Conscience, inconscience et désir : Deuxième partie : La conscience de soi

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2ème Partie : La conscience de soi :

Sommaire : 

A. La conscience de soi immédiate.

B. Le désir. Inclinaison, penchant et tendance.

C. La liberté de la conscience de soi

1. Le stoïcisme

2. Le scepticisme

3. La conscience religieuse.

3.1. Le judaïsme

3.2. Le christianisme

3.3. L’islam

A. La conscience de soi immédiate :

La conscience de soi est une conscience d’accompagnement. Elle accompagne tous mes états de conscience, depuis mes sensations jusqu’à la raison.

Ce premier état de conscience de soi est ce qui nous confère une responsabilité, nous ne sommes plus innocent. Avoir conscience de soi revient à ne jamais s’oublier au détour de la conscience que nous avons des choses. Ce premier état de conscience de soi est lié au savoir et à la connaissance acquise, ce premier état de conscience de soi n’est donc pas lié aux autres. Cet état immédiat de la conscience de soi-même est donc très subjectif, très indépendant, très égoïste. L’égoïsme de la conscience de soi est donc presque naturelle.

L’intériorisation de la conscience rationnelle défini l’apprentissage des connaissances et des savoirs. Intérioriser c’est chercher à comprendre ou à interpréter, c’est réfléchir et synthétiser. Ce mouvement de la conscience de la conscience sur elle-même est une forme de repli sur soi qui peut expliquer cette tendance initiale à l’égoïsme de la conscience de soi immédiate. Apprendre à connaître ce n’est pas apprendre à se connaître initialement, et moins encore à connaître les autres.

Remarque : Nous pouvons constater que la conscience rationnelle se forge dans l’apprentissage de connaissances assez théoriques et rarement pratiques. On apprend à connaître mais pas à vivre. Par conséquent apprendre à vivre signifie que l’on apprend à vivre avec d’autres consciences, à s’insérer dans un groupe mais aussi à chercher une certaine forme de bonheur pour soi.

Un tel apprentissage n’a rien de théorique ni de scolaire même si les connaissances théoriques jouent un rôle. Apprendre à vivre ne s’apprend pas vraiment dans une école.

L’école n’apprend qu’une forme de conditionnement social. L’apprentissage de la vie s’entend aussi au sens où on apprend à se défendre. Ce problème ne se pose qu’au sein d’un groupe, hors de chez soi.

Dans une telle logique les consciences sont toutes les une par rapport aux autres renfermées en elles-mêmes dans leur égoïsme. Le rapport initial à l’autre semble d’emblée conflictuel. À cet égard la société, c’est-à-dire l’ensemble des consciences de soi rassemblées définie ou se définie par des rapports d’intérêt, c’est la raison pour laquelle le rapport des consciences commence par une forme de rivalité ou de lutte pour la reconnaissance. Il s’agit pour chacune de se faire reconnaître par les autres. En dehors de sa famille l’individu est davantage en rapport qu’en relation avec autrui.

Remarque : Différence entre être en rapport et être en relation.

Dans un rapport on ne cherche pas à connaître l’autre, le lien ne modifie pas les individus. C’est le contraire dans une relation.

Lorsqu’on ne connait pas l’autre on cherche en revanche à s’en faire reconnaître. Chaque conscience qui ignore l’autre est finalement impliquée dans un face à face qui ne perçoit d’autrui que son apparence : le corps.

B. Le désir :

Dans cet état de renfermement sur soi chaque conscience ignore la conscience de l’autre, réduisant l’autre à son corps. Or pour un humain, se voir réduit à n’être qu’un corps est une forme d’aliénation ou de dénaturation puisqu’un être humain est plus qu’un corps : c’est une conscience.

Nous sommes donc les uns pour les autres dans cette logique de réduction. Hegel écrit que « nous ne sommes que des figures, des personnes autonomes, des consciences abîmées dans l’être de la vie. »

En effet si nous ne sommes que des corps, nous possédons au moins des figures c’est-à-dire des visages. Nous sommes plus ou moins autonomes ou indépendants et nous possédons une vitalité. Lorsque je ne connais pas l’autre, trois choses finalement peuvent m’attirer en lui ; son visage, son indépendance et sa vitalité. Au fond le corps de l’autre se ramène à ces trois choses.

