Seconde présentation à l’article de recherche « De l’élargissement du cercle herméneutique à la philosophie dans sa réalité historique »

Avant propos :

Cette seconde présentation correspond à une version orale de cet article « De l’élargissement ». L’objectif de la publication de ces notes est de susciter des réactions qui me permettraient de mettre à l’épreuve et d’apprécier mes positions et leurs argumentations. Etant donné les déficiences de cette seconde présentation, c’est-à-dire étant donné qu’il s’agit de notes d’oral, il est conseillé de lire l’article de recherche original, afin de comprendre les références de ces notes qui, parfois, ne sont ni liées entre elles ni explicitées dans leur rédaction. Le développement de ces références et de ma position quant à l’histoire et l’histoire de la philosophie se trouvent plus clairement exposées et rédigées dans cette première présentation.

  1. Considérations scientifiques :

Montrer que science et philosophie ne doivent pas être hiérarchisées et passer d’une vision hiérarchique à une vision que nous appellerons intuitive pour le moment. Il s’agit dans un premier temps de s’opposer à l’opposition entre sciences de la nature et sciences humaines à partir de l’idée bergsonienne de complémentarité entre science et métaphysique.

Selon Bergson la science et la métaphysique ont une égale valeur mais séparée. Habituellement et c’est une idée que l’on retrouve dans toute la philosophie, ce qu’on a en premier c’est la métaphysique et ensuite la science.

Aristote et la philosophie première.

Platon : « Que nul n’entre s’il n’est d’abord géomètre », la « science » (les mathématiques se réduisaient à la géométrie) s’inscrit et se subsume à un système métaphysique, la théorie platonicienne des Eidé. Les sciences sont certes un préalable à l’accession métaphysique mais au sein de ce système la science occupe une place intermédiaire, elle permet l’aboutissement à la contemplation et n’est donc pas un aboutissement en soi (cf. condamnation de la géométrie dans le Théétète). La science doit conduire à la contemplation des formes intelligibles à partir des formes sensibles, d’où, entre autre raison, l’importance de la géométrie (Cf. République, VII).

À ce propos, la véritable science à cette époque est la philosophie au sens où elle permet la contemplation de la réalité réellement vraie ou réellement étante, le to ontos on.

Pour Descartes il va aussi de même finalement. Ses Médiations métaphysiques montrent que l’expérience métaphysique du cogito comme évidence ou intuition immédiate est le fondement préalable à toute démarche de scientificité, s’assurer de l’existence de soi en tant que pensée.

Schopenhauer : critique la science et toute connaissance qui pour ainsi dire éclaire de l’extérieur et empêche de voir l’intériorité. La science est aveuglée des illusions du monde comme représentation, d’où l’image du « télescope bien noirci », Essai sur le libre arbitre, p. 50.

Avec Bergson un changement s’opère, la philosophie peut conduire à la science comme la science conduit à la métaphysique. C’est aussi ce que je vais opérer dans cet exposé. L’une et l’autre peuvent toucher le fond de la réalité car elles ne se hiérarchisent plus mais se mélangent. Attention, mélanger n’est pas confondre ! Toutes deux en se mélangeant n’en demeurent pas moins séparée.

(Bergson change d’avis au sujet de la science à partir de 1907, il change sa position).

La science nous fait atteindre l’absolu. Pour nous, un exemple simple consiste à considérer l’infinité de l’univers.

Le regard métaphysique n’est pas immédiatement métaphysique mais vient de la science(Cf. Exemples ci-dessus, Platon, Descartes, Schopenhauer).

La métaphysique permet de saisir quelque chose de plus que la science mais la métaphysique démarre sur un terrain scientifique. C’est en cela que consiste ce mélange opposé à une hiérarchisation.

Ce dont il est ici question c’est d’opérer un changement de vision, de convertir une vision hiérarchique à une vision intuitive (intuition sera définie plus après).

Deux exemples pour introduire cette conversion :

  1. Analyse de la durée par la mécanique : elle consiste en une distinction d’espaces parcourus par rapport à des temps écoulés.

Mais en décrivant le temps comme une ligne la science pose un problème qu’elle ne peut pas résoudre et qui touche au discours même et à l’essence du temps. Ces problèmes d’ordre métaphysiques sont pourtant à l’origine même de la science. Et c’est la métaphysique qui dit que ce temps analysé n’est pas la durée, ce que fait Bergson d’ailleurs.

  1. La mémoire : elle s’analyse comme quelque chose de présent dans le présent. Les idées ne sont pas les unes à côté des autres, passé et présent ne sont pas non plus côte à côte. Le passé est un présent dans le présent.

