Le Bac Philosophie : Programme des notions

Conscience, inconscience et désir : Troisième partie : La conscience réfléchie

3ème Partie : La conscience réfléchie :

Sommaire : 

A. L’expérience de la réflexion.

B. Réflexion et pensée.

C. L’obstacle des opinions

1. Le doute continu

2. Le doute radical

3. Le doute hyperbolique

Par la foi la conscience se prépare à réfléchir car l’abstraction de son objet (dieu ou l’absolu, voir l’infini) ne peut pas être décidé autrement que par une réflexion propre à soi. La raison pousse à l’autonomie, à l’indépendance, au libre choix et par voie de conséquence à la réflexion.

A. L’expérience de la réflexion :

Pour la première fois l’expérience ne désigne pas l’éveil des sens mais l’éveil de la raison. Désormais il s’agit de délibérer en raison pour choisir et pour agir ? La liberté du désir n’était qu’une illusion.

Etude de l’« Allégorie de la caverne » de Platon, dans la République, livre VII.

Remarque : Différence entre allégorie et mythe :

Le mythe est un récit oral qui s’appuie sur une tradition et des croyances. L’allégorie au contraire n’est qu’une métaphore qui permet de faire comprendre d’une façon imagée un sens très abstrait.

On a interprété l’allégorie à la fois comme la métaphore de la naissance (prisonnier qui sort de la caverne qui serait comme l’enfant qui nait au monde), c’est aussi la métaphore de la mort car le prisonnier qui sort c’est aussi l’âme qui quitte le corps.

On a pu considérer que lorsque le prisonnier rentre dans la caverne, il se réincarne. C’est la métempsychose, le fait que l’âme retrouve différents corps.

Dans l’allégorie deux mondes s’opposent, d’un côté le monde de la caverne que Platon appelle le monde sensible (il dit plus précisément « le lieu sensible ») et d’un autre le monde extérieur, celui de la nature, qu’il identifie comme le monde intelligible (« le lieu intelligible »).

L’opposition de ces deux lieux est celle du concret et de l’abstrait, du visible et de l’invisible. Pour bien comprendre l’allégorie, il faut l’inverser, c’est-à-dire, que lorsque le prisonnier sort de la caverne en réalité il rentre en lui-même : il réfléchit.

Au plus haut dans le lieu intelligible ce que l’on découvre c’est le soleil c’est-à-dire le principe de la plus grande lumière et de la vie. Si l’on interprète cette découverte, le soleil serait comme une image de ce qu’on découvrirait par réflexion, au plus profond de soi, un principe de lumière et de vie. La conscience de ce sens nait en soi mais on ne la découvre que par réflexion. Cette réflexion est à la fois une élévation et un détachement puisque réfléchir c’est entrer en soi-même, laisser ses sensations pour chercher à atteindre le principe qui nous pousse à réfléchir.

Ce soleil du lieu intelligible, Platon l’appel le « Souverain Bien ». Ainsi, le Souverain Bien est au lieu intelligible ce qu’est le soleil pour le lieu sensible ; un principe de lumière et de vie.

Le Souverain Bien ou l’idée du Bien correspond donc à un principe moral. Rappelons que si le soleil fait la lumière et crée la vie sur Terre le Bien « est la cause de tout ce qu’il y a de droit et de beau en toute chose qu’il a dans le monde visible engendré la lumière et le souverain de la lumière : quand dans le monde intelligible c’est lui-même qui est souverain et dispense la vérité et l’intelligence. »

L’allégorie nous apprend que réfléchir, c’est-à-dire rentrer en soi-même, relève de l’expérience. Il s’agit de faire abstraction de ses sens, donc de s’abstraire et de se couper du monde sensible.

Le prisonnier sorti de la caverne ne fait qu’explorer son intériorité. La « nature » de l’allégorie, c’est le monde intérieur du sujet. Le Bien rend possible la clarté et la lumière qui n’est qu’une façon de dire que le bien rend possible la vérité au sens absolu. Et en même temps, le pouvoir de comprendre est l’intelligence.