L’être humain réduit à son corps peut cependant être l’objet de désir. D’ailleurs le désir n’est jamais que désir de corps ou du corps de l’autre. La conscience qui désir cherche à s’approprier le corps de l’autre. Dans cette ignorance mutuel de conscience le désir est un rapprochement des corps. Jusqu’à présent chaque conscience n’a appris qu’à connaître et à savoir, c’est-à-dire à s’approprier des abstraction. Pour la première fois au contact d’autrui l’appropriation sera concrète.

À savoir, dans le désir il n’y a pas d’instinct.

Remarque : Différence entre désir et instinct :

Le désir est sélectif, l’instinct est aveugle. Cela dit dans les deux cas ils sont conditionnés. L’instinct est une réaction à une stimulation. Il est donc sans conscience. De fait le véritable opposé de l’instinct c’est la conscience.

Différence entre contraire et opposé :

Il y a dans l’opposition l’idée de fuite, fuir ce qui pourrait rassembler alors que dans le contraire ou la contradiction il y a une forme de destruction, on détruit ce qui pourrait nous rapprocher, l’un annule l’autre.

Vie animale/Instinct => inconscient => conscience humaine.

Dans ce schéma l’inconscient serait peut-être la barrière qui nous empêcherait de retomber dans l’instinct animal. Cela dit on ne connait l’inconscient que par la conscience c’est-à-dire qu’on ne suppose son existence que par la conscience ce qui implique dans cette ordre logique que l’idée d’instinct est peut-être reconquise par la conscience ou tout du moins réappropriées sous des formes diverses.

La conscience transfert la vie du physique au psychique ou encore du biologique au psychologique. Par ce transfert de la vie dans l’esprit la conscience humaine a peut-être oublié qu’elle s’enracinait dans l’instinct, sous-entendu l’instinct animal.

Le désir n’est qu’une réponse à une attirance physique. Tout désir à cet égard s’appuie sur des sensations qui conduisent à des représentations. On peut donc désirer dans la simultanéité d’une sensation comme on peut désirer à la suite du surgissement d’une idée c’est-à-dire d’une représentation.

René Descartes (XVIIe siècle) dans son Traité des passions de l’âme va même jusqu’à dire que « le désir est la représentation d’un bien avenir ».

Dans le désir on est en attente. Si on désir c’est qu’on ne possède pas encore. Le désir vise donc non seulement le plaisir mais aussi sa réalisation.

Le désir s’appuie sur un manque qui n’est pas pour autant un besoin. Ce dont on a besoin on ne peut pas s’en passer (manger, boire, se produire pour ce qui est de l’échelle de l’espèce humaine) alors que ce que l’on désir en revanche on se le représente comme possibilité de possession. Le besoin est donc vital, le désir ne l’est pas. Je ne désir pas respirer, j’en est le besoin vital. Cela dit au cours du temps certains désirs deviennent des besoins à cause du progrès mais cela signifie que dans les besoin apparaissent des nécessités liées à la vie collective. L’Homme moderne ne peut plus se passer d’un minimum de technologie pour vivre.

Les désirs, dans la mesure où il dépendent du monde extérieur, dépendent des apparences. La modernité crée des illusions de besoin. Dans tous les cas les désirs nous rendant dépendants puisqu’ils sont déterminés par des formes attirantes. On peut songer à ce propos aux stratégies publicitaires, créateur par excellence de ces formes attirantes pour susciter le désir. Dans le cas du désir de l’autre la finalité reste la possession du corps. Désirer l’autre ce n’est pas chercher à le connaître mais seulement posséder son corps en vue d’un plaisir.

Mais en quoi consiste ce plaisir qui reste la finalité de tout désir ? Le désir est conditionné subjectivement et objectivement, nos plaisirs en dépendent.

Kant, dans L’Anthropologie du point de vue pragmatique explique que nos désirs dépendent d’inclinations, de penchants et de tendances qui représentent la face subjective du désir.

