Conscience, inconscience et désir : Quatrième partie et conclusion : La crise du sujet

4ème Partie : La crise du sujet :

A. La souveraineté du sujet n’est pas incontestable.

B. L’autre part du sujet : l’inconscient.

Conclusion générale.

A. La souveraineté du sujet n’est pas incontestable :

La conscience dans le sujet n’est peut-être pas aussi souveraine qu’il le pense.

Le philosophe anglais du XVIIIe siècle David Hume dans le livre I du Traité de la nature humaine s’oppose à Descartes en affirmant : « Je ne peux rien observer que la perception » (dans le sujet). Le « je » c’est-à-dire le sujet naturel serait multiple parce que « je » perçoit de multiples façons de multiples choses. Le sujet naturel étant impliqué dans l’immédiat ne peut être qu’incohérent (rappelons ici que le cogito de Descartes « j’affirme, je nie etc. » est contradictoire). Et cela pour Hume ne peut que rejaillir dans le « moi ». Le moi pour Descartes précède le « je pense », le moi pour Hume découle des perceptions du « je ».

Le « moi » pour Hume devient une perception à l’occasion d’une perception. L’idée du moi accompagne l’idée que nous avons de toute chose, autrement dit nous nous apercevons nous-mêmes toujours un peu à travers les différentes perceptions que nous avons des choses. Le « moi » est une reflet pour Hume qui apparaît à travers les perceptions que nous avons. Le « moi » ne serait donc pas saisissable en lui-même, il ne le serait qu’indirectement par un effet de la perception. L’expérience ne permet pas de le saisir en lui-même comme un objet intégral.

Le « moi » pour Hume serait davantage une construction empirique qui paradoxalement ne se saisi jamais entièrement. C’est une représentation au détour de représentations et donc une illusion. Pour Hume le langage construit la fiction de l’identité. Le « moi » ne serait que l’habitude prise par la langage de tout rapporter à soi alors que pour Descartes le « moi » serait davantage une substance (ce qui se tient dessous, a aussi donné le mot « substrat »).

Egoi (moi) => res cogitans : chose pensante, une substance pensante qui se tient sous les différents « je ».

Ce serait le « moi » qui fait que j’ai conscience du « je », qui le rend possible tout en restant secret.

Nietzsche dans Par-delà le bien et le mal, au paragraphe 17 va dans le sens d’une illusion du « moi » unifié et unificateur : « une pensée se présente quand elle veut et non quand je veux. »

De telle sorte que cela revient à falsifier la réalité que d’affirmer que le sujet « je » est la condition du verbe « penser ». « Quelque pense mais que ce soit l’antique et fameux « je », voilà pour nous exprimé avec modération une simple hypothèse ».

Voici une formule de Nietzsche avec la pensée de Pascal : « Le hasard donne les pensées et le hasard les ôte ». Il n’y a d’art pour acquérir la pensée ni pour la conserver. « Penser je la voulais écrire, j’écris au lieu d’où elle m’a échappée ».

Pour Nietzsche comme pour Pascal la pensée semble avoir une autonomie, elle semble échapper au sujet. Ce n’est donc pas tant le moi qui pense que la pensée qui fait le moi. Ce n’est que dans la langage ou par le langage que l’on s’affirme à soi-même, que l’on apprend à s’entendre pour se construire, pour se penser.

B. L’autre part du sujet : l’inconscient :

Littéralement, l’inconscient est cette part du psychisme qui échappe à la conscience.

Freud avait constaté en tant que médecin que des phénomènes tels que les lapsus, les rêves ou encore les actes manqués ne pouvaient pas pas être expliqués par les concepts antérieurs et classiques. Ces phénomènes sont pourtant des réalités à part entière. Il existe donc une part du psychique qui échappe à la conscience mais qui fait tout pour réapparaître.

Dans les Essais de psychanalyse appliquée Freud écrit : « Rentres en toi-même profondément et apprend d’abord à te connaître, alors tu comprendras pourquoi tu vas tomber malade et peut-être éviteras-tu de la devenir. Le moi n’est pas le maître dans sa propre maison. »

La connaissance de soi est une forme d’auto-analyse nécessaire à la compréhension de soi. L’adage delphique « connais-toi toi-même » ne disait pas autre chose. Autrement dit une partie de ses problèmes psychologiques ont une origine insoupçonnée et inconsciente, et cette origine échappe au contrôle du sujet.

Le « moi » n’est donc pas une entité transparente à elle-même ni homogène, c’est une construction qui part de l’enfance et dont les matériaux ne sont pas tous conscients.

Le moi n’est donc pas comme le pense Descartes totalement homogène. Il fonde certes la pensée, donc la conscience mais avec de l’inconscient autant sinon plus que de la conscience proprement dite.