Il est important de savoir que le Bien ne peut s’atteindre dans l’allégorie, il ne peut être que visé. D’ailleurs l’expérience qui nous est proposée est métaphysique : plus on réfléchit et plus on se détache, et le comble de la réflexion est peut-être la méditation, autrement dit une forme d’arrêt du temps, un surpassement de la temporalité.

La méditation est une sensation intellectuelle qui fait que l’on s’oublie dans un ravissement qui nous tient éveillé. Le comble de la connaissance qui se confond ici dans le rapport à l’allégorie avec la contemplation correspond à une forme de vie, on vit ce que l’on sait. Dieu est une idée que l’on se fait du Bien.

Pour Platon le mal serait du côté de la matière et de l’obscurité. Le mal se situerait donc dans le fond de la caverne, dans l’ignorance et l’obscurité, l’obscurantisme. Dans un de ses dialogues, le Cratyle, Platon précise que pour faire le bien il faut être éclairé, lucide de son savoir.

Ajoutons aussi que dans l’interprétation de cette allégorie le Bien est aussi ce qui cause dans le monde sensible ce qu’il appelle « le droit et le beau ». On ne peut pas faire quelque chose de juste si l’on a pas au préalable une idée de ce qu’est le meilleur, le bien.

La justice est donc une conséquence de la morale. De la même manière tout ce qui est géométrique, régulier et droit dans les choses découle d’une idée ou d’un idéal qui en est la cause. Par exemple un architecte, avant de faire ses plans doit partir de l’idée qui représente au mieux ce qu’il veut faire. De fait ce qui est construit est donc secondaire et moindre que l’idéal qui l’a rendu possible. Par exemple il n’existe pas dans la nature de droite telle que celle définie par les mathématique. Les droites de la nature sont donc issues de cette idée mais moindres.

Pour Platon le principe qui crée la régularité et la beauté esthétique c’est le Bien. Il faut donc avoir contemplé le meilleur pour pouvoir engendrer des choses géométriques et esthétiques. Mais comme nous l’avons dit le Bien échappe aux Hommes en ce sens qu’il n’est qu’une visée. On ne peut avoir de ce Bien qu’une idée qui résulterai de cette contemplation qui elle-même nait d’une expérience intérieure qui s’effectue par l’acte de réfléchir.

La vérité c’est-à-dire l’allégorie de la lumière est un effet ou un reflet du Bien. La lumière apparaît au miroir du Bien. La vérité résulte donc du retour du Bien en soi après cette visée réflexive de la raison.

Finalement la vérité ne serait que ce qui reste en soi de la contemplation perçue. Ce serait un reflet subsistant à partir de cette contemplation et qui donnerait à la conscience des modèles, des archétypes ou des idéaux.

Dans le livre VI de la République qui précède l’allégorie, Platon présente son analyse des deux mondes sous la forme d’une ligne.

Pour Platon le monde sensible est moins étendu que le monde intelligible. Ce que nous entons n’est rien à côté de ce que nous devons comprendre.

Dans le monde intelligible il faut passer par l’apprentissage des forme géométrique pour pouvoir se rapprocher du Bien c’est-à-dire du meilleur. La géométrie pour Platon apprend à l’esprit à se familiariser avec l’abstraction parce que ce sont des intermédiaires entre les formes matérielles et les formes idéales.

Apprendre à raisonner nous prépare donc à nous diriger vers l’abstraction la plus totale c’est-à-dire vers des formes plus intelligibles encore, des formes compréhensibles mais non représentable (par exemple l’infinie puissance ou l’éternité divine).

Dans l’allégorie il y a donc deux façons d’approcher le Bien ; soit par la contemplation (la visée) soit par le dialogue ou encore ce que Platon appelle la dialectique qui consiste à faire accoucher chacun de sa propre vérité issue de la contemplation qu’il a pu ou peut avoir.