L’inclination est une détermination naturelle à être attiré par telle ou telle chose. Dans le désir, l’inclination est la part innée de nos attirances.

Le penchant réside dans l’habitude prise dans l’accomplissement ou l’assouvissement de ses désirs. Les penchants à l’expérience et en ce sens ils peuvent bousculer les inclinations. Par exemple un homme peut être attiré par les femmes mais l’expérience d’un homme attirant peut lui faire découvrir un penchant qui viendra bousculer son inclination initiale.

Ainsi soit le penchant bouleverse l’inclination, soit il la conforte.

La tendance est un penchant qui tend à être exclusif, qui élimine toute concurrence, c’est ce que l’on appelle aussi une passion. On ne peut pas ou ne veut pas oublier les désirs et de fait on enfermé dans cette exclusif, par exemple dans la folie du sentiment, la folie amoureuse.

Dans sa face objective le désir dépend d’un conditionnement sociologique. Les sociétés sécrètent des objets de désir.

La société dite de consommation représente celle qui produit le plus d’objets de désir. Le plaisir ne serait donc qu’une consommation en deux temps : 1. posséder / 2. consommer

Consommer c’est détruire. Si je consomme une pomme je la mange et de fait il n’en restera rien, elle sera bel et bien détruite.

Nous pouvons relever que le désir se distingue par ailleurs de la volonté. De fait vouloir ce n’est pas désirer. On peut tout désirer mais on ne peut pas tout vouloir car les désir sont simultanés et infini puisque puisqu’il s’agit de ce qui est possible de me donner plaisir et que je peux à la fois désirer un homme et une femme, une pomme et une glace etc. alors que les objets eux ne peuvent être que successifs. Vouloir c’est se donner les moyens d’obtenir.

La volonté est une faculté lucide, on dit que c’est un des visages de la raison. La volonté nous oblige donc à faire des choix. Par conséquent à tout désirer on ne sait pas ce que l’on veut. La volonté limite le désir dans un choix qui tranche l’infinité des désirs.

Le désir inscrit donc le sujet dans une dépendance qui le met dans une logique de quête de reconnaissance. Dans le rapport entre sujets, entre consciences de soi, désirer revient à chercher une forme de reconnaissance de l’autre égoïste. Il a quelque chose de paradoxal dans cette recherche de reconnaissance car les autres ne prennent pas en compte la conscience des autres puisqu’on ne désir que le corps de l’autre, tout en cherchant à se faire reconnaître soi-même en tant que conscience de soi.

Bien évidemment dans une telle logique la rapport entre consciences ne peut être que conflictuel parce que réducteur. D’une façon générale une lutte est une lutte pour la reconnaissance et de la même manière la conscience de soi ne se construit que par la reconnaissance des autres.

Dans la Phénoménologie de l’esprit, Hegel dit à propos des consciences que « chacune certes est bien assurée de soi mais pas de l’autre et c’est pourquoi sa propre certitude de soi n’a pas encore de vérité… »

Pourquoi « certitude » ? Parce que tout seul, dans la solitude de notre conscience, nous ne pouvons être sur de rien donc paradoxalement nous ne pouvons pas être sûr de nous même. En revanche dans le désir, nous exprimons toujours de la puissance d’être. Il y a de la pulsion de vie dans le désir, notre vitalité cherche à s’exprimer, presque s’exporter voir se projeter.

Dans le désir on projète sa vitalité hors de soi et inversement dans le même temps on rapproche la vie de soi, car les corps que l’on s’approprie ont eux aussi désir et donc vitalité.

Pour atteindre la vérité de la conscience de soi on a toujours besoin d’épreuves. Les autres consciences nous servent à faire l’épreuve de nous-même. La vérité sera donc le résultat de cette mise à l’épreuve et elle signifie qu’il n’existe de conscience de soi que libre. Sa vérité c’est la découverte de la liberté et la liberté est toujours l’objet d’une conquête par rapport aux autres puisqu’on est pas libre tout seul c’est-à-dire qu’on ne l’est que dans la mesure où on nous laisse l’être. La conscience libre est donc celle qui ne rencontre pas d’obstacle à ses désirs ou qui sait résister aux désirs de l’autre.