Il y aurait donc un clivage, c’est-à-dire une hiérarchisation du moi pour Freud par cette coexistence du conscient et de l’inconscient. Il y aurait pour Freud trois niveaux d’inconscient ou dans l’inconscience.

Niveau 1 :

Ce premier niveau est proprement descriptif. Ici il désigne le caractère ou l’aptitude d’une représentation ou d’un élément psychique quelconque à la conscience de disparaître à l’instant suivant pour réapparaître. À y regarder de plus près il existerait un entracte de la pensée puisque certaines représentations apparaissent et disparaissent tout en continuant d’exister de façon virtuelle ou latente (qui reste en attente, qui demeure sous quelque chose, qui n’est pas actif mais en attente de pouvoir le devenir).

Attention à ne pas penser que cette représentation latente serait comme une seconde conscience. C’est une représentation inconsciente c’est-à-dire une représentation dont nous sommes prêts à admettre l’existence à partir d’indices conscients (les actes manqués, les lapsus…)

Le problème de l’inconscient qui réapparait est qu’il se travesti plus ou moins, il fait croire une chose qui en est une autres. Cela dit dans les lapsus plus on veut cacher ou refouler et plus notre langue risque de fourcher, de déraper et donc d’exprimer cette représentation inconsciente et travestie. La parole révèle plus de choses que l’on veut en dire : « La parole parle ». Cela veut dire qu’elle s’autonomise et parle. Les hommes politiques ont au moins appris avec la « langue de bois » que l’on pouvait murer l’inconscient au point de ne plus rien dire. En ce sens donc, parler révèle toujours quelque chose du locuteur c’est-à-dire du sujet parlant.

Niveau 2 :

Ce niveau est proprement dynamique et l’inconscient désigne dans ce cas le caractère d’une représentation qui est de rester active en dehors de l’activité de la conscience dont l’accès lui est interdit. C’est ce que démontrent les phénomènes « hystériques » (qui il faut le rappeler ne sont pas seulement féminin !).

Freud écrit que « La vie psychique des patients hystériques est emplie de pensées actives mais inconscientes ». Les symptôme dérivent et témoignent donc de ces « pensée actives mais inconscientes ». Dans ce second niveau le contenu inconscient acquiert deux « pliures topiques » (endroit plié selon Freud) entre des représentations non présentes encore à la conscience, donc pressées, et des représentations en quelque sorte structurellement issue de la conscience. Ce sont les premières qui sont véritablement inconscientes puisque refoulées. L’hystérie est donc la marque de représentations inconscientes refoulées mais toujours actives au point de se traduire dans le comportement. Le niveau 1 était donc préconscient et le second plus dynamique et vraiment inconscient par défense de la conscience. Cet inconscient refoulé est une marque d’autodéfense de la conscience.

Niveau 3 :

Le troisième niveau d’inconscient Freud l’appelle « systématique ». L’inconscient manifeste ici l’activité d’un système c’est-à-dire d’un régime de fonctionnement psychique qui s’engendre lui-même. Dans le temps on parlait de subconscient désigner ce niveau. (Il faut savoir qu’aujourd’hui les psychanalystes se pour refusent à parler ou même accepté le terme de subconscient). Freud écrit : « Quand quelqu’un parle de subconscient je ne sais pas s’il l’entend topiquement comme quelque chose qui se trouve dans l’âme, au dessous de la conscience ou qualitativement comme une autre conscience. La seule position licité (légale) est celle du conscient et de l’inconscient ».

Ce troisième niveau nous renvoie précisément à ce que la conscience rejette, ce qu’elle refoule à cause des barrières de l’éducation, de la morale, ou de l’éthique (les mœurs).

L’éducation est une transmission de valeurs, la morale implique notamment (mais pas seulement) des croyances religieuses et l’éthique renvoie à des mœurs c’est-à-dire des valeurs sociales.

La théorie de l’inconscient pose schématiquement que « le sur-moi » (c’est-à-dire les représentations idéalisées de soi-même) sélectionne des idées que l’on n’assume pas et les refoule donc les rejette dans le domaine inconscient du psychisme que Freud appelle « ça ».

La censure manifestée par le sur-moi veille à ce que ces idées ne ressurgissent pas mais il y a des faiblesses, dans le sommeil, avec les rêves, ou lorsque l’on est fatigué, avec les lapsus.