Cet éclairage par le dialogue doit permettre à chacun de relever ce qu’il ne soupçonnait pas. Socrate aimait bien rappeler qu’il était le fils d’une sage-femme et que son art du dialogue ou de la dialectique se comparait à celui des accoucheurs d’idée : la maïeutique.

Chacun possèderait cet éclat de vérité en soi, lié à une expérience plus ou moins consciente. Une expérience liée à la contemplation, à la réflexion ou à la mort.

B. Réflexion et pensée :

La réflexion est bien un retour en soi-même car au plus profond de soi se trouve le plus pur, le plus haut ; le principe qui ne peut être que visé, le Bien.

La solitude la réflexion ne peut seulement conduire au principe moral. Le dévoilement ultime de la vérité a besoin du dialogue : penser est un exercice collectif. Dans l’échange du dialogue la pensée intègre la contradiction de l’autre. Dans le dialogue l’essence des choses finie par se dévoiler en évidence. L’évidence est ce dont on ne doute plus dans la mesure où l’on a contribué à son dévoilement. La pensée à cet égard se distingue donc de la réflexion qui est plus solitaire. On commence par réfléchir tout seul, on propose ce que l’on a réfléchit dans un dialogue, on hérite de la réflexion d’autrui et la confrontation des réflexions donne la pensée.

On pourrait donc dire que la réflexion est une pensée subjective, et la pensée serait une réflexion objectif. Lorsque l’on pense l’on a pas peur de proposer aux autres ses réflexions, la pensée n’a pas peur du dialogue.

Remarque : Le dialogue repose sur le jeu de la question et de la réponse.

Le raisonnement en revanche ne permet pas d’aboutir à ce que la pensée permet de dévoiler. Dans la ligne dont parle Platon (livre VI) le raisonnement prépare à la pensée : la géométrie chez Platon prépare à la philosophie. Platon avait fait inscrire sur le fronton de l’Académie un avertissement aux passants qui disait ceci : « Que nul n’entre ici s’il n’est d’abord géomètre ».

Avec le raisonnement l’esprit n’accède qu’à l’essence des choses, à leur nature et non à leur être. Le raisonnement permet de définir les choses et la pensée ou la philosophie fait vivre les choses car elles sont mises en mouvement par l’esprit ou la conscience et sa visée du Bien, du meilleur. Par le langage le raisonnement remonte des choses aux essences qui les rendent possibles.

Notons que le raisonnement se déploie davantage pour découvrir la réalité extérieure au monde de la caverne. C’est sans doute dans le passage à l’abstraction que le raisonnement se définie (quand il sort de la caverne). Cela dit on ne peut pas totalement séparer réfléchir, raisonner et penser : la réflexion est une pensée, le raisonnement une déduction et la pensée un échange.

La pensée est donc mue, mise en mouvement par la visée du Bien ou l’échange avec les autres. Dans l’allégorie la part du dialogue est toutefois inexistante.

La raisonnement se développe vers la lumière comme l’ascension du prisonnier libéré. La pensée rayonne à partir d’une réflexion et d’une contemplation. Dans l’allégorie c’est à partir de la mémoire que cette expérience du Bien (au plus profond de soi), que la pensée se déploie comme une recherche après coup de cette présence passée mais vivante (l’expérience ne se vie qu’une seule fois dans l’allégorie) et l’on pense peut-être pour ne pas oublier cette expérience, pour la ranimer ou pour la partager.

Dans l’échange ou le dialogue chacun ne chercherait-il pas une expérience passée ? Bien mieux, ne chercherait-on pas à travers l’expérience d’autrui à confirmer sa propre expérience, une reconnaissance ? Le rapprochement opéré par le dialogue confronte les réflexions et donne à penser. Autrui a-t-il fait la même expérience que soi ? Peut-il faire la même expérience que soi ?

