’englober et la comprendre le plus entièrement et le plus fidèlement possible. Plus en dessous de cette priorité exclusivement philosophique, la philosophie se rend dans différents comités éthiques pour discuter la question des OGM, de la dégradation de l’environnement, de l’épuisement des ressources, de l’évolution des religions dans le monde, des mouvements intra et inter-culturels mondiaux et régionaux, des questions de constitutionnalité, de la PMA (procréation médicalement assistée), du mariage et de l’adoption homosexuelle, de différentes formes d’eugénismes, de la génétique contemporaine et à venir, du clonage etc. La philosophie n’est donc pas si éloignée que cela du monde pratique tel que la société l’entend. Aussi mieux que pratique et serviable, la philosophie est finalement partout, car partout du sens existe, émerge, disparaît et laisse des traces.

De Dieu aux hommes, des pires tyrannies aux démocraties les plus élaborées, de la plus grande solitude au cosmopolitisme, la philosophie s’insinue dans tous les recoins du monde humain et naturel. Elle pose un regard sans visage précis tel un miroir. Si philosopher c’est apprendre à être, c’est d’abord apprendre à ne pas être. Ne pas être soi-même, cet homme ou cette femme socialement affairé, ne plus penser selon des catégories prédéfinies et apprises par cœur à l’école ou hérité du vécu social. Nous comprenons un peu la difficulté à philosopher, en quoi elle semble hors de notre monde, c’est parce qu’elle n’a pas peur de mettre les deux pieds dedans, de se confronter à tout, aux sciences les plus pures comme aux critiques les plus avisées ou les plus crédules. Ainsi ceux pour qui la philosophie ne sert à rien il faut bien plutôt croire qu’il ne peuvent être servie par la philosophie. Ceci soulève de gros problèmes d’éducation, d’instruction voire de diffusion sociale des savoirs. Mais c’est là un autre problème que celui que nous nous sommes posés et imposés. Par là si la philosophie ne sert à rien cela ne vient pas d’elle mais de la société qui n’a pas su éduquer et instruire son peuple. Là en revanche la philosophie a à réfléchir sur les raisons et les motivations d’une pareille chute sociale. Car comme nous venons partiellement de le découvrir, sans philosophie on sait peut être faire mais on ne sait vers où cela nous conduira, on possède tout mais on est seul ou toujours insatisfait, on croit être libre mais nous sommes enfermés dans une fausse croyance, on croit que la philosophie ne sert à rien mais au final il ne sert pas plus à quelque chose de le dire.

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