Dans le premier cas la liberté est une affaire de puissance ou de domination et dans le deuxième c’est une affaire de résistance. La seule conscience authentique est celle qui domine. L’être qui se soumet aux désirs de l’autre sans résistance perd son statut de conscience.

L’esclave dans l’Antiquité est celui qui a préféré perde sa liberté de conscience plutôt que sa vie. Le maître est toujours celui qui prend le risque de perdre sa vie pour gagner sa liberté. Dans la lutte des consciences, certaines chercheront toujours à dominer et d’autres à résister. La première qui cède et celle qui perd à la fois son statut et sa liberté. Il n’existe donc de conscience de soi que libre. Pour l’instant cette liberté n’est qu’une liberté d’action et l’action ne s’oriente que vers la domination pour l’instant.

La liberté de la conscience de soi n’est que l’objet d’une conquête , c’est seulement le fait de réaliser que l’on est conscient de soi qu’à cette condition. L’essence de la conscience de soi réside dans cette liberté. L’égoïsme initial n’a plus lieu d’être et c’est cette liberté qui fait la personne humaine. Cela dit la conscience du maître finie elle-même par être dépendante de son esclave par le travail que ce dernier pour lui et à sa place (le maître va devenir l’esclave de son esclave). À l’inverse l’esclave va par son travail se libérer de son maître (il va devenir le maître de son maître).

Hegel affirme que « l’individu qui n’a pas mis sa vie en jeu peut certes être reconnu comme personne mais il n’est pas parvenu à la vérité de cette reconnaissance comme étant celle d’une conscience de soi autonome. »

Cette mise en jeu de sa vie peut n’être qu’une illusion pour autrui. Il s’agit de faire croire aux autres qu’on est capable. Les conflits s’inaugurent donc souvent par des manipulations psychologiques ; il s’agirait de faire croire pour faire faire. On peut à ce sujet penser à l’exemple d’Hitler qui, à la seconde guerre pris les Sudètes pour voir la réaction des alliés, voir jusqu’où il pouvait aller en provoquant ou suscitant leur réaction. Cette manipulation habile lui permit de pouvoir envahir l’Europe assuré de l’inaction des forces alliés : faire croire pour faire faire. L’histoire de la seconde guerre et ses stratégies de guerre sont jalonnés de ce genre de manipulations (encore, le passage de la frontière française par les allemands pour prendre Paris).

C. La liberté de la conscience de soi :

Comme nous l’avons vu, il n’y a de conscience de soi que par les autres et libre. Mais cette liberté n’est pas réelle en tant qu’elle reste qu’une liberté d’action puisqu’on peut encore faire de mauvais choix et même être dépendant par soi-même (par exemple en ayant des passions) ou dépendant des autres.

La liberté réelle dépend donc de bons choix et par conséquent de sa raison. La véritable autonomie dépend des choix de sa raison. Paradoxalement donc, la liberté politique est plus illusoire que la liberté morale, c’est-à-dire que la liberté de la conscience. D’ailleurs la liberté n’est absolue qu’en pensée c’est-à-dire en conscience. Deux écoles de philosophie dans l’Antiquité ont tenté d’exploiter et de pousser le plus loin possible cette logique de la liberté de conscience : le stoïcisme et me scepticisme.

  1. Le stoïcisme :

Pour le stoïcien l’univers est composé de forces qui s’opposent. D’un côté la nature et de l’autre l’esprit. Le stoïcien considère librement qu’il doit être indifférent à l’égard de la nature c’est-à-dire de ses passions et par conséquent de son corps. Car les passions sont d’abord celles du corps (la nourriture, l’alcool, les addictions en générale comme la passion des jeux, la passion amoureuse etc.).

la conscience stoïcienne est une conscience qui cherche à se retirer en elle-même c’est-à-dire dans la pensée, considérant que c’est là sa seule liberté puisque dans la nature tout est réglé par des lois.