C. L’obstacle des opinions :

Dans le dialogue ou l’échange, les consciences sont d’abord confrontées à des opinions. Un dialogue est plus qu’un échange d’opinions (qui se ramènerait bien plus à la simple discussion), c’est un échange d’idées en vue de fonder nos réflexions personnelles c’est-à-dire en vue de valider leur signification. C’est en ce sens qu’un dialogue est une mise à l’épreuve de ses idées. Sans doute faut-il dépasser ses opinions pour accéder à l’authenticité des idées. Tout le problème est de savoir si on est capable de reconnaître une opinion et donc de la distinguer d’une connaissance ferme et assurée.

Descartes, dans ses Méditations métaphysiques, met au point un stratagème pour cerner les opinions et les évacuer : c’est ce qu’il appelle le « doute méthodique ».

La pensée se déploie certes dans le dialogue mais à partir d’un autre type d’expérience liée aux autres, le doute. Qu’est-ce que douter ?

Douter, c’est remettre en cause un ou plusieurs jugements. La conscience qui doute est une conscience critique, c’est une preuve de maturité et donc de rationalité.

Douter c’est sortir de sa naïveté. Il y a toujours dans ce type d’expérience quelque chose qui nous pousse vers la mise en doute, vers la remise en cause : une prise de conscience.

On ne doute pas avant que certains évènements ne nous y poussent. En effet, douter est une preuve de réflexion. Douter signifie que l’on se méfie jusqu’aux raisons. Cependant cela ne fait pas nécessairement de soi un sceptique (Cf. B.2. Le scepticisme). Le sceptique délire avec sa raison critique.

Dans la 1ère de ses médiation métaphysiques, Descartes développe un système du doute qui lui permet de mettre à l’épreuve ce qu’il a appris. Si quelque chose peut résister à une mise en doute systématique c’est qu’elle doit être vraie. Le doute permet donc de tester la validité de certaines prétendues connaissances : les opinions sont souvent sujettes au doute dans la mesure où elles peuvent être contradictoires et fausses.

Nietzsche explique à cet égard que le philosophe est critique par nature, il le compare à un testeur de cloches. Si une théorie peut résister à une critique systématique c’est qu’elle est juste.

Dans la tradition Socrate est le premier à développer cet esprit critique de la philosophie. Il est lui-même comparé à un poisson torpille. L’esprit critique est une qualité mais l’être trop ne permet pas d’élaborer quelque chose.

Descartes avec le doute méthodique explique donc que la pensée s’ignore avec le doute : ne plus accepter automatiquement le jugement d’autorité est le premier acte critique de la pensée. Dans la première méditation métaphysique il présente trois niveaux de mise en doute. Le premier est ce qu’il appelle « le doute continu », le second « le doute radical » et le troisième « le doute hyperbolique ».

  1. Le doute continu :

Descartes constate dans la première méditation qu’une bonne partie de son éducation et de sa formation lorsqu’il était collégien reposait non pas tant sur des connaissances que sur des opinions.

Étant donné que l’esprit s’appuie sur des choses apprises, si ce qui est appris n’est pas tout à fait vrai l’esprit est mal formé (certains de nos préjugés sont sans doute causés par des mauvaises formations ou informations). Les préjugés en ce sens s’enracinent sur des logiques inductives (inductions). C’est une logique qui part d’un nombre de cas limité et qui en tire une conclusion générale. C’est une projection sur les grands nombres qui raisonne de la façon suivante : si quelques uns… alors tous. Pour être plus clair, voici un exemple plus pratique : « Si je vois des corbeaux noirs, alors tous les corbeaux sont noirs ».

le préjugé repose sur la peur du risque, sur l’habitude et sur des expériences.