Par là, il est plutôt étonnant qu’en philosophie et en histoire de la philosophie une vision hiérarchique soit toujours de vigueur. De telles considérations bergsonienne et scientifique montre à mon sens nos déficiences quant à nos considérations et conceptions de l’histoire et de l’histoire de la philosophie.

C’est ce qui me conduit à m’intéresser à l’historicité elle-même et donc à une philosophie de l’histoire avant de m’intéresser à la philosophie et à l’histoire de la philosophie.

C’est aussi ce qui me conduit à affirmer que des auteurs comme Dilthey et Strauss, c’est-à-dire l’herméneutique en histoire de la philosophie tend à investir ce champs sans en définir la matière ou l’essence. Ceci est à comprendre à l’image d’un potier qui expliquerait comment travailler et cuire l’argile sans définir au préalable voire même sans connaître les propriétés de cette matière.

La question est : « Qu’est-ce que l’histoire ? » pour ensuite poser la question « Qu’est-ce que l’histoire de la philosophie ? » voire même « Qu’est-ce que l’histoire de l’art ? » puis des science, de la politique, la culture etc.

Un point intéressant à soulever ici consiste à remarquer que l’histoire est toujours l’histoire de quelque chose, et que l’histoire de quelque chose produit la science de cette chose.

Par exemple, la science du vivant, la biologie, est en même temps l’histoire du vivant, de ses origines et du problème de ses origines jusqu’à nos jours, voire même pourquoi pas jusqu’à en prévoir l’avenir, notamment par notre action intentionnelle sur les gênes. Cette exemple de la biologie nous intéresse et nous rassure quant à conférer une scientificité à l’histoire humaine.

Qu’est-ce que l’histoire ? L’histoire est essentiellement du temps. Et c’est là que mon étonnement se retrouve pleinement exprimé quant à l’herméneutique et la philosophie de l’histoire. Suite à la critique de Bergson de la vision hiérarchique et suite aux avancées scientifiques récentes et contemporaines, comment la philosophie peut-elle continuer de considérer l’histoire humaine en générale et l’histoire de la philosophie en particulier comme une ligne, comme la succession d’évènement. On décrit des périodes, des mouvements, des courants et des systèmes de pensée se succédant dans un temps linéaire et donc spatial.

Pour moi, ce que permet Bergson, c’est d’introduire la vie dans le temps et donc dans l’histoire. C’est ce qui me permettra d’établir des liens entre l’histoire et la science, plus particulièrement avec la biologie. Par suite cette conversion du regard pourra être opérée pour l’histoire en la concevant non plus de façon hiérarchique mais comme une structure auto-référentielle.

  1. Conversion de la vision hiérarchique de l’histoire :

Comment cette introduction de la vie s’opère-t-elle avec Bergson ?

Bergson critique la vision hiérarchique des sciences, notamment pour ce qui est de la temporalité. Le temps n’est pas linéaire ni une succession d’instants. Il n’y a pas d’instantanéité du temps parce que, nous explique Bergson (La pensée et le mouvant, p. 7.) « l’essence de la durée est la coulée ». Le temps est durée et la durée est une coulée, un flux ininterrompu. Et cette coulée, cette durée est vécue. Elle constitue un vécu intérieur car mémorisé. Le temps n’est donc pas linéaire en ce que la mémoire est coextensive, qu’elle peut faire des associations entre un passé devenu virtuel replié dans le présent et ce même présent.

C’est ici que l’intuition a à être définit non seulement selon Bergson mais aussi dans le sens de cette conversion du regard. L’intuition est la juste compréhension d’un mouvement, celui de cette coulée de la durée.

Exemple des deux définitions de la sphère selon Spinoza :

Par là, si le temps est la coexistence du virtuel et de l’actuel et du virtuel dans l’actuel, l’histoire peut être comprise comme une mémoire du vécu passé dans le vécu actuel.

L’histoire n’est plus une fresque ni une chronologie linéaire. Elle est l’intuition d’une vie, d’un mouvement intérieur qui combine dans son actuel une virtualité qu’il s’agit de retrouver et de retracer. C’est aussi une nouvelle vision de la démarche scientifique telle que l’a opérée la biologie (Cf. Théorie de l’évolution des espèces de Darwin).

Comme pour le vivant, l’histoire ne se réduit pas à la matière, à des traces (monuments, manuscrits, ossements, témoignages etc.) mais l’histoire à une vie qui l’habite et constitue l’essence de sa réalité.

