Autrui : Qui est l’autre ? Deuxième partie : Autrui comme « présence » particulière et Conclusion

2ème partie : Autrui comme « présence » particulière (expression allemande : Heidegger, le « Da sein », « être là »).

Sommaire :

A. Individu et personne

B. « Autrui comme le médiateur indispensable entre moi et moi-même », Sartre, L’être et le néant

Conclusion

A. Individu et personne :

Du latin individuum, individu signifie « que l’on ne peut pas diviser », « indivisible ». L’individu ou l’individualité se constituent en effet par la naissance c’est-à-dire par la séparation d’avec la mère. Dès que nous naissons, l’autonomie du corps nous donne des droits (l’Habeas corpus, tout corps est porteur de droit, ton corps t’appartient). La naissance donne des droits et ces droits se fondent sur l’autonomie du corps constitué. Cela dit, la notion d’individu ne prend en compte que l’apparence et en ce sens un individu se définie par son aspect, par son comportement, par son indépendance qui paradoxalement le font aussi ressembler à un autre individu. Sur le plan de l’individualité les hommes sont plutôt semblables, la différence de sexe mise à part. On ne peut parler d’individualité que pour les hommes et non pour des animaux précisément parce que l’autonomie de l’individu, c’est le fait de ne pas dépendre de la nature.

L’individu finie par désigner l’être que l’on ne connait pas (cet individu). Finalement l’individu désigne un être anonyme puisque seul le corps individualise. Nous sommes tous semblables sur ce plan.

La personne en revanche se distingue de l’individu par l’esprit (le langage). L’étymologie de personne, persona, signifie « masque », entendu le masque du comédien chez les anciens. Ici le masque cache l’être mais montre le rôle que l’on joue. La personne se définie donc par le jeu ou par le rôle et les deux se définissent par le contexte et le rapport aux autres ce qui implique que la personnalité se construit dans la relation ou le rapport aux autres.

Freud, dans les Essais de psychanalyse explique que nous pouvons avoir quatre types de figures en raison de cette interactivité des uns et des autres.

Nous pouvons premièrement être un objet de désir, le corps. Deuxièmement nous pouvons être un adversaire par exemple dans une relation professionnelle. Troisièmement nous pouvons être un associé et quatrièmement enfin nous pouvons être un modèle dans le cas où nous avons une fonction représentative.

La personnalité se module donc selon les groupes qu’elle traverse. L’esprit s’adapte aux environnements humains qu’il traverse. L’être est donc disponible ou disposé et il se détermine en fonction de ce qui l’entoure. Nous jouons donc des rôles plus ou moins consciemment selon le milieu d’enveloppement. La personnalité n’est donc pas indépendante des autres puisqu’elle en dépend. À cet égard les groupes que nous traversons opèrent comme des forces qui nous déportent hors de nous et nous recentrent.

La personnalité est davantage le fait d’une élaboration par expérience plutôt que quelque chose d’inné (certains traits de caractères peuvent être innés parce qu’hérités, ils peuvent influencer la personnalité mais rarement la déterminer en tant que telle parce qu’elle dépend des milieux traversés). Lorsque A.Rimbaud, dans la Lettre au voyant dit : « « je » est un autre », il indique précisément la puissance centrifuge que représentent les autres par rapport à soi. L’existence en ce sens est une dépendance, elle serait même une altération, qui contribue à me construire comme si les autres m’obligeaient à devenir autre que je ne suis à chaque instant pour n’être plus que dans une ambivalence ou une ambiguité m’obligeant à chaque fois ou à chaque instant à m’adapter à d’autres pour mieux me réconcilier avec moi-même. Le destin de la personnalité dépend de cette tension par rapport au milieu traversé. Les autres en me poussant et m’obligeant à agir me font sortir de moi-même et ce faisant me font exister.

B. « Autrui comme le médiateur indispensable entre moi et moi-même », Sartre, L’être et le néant.

Les autres c’est le monde et nous vivons dans plusieurs mondes à la fois, dans la mesure où traversons des organisations différentes de mêmes enveloppées par d’autres. Le monde renvoit donc aux cultures et donc aux langages, aux croyances et nous sommes nourris dans notre personnalité par le monde. Nous ne sommes pas seulement mis au monde mais nous sommes encore forgé par lui. D’ailleurs, sans que nous nous en rendions compte nous nous inscrivons en tant qu’humain dans une même logique existentielle, nous avons les mêmes soucis.

Le monde à cet égard finie par désigner la communauté humaine qui se réunie au nom de cette identité de condition ou de souci. Nous ne sommes plus tant comme le pensait Descartes des cogitos isolés mais des êtres de pensées influencées. Paradoxalement la personnalité ne se démarque pas tant des autres. Nous subissons beaucoup plus d’influences que nous ne le pensons ce qui permet d’ailleurs de se comprendre.

Le philosophe allemand Dilthey dit : « on comprend l’homme mais on explique la nature » ce qui signifie qu’on peut comprendre sans pouvoir expliquer et inversement on peut expliquer sans pour autant comprendre.

Comprendre c’est au fond pouvoir se mettre à la place de l’objet de compréhension. C’est une manière de partager quelque chose. Quelque soit la différence des cultures humaines nous partageons les mêmes soucis existentiels. Un homme peut comprendre un homme en ce sens

la socialisation des individus atténue les particularismes. Toute société essaie de rendre les individus semblables. D’ailleurs l’Etat ne peut légiférer qu’à partir du moment où les individus se ressemblent, c’est-à-dire se conforment identiquement aux lois.

On peut donc constater que ce sont les habitudes collectives qui gèrent l’individualité. Le droit ne prend en compte que le collectif, et il ne prend en compte l’individualité que dans la mesure où elle ne gêne pas l’ensemble. La coutume qui représente du non-droit (quelque chose qui n’est pas de l’ordre du droit, de la loi) ne considère que l’habitude c’est-à-dire une manière de faire traditionnelle. Aucune individualité ne peut ignorer les coutumes (un comportement peut ne pas être contraire à la loi tout en étant non conforme aux coutumes).

Conclusion :

Finalement l’enveloppement de l’individu crée les conditions de l’individualité comme sa maîtrise ou son contrôle. L’individu n’est que par les autres qui peuvent prendre plusieurs visages. L’Etat représente à cet égard tous les rapports individuels et surtout dans les échanges cette conscience abstraite qu’est l’Etat veille dans l’ombre en se substituant aujourd’hui aux coutumes.

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