L’expérience relativise la porté des jugements. Les préjugés ont une tendance aux jugements absolus, c’est-à-dire une fois pour toutes. Chez Descartes le doute continu repose sur l’idée que ce qui nous a trompé une fois nous trompera plus d’une fois. Il décide donc de se défaire systématiquement de toutes ses anciennes opinions dans la mesure où elles ont été forgées dans le passé. Le doute continu porte donc sur des opinions dont on a oublié la provenance. Descartes établie un parallèle entre l’opinion et le préjugé.

Il s’agit de douter de l’Homme, de ses opinions anciennes à partir du moment où l’on est capable de savoir d’où elles viennent et pourquoi on y adhère. Un tel « doute inconnu » oblige malheureusement à passer son temps à remettre en cause dans la seconde partie de sa vie ce que l’on a appris dans la première.

La mise en doute est donc un acte réfléchi, c’est une prise de conscience, on reprend sa conscience en main. Dans cette reprise en main de sa conscience on s’affirme véritablement comme conscience de soi. Le doute critique est une façon de se réapproprier sa conscience. Penser dans ce cadre devient synonyme de nuancer. La conscience critique ne pense rien sans avoir au préalable douté c’est-à-dire sans avoir au préalable éprouvé les fondements.

Cela dit le doute continu n’est pas tout à fait viable, on ne peut pas passer une partie de sa vie à douter de ce que l’on a appris dans la première auquel cas deviendrions-nous sceptique. Ce doute ne porte que sur les opinions dont on ne connait pas les origines mais il ne porte pas sur l’origine des opinions.

  1. Le doute radical :

Pour gagner du temps il vaut mieux s’attaquer au fondement des opinions plutôt que chacune en particulier.

Le doute radical porte donc sur la racine des opinions c’est-à-dire les sens. En effet une opinion se forge à partir de ce que l’on a entendu dire ou de ce que l’on nous a dit, ce que l’on a vu etc. : que des sensations. Au lieu de trier ses opinions il vaut mieux s’attaquer aux racines de ce qui trompe : c’est-à-dire les sens.

Cela dit on peut remarque que dans les sensations il y a toujours une part subjective et objective. L’erreur vient de ce mélange entre la part du sujet et celle de l’objet dans les sensations : on peut mal voir, entendre, sentir etc. Symétriquement les objets peuvent mal se disposer ou être disposé aux sens (l’éloignement, la petitesse, l’absence d’éclairage etc.). Les sens nous trompent donc en raison de ces deux critiques et en aucun cas ne nous font connaître (informer ce n’est pas connaître).

En aucun cas les images ne nous livrent des connaissances, elles sont partielles, voir objets de manipulation.

Les sens à cet égard nous influencent en nous faisant croire des choses qui ne sont pas nécessairement vraies.

Les illusions découlent des sensations. On parle d’illusion optique, auditive etc.

Les opinions s’appuient en effet sur les sensations et avec le doute méthodique il s’agit de trouver la cause des erreurs. En tant que mathématicien, Descartes chercher à élaborer une méthode pour éviter l’erreur.

Une machine ne fait pas d’erreur. Si les Hommes se trompent, s’égarent, c’est précisément parce qu’ils ne sont pas des machines : « leurs esprits ne sont pas une pure machine ». Quand ils pensent ils sont libres, et entre autre, libre de se tromper. En revanche lorsqu’il raisonne l’esprit se mécanise. La machine ne se trompe pas parce qu’elle ne pense pas. Les erreurs humaines viennent des libertés prises par rapport à des mécanismes, des lois, des règles vis à vis d’un ordre. Errer c’est aller au hasard. Raisonner c’est suivre le bon chemin, et c’est aussi le sens du mot méthode.

Pour Descartes la liberté de la pensée humaine est la marque de la volonté et une des preuves selon lui de l’existence de dieu dans la mesure où à travers la volonté il aurait laissé à l’Homme la liberté de s’opposer à son créateur.

La volonté serait pour Descartes la marque de l’infini inscrit dans le fini. Et si les Hommes ont des idées de l’infini (métaphysique) c’est que dieu les lui a laissé car il est infini. Et puisqu’il est infini, ces idées sont la marque de dieu en l’Homme.