On comprend bien qu’une vision hiérarchique est impropre à la connaissance d’un objet dans sa réalité.

Autre exemple : le bâton plongé dans l’eau.

Le temps scientifique correspond à une réalité scientifique, comme l’est la réalité de la droiture du bâton, même plongé dans un eau qui le fait apparaître brisé et ondulant. Et cette réalité est partielle, car elle ne prend en compte qu’une part de la réalité propre à ce bâton.

L’apparence brisée a toujours été considérée comme une réalité inférieure, notamment par Platon pour ce qui est de cet exemple. Mais dans la philosophie en général il est admit que le sensible est source d’erreurs et d’illusions que la science doit défaire pour révéler la réalité vraie des choses sensibles, que ce soit la réelle droiture du bâton ou son eidos intelligible.

Or l’apparence brisée en question est elle aussi réelle, immédiatement réelle même et aussi objectif en ce sens que nous pouvons tous le constater et l’admettre. Le bâton est bien aussi tel qu’il m’apparait, c’est-à-dire tel que je le vis dans l’instant.

Et il n’y a pas ici deux réalité mais une seule. Le bâton est en effet et en même temps droit ainsi que brisé. Il appartient à sa réalité de pouvoir m’apparaître tel une fois immergé et d’être droit hors de l’eau.

Mais, quelle autre vision adopter et comment opérer ce changement ?

Il faut ici en revenir à la biologie qui a opéré ce type de changement.

À partir là aussi de problème induit par une hiérarchisation (exemple du physicalisme : établir deux niveaux et pouvoir déduire le premier à partir du deuxième).

Pourquoi cela est-il impropre à une connaissance du vivant dans sa réalité ?

Exemple :

ADN et protéines : l’ADN permet la production des protéines qui à leur tour viennent constituer l’ADN. C’est le problème vulgarisé de l’oeuf et de la poule. Il s’agit plus précisément d’un cercle vicieux, justement en raison des déficiences d’une vision hiérarchique.

Il n’y a pas deux niveaux qui se juxtaposent et s’ordonnent mais les deux niveaux se mélangent. Il n’y a pas concurrence, l’un supérieur et plus important que l’autre, mais il y a concours, l’un se fait en faisant l’autre.

C’est ici qu’apparait une structure auto-référentielle et donc, une vision auto-référentielle. Une structure auto-référentielle est une structure qui se fait en se faisant. (Cf. Seconde définition spinoziste de la sphère)

Exemple : je joins mes deux mains pour obtenir une structure auto-référentielle : ma main touche ma main, qui la touche à son tour etc.

Ce qui caractérise une structure auto-référentielle c’est que l’action de la structure peut modifier la structure elle-même et, par suite, son action.

C’est ainsi qu’évolue le vivant. Le vivant évolue car en fonctionnant, l’organisme se modifie notamment par lors de la reproduction où des mutations génétiques peuvent s’opérer. Une mutation génétique est une modification de la structure des gênes, ce plan architectural du vivant qui induit et détermine ses fonctions. En ce sens une structure auto-référentielle est une chose qui se fait en se faisant.

Une telle structure est ainsi capable d’intégrer des changements dans la continuité de son action. Par là il ne faut pas penser hiérarchiquement ruptures et continuité mais il faut les penser en même temps.

Car un système auto-référentiel est constructif, en fonctionnant, de nouvelles propriétés peuvent apparaître. Le temps agit au sein de cette structure et la modifie.

Par là un tel système est ouvert et dissipatif. Ouvert car il est capable d’intégrer des contraintes extérieures par cette modification structurelle.

Cf. Canguilhem, Le normal et le pathologique. La maladie concoure au vivant. C’est en intégrant et dépassant la maladie que le vivant ne se définit. La mort n’est plus une simple limite de la vie mais ce qui permet de la définir ainsi, dans sa capacité à l’intégrer et à la dépasser.

Dissipatif car ce type de structure dépense de l’énergie, pour se nourrir, se déplacer ou encore se reproduire.

  1. L’histoire comme système auto-référentiel :

L’histoire du vivant équivalant à une vision auto-référentielle, l’histoire humaine doit aussi avoir ce rapport d’égalité.

En histoire, on retrouve les mêmes problèmes fondamentaux qu’en science. Outre ce problème de l’inclusion de la temporalité, on retrouve le problème entre les lois et les relations causales. En biologie, lois et relations causales sont difficiles à définir : cf. Darwin : la sélection naturelle implique une contingence des phénomènes biologique et donc de l’évolution. Cette contingence est celle du hasard des mutations génétiques.