Ces trois niveaux d’inconscient nous renvois dont à : premier niveau, du pressé, deuxième niveau, du refoulé et troisième niveau, de l’inaccessible. Il y aurait donc une part du sujet non-connaissable. Pour Freud l’inconscient forme un système qui est clos, qui supprimerait toute liberté de penser. Il devient la cause de toute la vie de la pensée ce qui rend paradoxalement le sujet irresponsable. « En moi, se joue ma vie, sans moi. »

Freud dénonce ainsi l’illusion de la liberté de la pensée, la réduisant à n’être que la conséquence du jeu des pulsions sexuelles. Les contraintes sociales nourrissants les névroses, deux concepts permettent de cerner cette élaboration de l’inconscient, d’un côté celui de pulsions et de l’autre celui de refoulement.

La pulsion est un concept qui pour Freud permet de rendre compte du refoulement et de l’inconscient. Dans un texte qui s’intitule Pulsions et destin des pulsions Freud les définie de cinq façons :

Premièrement : « la pulsion serait une excitation psychique ». Puisqu’il y a excitation la pulsion implique le système nerveux.

Deuxièmement : c’est une concept qui est frontière entre le psychique et le somatique car soma signifie « le corps » en grec.

Troisièmement : la pulsion a un rapport avec le concept de poussée ; « c’est un facteur moteur ou une somme de forces ». La pulsion a aussi un rapport avec le concept de but ; « c’est une satisfaction qui ne peut être atteinte que par la suppression de l’excitation qui est à sa source. La pulsion a aussi un rapport avec la concept de source ; « c’est tout le processus somatique dans un organe ou une partie du corps dont l’excitation est représentée dans la vie psychique par les pulsions. »

Quatrièmement : Freud distingue les pulsions du moi ou d’auto-conservation et les pulsions sexuelles.

Cinquièmement : les pulsions sexuelles sont diverses et leur devenir peut être qualifié de « destin ».

La pulsion se définie en amont par une notion physiologique, c’est une excitation. L’excitation est donc une condition nécessaire mais non suffisante puisqu’elle se transforme en pulsion en accédant au niveau psychique. La pulsion est donc une frontière, une lieu de passage où l’on passe du psychique à l’animique (l’animal). La pulsion participe donc simultanément du psychique et du somatique.

De même pour Freud la pierre d’angle qui soutient tout l’édifice (de l’inconscient) c’est la théorie du refoulement. Freud repère très tôt un mécanisme « de défense primaire » dans la conscience, ce qu’il appelle une psycho-névrose de défense. C’est un conflit pulsionnel qui nait et abouti à un rejet de certaines pulsions. Ainsi, une des fonctions du psychisme conscient est d’interdire l’accès de certains contenus inconscients au système pressé conscient de l’intéressé. Autrement dit, la conscience c’est-à-dire le moi fait le barrage à certains contenus pour les refouler. Ce n’est que comme censuré ou en n’étant que censuré que l’inconscient se révèle comme texte.

Il y a une censure dès lors que le ça, l’inconscient déplait au moi, le conscient. Ce qui est refoulé ne cesse cependant pas d’être ce qui donne des névroses c’est-à-dire des comportements ou des habitudes psychiques qui pour s’adapter à la réalité sont obligés de faire des détours. La névrose est un processus d’adaptation détournée à une réalité. Freud en 1913 explique que la psychanalyse se définie comme « un procédé médical qui tend à la guérison de certaines formes de névrosité (névrose) au moyen d’une technique psychologique. La névrose matérialise donc un acte primitif ou une inhibition (être inhibé c’est être incapable de faire) primitive par rapport à la réalité. Le poids de la réalité du monde est ce qui est mal assumé par le névrosé qui finie toutefois par l’assumer mais avec une adaptation inefficace.

La formation de la névrose en son symptôme suppose une modification du moi survenue dans la préhistoire de l’enfance (avant qu’il ne devienne conscient, avant qu’il ne se rende compte). La modification défavorable du moi est acquise dans un combat défensif c’est-à-dire que le névrosé est en lutte avec lui-même. Il vit un conflit intérieur.

Le moi ne se transforme pas mécaniquement en conséquence de la pression pulsionnelle. C’est bien plutôt une altération construite avec le temps. La transformation du moi qui survient est un contre-coup du travail défensif du moi contre les revendications pulsionnelle. À ce propos Freud écrit que « L’altération du moi s’opère selon une suggestion capitale d’inhibition de symptômes et d’angoisses par une formation réactionnelle. »

Conclusion générale :

La conscience n’est donc qu’un retour de l’esprit dur lui-même qui ne peut cependant rendre compte de sa totalité, le troisième niveau d’inconscient échappe toujours. Freud rappelle d’ailleurs que la part de conscient n’est rien par rapport à l’inconscient.

L’irresponsabilité définie davantage le sujet que la conscience.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Ce petit mot pour vous signaler que je viens de faire un lien vers votre blog à partir de la page d’accueil de mon site, ainsi que dans la page « blogs amis ». A bientôt.
    http://jeanpaulgalibert.wordpress.com

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