Dans cette logique le stoïcien prétend renfermer la totalité du monde dans sa pensée, c’est-à-dire privilégier ce qu’il pense à ce qu’il vit précisément parce que la conscience, les idées, fait durer la réalité.

Or dans cette logique d’indifférence à l’égard de cette nature et du monde extérieur le stoïcien finit par rencontrer des contradiction voir par être lui-même contradictoire. En effet ce n’est pas en ignorant la nature que l’on se donne les moyens de la comprendre et de s’en préserver. Ainsi dans cette logique le stoïcien ignore ses passions (tout ce qui touche à son corps) ce qui l’amène à les subir plus fortement encore. Cette liberté de conscience conduit à une impasse ; en étant indifférent à l’égard de la nature on la subit plus fortement. Être libre n’implique pas que l’on sache pour autant que l’on sache penser juste. L’esprit ne peut ignorer.

  1. Le scepticisme :

Pour le sceptique le monde est aussi composé de deux choses qui s’opposent, esprit et nature. Mais à la différence du stoïcien le sceptique est en lutte contre la nature c’est-à-dire qu’il la nie. Il va par la penser chercher à la détruire, c’est-à-dire précisément en niant son existence. Car il constate qu’en elle tout disparaît et que par conséquent tout n’est qu’apparence. C’est ce en quoi il considère la nature comme inessentielle. Car il est vrai que la nature est changeante, les feuilles disparaîtront et se transforment incessamment en d’autres choses, l’eau coule et change aussi d’état et plus généralement la matière est en changement constant, elle se corrompt. De fait, en niant l’inessentiel il y a une double négation. Il se réaffirme sa pensée et se replie dans l’essentiel.

Sa pensée est positive dans sa pure puissance de négation. Le problème toutefois c’est qu’une telle logique va l’amener à vivre d’un côté comme tout le monde parce qu’il a un corps et à penser de l’autre puisqu’il nie son corps et la nature qui en est la conséquence. Finalement le sceptique finit par ne pas vivre ce qu’il pense et ne pas penser ce qu’il vit.

Le scepticisme disparaîtra à cause de ces contradictions, dans les deux cas, la liberté ne peut ignorer ou lutter contre la nécessité de la nature.

Conclusion : Cette logique du scepticisme est une impasse comme la précédente dans la mesure où la liberté de conscience finie par être en contradiction avec la réalité. La rationalité ne peut contredire la réel.

  1. La conscience religieuse :

Le stoïcien et le sceptique voulaient finalement atteindre l’absolu et ils voulaient le faire par la pensée. Et ne l’ayant trouvé ni en eux-même ni en face d’eux (dans la nature) cet absolu va être recherché au-delà d’eux-même, en dieu.

La vérité de la conscience de soi c’est le fait que toute conscience est en quête de trois choses : de domination, de liberté et d’absolu.

La quête religieuse dépend donc de la rationalité de la conscience et de la liberté liberté de la conscience de soi.

Pourquoi de la rationalité ? Parce qu’on ne croit pas sans raison. D’autre par cette quête n’est qu’une quête de liberté dans l’absolu et l’on sait que cette quête de liberté est initialement aussi celle de la conscience rationnelle. Un absolu qui n’a été trouvé ni en soi ni en face de soi oblige à aller le chercher au-delà du monde. Dans la rapport entre conscience humaine divine nous retrouvons un rapport de conscience mais cette fois entre une conscience absolue et une conscience limité, entre celle de l’homme et celle de dieu.

  1. Le judaïsme :

Pourquoi passe-t-on par des religions monothéistes ? Pour répondre encore simplement, c’est parce que nous sommes toujours dans cette quête de vérité, de liberté et de domination.

Hegel explique que dans le judaïsme la lutte des consciences réapparait mais cette fois verticalement entre la conscience infinie de dieu et la conscience finie des hommes. Dans cette confrontation il y a d’emblée une inégalité, et une inégalité de taille puisque dieu est le maître et l’Homme en est son esclave. Le conflit n’a donc pas lieu puisque la conscience de dieu domine d’emblée la conscience humaine. Dans le judaïsme l’opposition est claire entre l’au-delà du monde (dieu) et l’en-deçà du monde (l’Homme et la nature).