Un autre problème plus général encore aux sciences, est celui de la prévision. On ne peut pas prévoir la trajectoire particulière d’une molécule. Cependant il est possible d’opérer un raisonnement populationnel. Si on ne peut pas savoir ce qu’il va se passer pour une molécule, on le peut pour un ensemble de molécules. C’est ce qu’il se passe lors d’une réaction chimique. Chaque molécule semble avoir une trajectoire propre et indéterminée, mais l’ensemble obéit à un même processus, une loi de changement, une réaction chimique.

En histoire on voit bien que des comportements individuels « libres » produisent des mouvements, des formes.

Cf. Foucault : la normativité. Chaque homme aura un usage propre et particulier de sa liberté mais à l’échelle d’une population une continuité se dégagera ; une norme.

Remarque : le vivant n’est pas nomal, il ne produit pas de « nomos » c’est-à-dire de lois mais il est normal, il produit des normes.

Pour l’histoire, la question est de savoir comment une telle structure apparaît, comment elle évolue et pourquoi elle peut être appelé à se figer, à mourir. C’est aussi là une des questions les plus centrales de la philosophie de Cassirer sur laquelle nous viendrons plus après.

Attention : un système auto-référentiel ne se réduit pas à un système normatif bien que la normativité puisse être une propriété de ce type de système.

Description auto-référentielle de l’histoire : se fait en se faisant. L’histoire se fait « passivement » et activement. Son caractère passif tient à l’écoulement des durées de vie individuelles et collectives. Active, l’histoire dégage des courants, des époques et des formes. L’histoire est faite et refaite, en ce sens elle se fait en se refaisant sans cesse. Ce sont pour ainsi dire deux fonctions bien entremêlées au sens où quand l’histoire est refaite elle se fait aussi, et quand elle se fait elle peut réactiver le passé ou réinterpréter le présent.

Dimension créative de l’histoire comme système auto-référentiel constructif :

Introduction (Jankélévitch) à La tragédie e la culture de Simmel.

« « La conscience que nous prenons de notre limitation nous place au dessus de la limitation. Nous la nions dans l’instant que nous la savons limitation ».

Dimension constructive ou créatrice analogue à celle du vivant : Cf. Le normal et le pathologique, Canguilhem.

Dans l’histoire, tout n’est donc pas figé mais ses contenus peuvent être réactivés, réinterpréter. La fonction de l’histoire est donc de produire du sens. L’histoire, c’est le sens dans la durée. Il y a d’ailleurs une histoire du mot histoire. Il y a une histoire de tout ce qui a du sens, il y a une histoire de tout.

Cela implique donc que l’histoire ne soit pas seulement un mouvement rétrospectif de la conscience humaine, qu’il y ait une histoire des choses pour elles-mêmes. Ne pas confondre notre histoire avec l’histoire des choses.

On parle donc de l’histoire au singulier comme on parle de la théorie de l’évolution. Mais l’évolution est le subsumant de toutes les évolutions opérées et possibles du vivant.

Pour expliquer l’apparition de continuité, de grandes formes ou de de grandes périodes dans l’histoire, il faut donc faire appel à une certaines contextualisation sémantique, langagière, biographique, philosophique, scientifique, artistique, politique, moral mais aussi et encore géographique. L’histoire de la philosophie ne se limite donc pas à la philosophie. D’ailleurs elle se définit aussi en trouvant son propre fondement en dehors d’elle-même, en se posant souvent en s’opposant à quelque chose.

Remarque : on peut constater à ce propos que les grandes périodes, antique, classique, baroque, romantique etc. correspondent à toutes les histoires, qu’il s’agisse de l’art, de la musique, de la littérature, la philosophie etc.

Il faut à présent se poser la question de la possibilité d’une science ou au moins d’une scientificité d’une telle structure auto-référentielle de l’histoire. Logique ou phénoménologie ?

Problème : peut-on parler d’un logique de l’histoire ? Cf. Hegel, non car cela nous conduirait vers un déterminisme, voire même une science absolu, un état de transparence et d’indétermination de tous les domaines en un savoir clair et manifeste.

Cassirer : sens dans les choses. Activité synthétique immanente à tout phénomène.

Puis concept, généralisation à fin de mise en forme du monde.

Activité synthétique aussi au niveau du langage. Idée de reconstruction du monde, pas de reflet.

Pas de métaphysique :

« aux enfants qui, après avoir regardé dans un miroir, le retourne aussitôt pour voir ce qu’il y a derrière. » Logique des sciences de la culture, p. 191. Goethe à Eckermann.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s