Se tromper serait donc un signe de perfection. La machine ne se trompe pas, voilà une illusion de perfection. Descartes remarque toutefois que le doute radical n’a aucune prise sur certaines opinions à savoir les plus anciennes et en particulier sur l’idée qui’l existe un dieu, ce que certains partagent.

La croyance en dieu serait donc une opinion car elle s’apprend, parce qu’elle s’éduque dès l’enfance et nous avons un lieu affectif particulier avec notre propre enfance qui fait que nous avons une affection pour les opinions qui s’y rattachent.

  1. Le doute hyperbolique :

C’est un doute excessif qui, pour contre-balancer ses opinions très enracinées fait l’hypothèse d’un « malin génie » qui nous trompe chaque fois que nous croyons en des vérités. Cela pour nous empêcher d’être trop sûr de soi. Le doute hyperbolique sert à contre-balancer les préjugés par un autre préjugé parce que selon Descartes la seule manière d’évacuer une habitude de penser consiste à en inventer une contrer afin d’empêcher la pensée de pencher d’un côté plus que d’un autre. Cette troisième hypothèse, celle du malin génie, ne conduit toutefois pas à écarter la croyance, elle conduit tout au plus à nous rendre plus prudent sur ce qu’on croit être vrai. En contrepartie la conscience gagne non pas tant en assurance mais en méfiance. Les trois doutes ont ralenti la naïveté de la conscience sans éliminer toute forme d’opinion.

Descartes, à la fin de la première méditation, à l’issu de ces trois doutes, à au moins acquis une certitude universelle, à savoir : si je doute et qu’on essaie de me tromper, c’est que je pense, et si je pense, il faut que j’existe.

« ego, cogito, ergosum, existo ». « Moi, je pense, donc je suis, j’existe ». Il dit cela au début de sa seconde méditation.

Le « cogito » (je pense) signifie en réalité : « Je doute, j’affirme, je nie, je veux, je ne veux pas, je connais peu de choses, j’en ignore beaucoup, j’aime, je haie, je désire, j’imagine aussi et je sens. »

Le cogito désigne l’ensemble des état contradictoires de la conscience.

La cogito ne laisse pas d’états de conscience en dehors du moi, ces états sont contradictoires dans la mesure où penser consiste à passer par tous ces états.

Le cogito est donc un flux ininterrompu d’états de conscience qui implique le mot « ego » et donc la conscience de soi. Penser est donc pour Descartes une activité naturelle qui conduit à fonder l’existence de l’Homme. L’on existe que dans la mesure où l’on pense ou tant que l’on pense et l’Homme pense tout le temps.

On peut remarquer que ce qui fait le cogito c’est le moi c’est-à-dire la conscience de soi. Sans ego, pas de cogito. C’est en réalité le moi qui pense, il y a donc une différence en moi et je, le premier sujet conditionne le second. Le moi c’est le sujet psychologique c’est-à-dire l’âme. Le je c’est le sujet naturel, c’est l’identité du sujet. Cette identité est cachée, on ne la perçoit souvent que par éclats à travers le sujet naturel (je). Le sujet naturel c’est le sujet de l’action parce qu’il attend un verbe. On peut donc dire qu’il existe plusieurs sujets naturels pour un seul sujet psychologique.

La diversité des actes du sujet naturel le dissémine. Le je, le sujet de l’action est comme une force centrifuge. Il a tendance à fuir le moi qui à chaque fois l’encre ou l’enracine. Le je rend le sujet apparent parce que l’activité, l’action nous rendent apparent aux autres. Les uns pour les autres nous sommes des sujets naturels (des « je »). Le sujet naturel n’épuise pas le sujet psychologique ; l’identité est forcément profonde et ne transparait pas forcément dans les actes. Le moi se trouve du côté de l’être, le « je » du côté du paraître.