Dans le judaïsme dieu condamne l’existence naturelle précisément parce que dans la conscience religieuse la conscience a transposé son essence infinie au-delà du monde, c’est-à-dire que sa vérité est placée dans l’absolu. Et en même temps dans l’immortalité il y a un transfert de valeur.

Dans une telle logique le croyant vie dans un monde et pense dans un autre. Bien mieux, il ne pense plus par lui-même mais par son dieu. Nietzsche écrit à cet égard « Dis-moi ce qui te fait vouloir je te dirai qui est ton dieu ».

de fait, celui qui nous fait vouloir est notre maître. Dans cette logique dieu est d’autant plus le maître qu’il se présente comme « la loi ». La loi mosaïque (donnée par Moïse au peuple juif) vient de dieu et si le peuple est l’esclave de dieu c’est parce que le peuple est jugé irresponsable. De fait, en transférant sa conscience en dieu le peuple prouve son irresponsabilité. Être conscient, c’est donc aussi être responsable.

Si dieu condamne l’existence naturelle c’est-à-dire les conditions concrètes de l’existence humaine c’est pour sortir l’Homme du cycle morbide de la nature, c’est pour le rendre immortel par sa conscience, son âme. La spiritualisation de l’Homme s’accompagne d’une dévalorisation de l’existence naturelle. Cette logique de la conscience s’inscrit toujours dans la quête de vérité, de liberté et d’absolu.

Le monothéisme exprime d’une part une méfiance par rapport à la nature et un soucis d’immortalité d’autre part propre aux Hommes, parce que l’Homme ne veut pas mourir.

Dans le judaïsme finalement et selon Hegel la conscience est donc malheureuse parce qu’elle aurait son essence hors d’elle-même, au-delà du monde. L’essence c’est l’être, la source première et la plus pure de l’existence de l’Homme, de sa condition. L’essence des chose c’est leur être propre et particulier, ce qui fait qu’elles sont tel qu’elles sont.

Dans cette croyance l’Homme est déchiré entre son idéal et son existence. Comment la conscience va supprimer son malheur, cette séparation entre l’idéal et l’existence ? En rapprochant les deux sphères, ces deux pôles que sont l’Homme et dieu.

  1. Le christianisme :

Le christianisme fait la synthèse ou prétend la faire, entre l’essence et l’existence, c’est-à-dire entre l’absolu et la nature, entre dieu et l’Homme. Le Christ se présente en effet à la fois comme un homme et comme un dieu c’est-à-dire qu’il divinise le corps (la chaire) et qu’il humanise dieu.

Dans cette religion dieu descend près des hommes et les hommes s’élèvent ou se rapprochent de lui. Il y a à la fois immanence et transcendance.

L’immanence signifie que dieu est en l’Homme. Dieu est au cœur, il est sensible au cœur. C’est une religion d’amour et surtout d’Amour. L’Amour est plus que l’amour en ce sens que cet Amour est amour de dieu. On accède à dieu par le cœur, le sentiment de dieu, la foi. Pascale écrit : « Dieu est sensible au cœur et non à la raison », d’où aussi le sens de cette autre citation aujourd’hui populaire mais comprise en dehors de son véritable contexte (religieux), « Le cœur a ses raisons que la raison ignore ». Ces « raisons » du cœur sont celles d’aimer dieu et elles sont multiples en vue d’une certaine impénétrabilité (« les voies du seigneur sont impénétrables »). Et « la » raison est celle de l’Homme, elle représente l’Homme et l’Homme seul n’est pas à même de comprendre son cœur en ce qu’il a de vrai, le véritable amour (l’Amour, de dieu). Pour atteindre dieu il faut donc l’aimer, l’atteindre par son cœur et non chercher à le démontrer. Encore il faut vivre selon lui et ses lois, « ses raison » en son cœur et non vivre selon l’Homme, selon les lois de la nature et la raison que l’Homme en dégage de façon autonome.

La transcendance c’est le fait que dieu dépasse encore les Hommes même s’il s’en rapproche. Le seul qui se confond avec dieu c’est le Christ. Par ailleurs, aucun Homme n’est le Christ, y compris les Saints et les Saintes. Dans le christianisme il y a encore un dépassement du créateur par rapport à la nature. A ce sujet, vous pouvez lire dans la rubrique Philopure le texte des Confessions de saint Augustin voir le commentaire lui-même pour comprendre mieux encore ce passage.

S’il y a encore dépassement du créateur par rapport à la créature, la conscience fait néanmoins l’expérience dans le christianisme, l’expérience de l’infini et du sacré en soi (le cœur, l’esprit, la conscience) et dans la nature (le monde est l’oeuvre de dieu). Avec le christianisme l’Homme devient sacré ou divin (créature de dieu donc porte le sceau du créateur, notamment en son cœur qui permet de l’aimer).

Nous pouvons ici faire une remarque intéressante touchant à l’étymologie même du mot « religion » qui vient du latin religio (is) et qui signifie « pont entre l’au-delà et l’en-deçà ». On peut encore appuyer cette remarque et comprendre davantage ce lien entre dieu et l’Homme caractéristique du christianisme en s’arrêtant sur le mot même de « pont ». Car cela permet de comprendre le terme « pontif », c’est-à-dire que le Pape entre lui-même dans cette relation de lien entre dieu et les Hommes.

Symétriquement, dieu, en devenant humain par le Christ restaure la valeur humaine et devient plus accessible puisque chaque homme peut le prier et le trouver en lui-même, en son cœur, en sa foi. Le christianisme est une religion individuelle qui se veut universelle. Cela dit même si l’humain et le divin se rapprochent, la conscience chrétienne pour Hegel est tiraillée entre son existence et son idéal. On peine à vivre cette vie terrestre entravé du fardeau qu’est notre corps en attendant une autre vie, la vraie, celle aux côtés ou en dieu.

Dans le christianisme le corps reste un peu l’objet de tentation et le péché de la conscience. Le corps est source de péché et les sept péchés capitaux se ramènent peu ou proue au corps. Dans cette logique le chrétien reste déchiré entre les besoins de la nature et les besoins de l’idéal de l’esprit ou de la conscience.

Remarque : Les trois religions créent une forme de culpabilisation dans notre rapport à la nature. Le corps doit être voilé, caché. Le corps doit s’effacer au profit de l’esprit.

  1. L’islam :

L’islam prétend faire la synthèse des deux autres religions et s’inscrit dans leur prolongement en accentuant certaines parties du dogme tout en en ajoutant d’autres. C’est la religion avant tout de l’unicité de dieu, « Allah l’Unique ».

C’est une religion de la transcendance absolue de dieu.

L’islam est une religion qui montre la grandeur de dieu, qui la révèle exactement et qui insiste sur la bassesse de l’Homme.

C’est une religion de la louange de dieu, qui lui demande pardon et aide, et qui aime rappeler les œuvres de dieu.

Le Coran est ce texte qui procède d’une communication orale de messages transmis sous forme de récitations à haute voix. L’islam s’inscrit dans le prolongement des deux religions précédentes pour les dépasser dans la mesure où elle se présente à la fois comme une révélation (comme les deux autres) mais aussi comme une philosophie de vie (charia, sunna).

  1. La foi comme sentiment interne :

Par les trois religions monothéistes, la conscience en revient à son point de départ c’est-à-dire à un état affectif. Il s’agit d’un point de départ au sens fort, au sens du premier état de conscience que nous avons étudié. Cet état affectif est cependant différent de la conscience sensible immédiate. Puisque la foi n’ignore pas la raison elle résulte d’une délibération intérieure, c’est un sentiment. (Voir le jugement de croyance).

Dans la foi religieuse la conscience cherche à se démarquer c’est-à-dire à se parfaire, comme si la logique du sentiment nous ramenait à nous-même tandis que la raison a tendance à nous déporter hors de nous-même vers le monde extérieur. Saint Augustin, un des quatre pères fondateurs de la chrétienté affirme que l’on n’a de connaissance de soi qu’en dieu. Connaître dieu permet selon lui de se connaître soi-même car dieu sait tout et il est par là le seul à nous connaître comme personne ni même nous.