L’identité psychologique est presque une abîme du sujet. Nous sommes sans doute une énigme à nous-même. Le fond de soi, l’être d’origine, est peut-être trouble, indéterminé. Peut-être pourrions-nous encore être autre que nous sommes, ce qui tend à signifier que l’être n’est rien sans paraître.

La folie de marque donc souvent par l’altération du moi ou l’oubli de soi dans la perte du moi.

Avec Descartes le cogito conditionne donc l’existence dans la mesure où je n’ai conscience d’être que parce que je pense. L’existence se déduit, elle n’est pas un préalable, le seul préalable c’est de penser. En effet exister c’est avoir conscience d’être parmi d’autres et donc on n’existe pas tout seul.

Cela dit le cogito renferme le sujet sur lui-même et risque de le couper des autres bien que nous soyons tous des cogito. La pensée ne s’arrête pas au cogito de Descartes qui, de fait, banalise la pensée. Le philosophe allemand Martin Heidegger explique que penser excède le cogito, il s’agit davantage de prévoir ou d’anticiper que de se renfermer en soi-même. Le penseur pour Heidegger n’est pas quelqu’un qui se renferme mais quelqu’un qui se projette dans l’avenir.

Il s’agirait « d’approcher le lointain » en idée, de se familiariser en idée avec le possible. La pensée dans cette nouvelle évaluation doit cerner les possibilité d’être. Prévoir en son sens n’a rien à voir avec un calcul technicien. Il va même jusqu’à affirmer dans Qu’est-ce que la technique ? Que « la science ne pense pas ».

Pour Heidegger la pensée ne se déploie qu’à partir de ce qu’il appelle un point critique c’est-à-dire qu’à partir de ce qui nous interpèle. Certains problèmes donnent à penser, lancent la pensée vers des considérations qui la conduisent à concevoir des possibilités, des logiques, des finalités.

« Le point critique n’est aucunement constitué par nous ». Il dépend de la chose à penser. Ce sont les problèmes, les obstacles, les paradoxes du réel qui forcent à penser. Le penseur n’invente rien, il ne fait qu’hériter de ce qui pose problème. L’approche du possible est une approche de l’avenir qui reste toujours indéterminée. Il appartient au penseur de déterminer cet indéterminé, sous entendu, quel avenir ?

Si la pensée n’a rien de technique c’est parce qu’elle ne se confond pas avec un calcul de probabilité. Les possibilités d’existence ne peuvent se calculer, elles ne peuvent que se concevoir. La pensée n’est donc qu’une projection en idées, elle est générale. Elle ne peut se programmer comme un calcul. La science ne se déploie que sur le mode du calcul car elle ne peut prévoir que du mécanique, et donc des lois.

Heidegger fait une autre différence entre le penseur d’un côté et le philosophe de l’autre. La pensée utilise la langue, le langage, tout langage d’ailleurs, ce en quoi on ne pense pas qu’en philosophie.

En revanche le philosophe pense à travers une tradition ce qui alourdie la démarche. À cet égard la pensée se tourne bien vers l’avenir tandis que la philosophie reprend le passé : pour penser on n’est pas obligé de connaître de la philosophie mais pour philosopher on est obligé de connaître de l’histoire de la philosophie.

Heidegger écrit « Le trait fondamental de la pensée est la représentation. C’est dans la représentation que se déploie le percevoir ». On ne pense donc qu’à partir du moment où quelque chose nous y pousse : une perception c’est-à-dire une représentation ou une idée. Certaines idées lancent la pensée et ce qui lance la pensée serait ce qui nous interpèle intimement. Heidegger considère que toutes les pensées sont en résonance avec l’être des choses. Par là la pensée n’est jamais qu’une réponse à une interpellation. Elle répond à une présence et fait elle-même présence puisqu’elle crée une présence. Penser revient à cheminer (chemin d’idées), c’est une digression d’idées qui dépend à la fois de soi et en même temps de ce qui nous sollicite.

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