Dans la foi la conscience a le sentiment de passer d’un état inférieur à un état supérieur c’est-à-dire de s’élever. Pour s’élever la conscience a besoin de modèle(s) et les trois religions précitées en proposent. Cette élévation prétend ouvrir la conscience sur l’infini c’est-à-dire finalement sur une forme d’éternité ou de vérité absolue et certaine (d’où aussi le sens du terme de « religion révélée » qui signifie qu’elles présentent la seule et la plus certaine des vérités, celle de dieu).

C’est une quête d’absolue qui lance chaque fois la conscience vers un dépassement de ses limites. Il y aurait un désir de transcendance de la conscience qui s’exprimerait ainsi. Finalement, dans la foi le désir s’absolutise. Il s’agit dans tous les cas de se rendre meilleur, de se dépasser, de se libérer. Mais paradoxalement le désir de transcendance nous ramène à nous-même.

8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Je partage l’analyse de ce article. Il s’agit ici encore de la conscience, de l’aspect « ordinateur » de l’être humain, réflexion, pensée… Je le distingue de l’inconscient, de son aspect complémentaire, ondulatoire, toujours au sens de Bohr.

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  2. Je partage l’analyse de ce article. Il s’agit ici encore de la conscience, de l’aspect « ordinateur » de l’être humain, réflexion, pensée… Je le distingue de l’inconscient, de son aspect complémentaire, ondulatoire, toujours au sens de Bohr.

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  3. LOACMATEO dit :

    Bonjour,
    Je ne suis pas d’accord avec toi. Une nouvelle fois il ne s’agit pas d’aborder l’aspect mécanique de l’Homme, que ce soit dans son comportement ou par son cerveau. Car la réflexion n’obéit pas à un mécanisme excepté peut-être celui du langage. Pour le dire autrement, la pensée de l’Homme, sa conscience, sont le même objet de deux disciplines distinctes : la psychologie et la philosophie. Mais toutes deux n’ont pas du tout les mêmes méthodes ni les mêmes visées et elles ne conduisent pas à la même chose. L’une vise à comprendre et soigner, l’autre, la philosophie vise à trouver l’ordre et la place des choses et va bien au-delà de cet objet-ci. On peut le dire ainsi et tu pourras aussi le voir dans la suite du cours quand il s’agira d’étudier l’allégorie de la caverne de Platon, notamment.
    L’inconscient est en effet d’une certaine façon complémentaire de la conscience mais il est en même temps son autre. Car là où il y a inconscient il ne peut y avoir conscience. Je n’ai accès à l’inconscient que par la conscience. Quant à son aspect « ondulatoire », une nouvelle fois je ne comprends pas ce lien avec la physique, qui plus est quantique.

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  4. Je suis d’accord avec ce que tu exprimes, mais je me place d’un autre point de vue. Je parle effectivement physique quantique et de la complémentarité onde-particule au sens de Bohr, que refusait Einstein, C’est un peu complexe, je vais réfléchir à la façon de le présenter. Je prépare un déménagement délicat, je prévois un peu plus tard un article dans mon blog.

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    1. LOACMATEO dit :

      Très bien ! Car en effet je suis loin de comprendre ce qu’est la physique, surtout une disons secondaire à celle d’Einstein. J’attends donc cet autre point de vue et donc cet article, n’hésites pas à mettre ce lien futur à la suite de ces commentaires pour que tous puissent suivre !
      Ps : je t’ai laissé un commentaire sur tes deux sites.

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  5. PFB dit :

    De passage, je dois dire que le paragraphe sur le christianisme est très approximatif,et parfois au regard de la foi chrétienne carrément hétérodoxe : ne craignez pas de creuser plus vos sources et de vous faire relire par des personnes qui s’y connaissent pour mieux présenter la position que vous voulez présenter. Bon courage.

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  6. LOACMATEO dit :

    PFB,

    De passage, sur ce qui est un cours de niveau lycée, par là il ne peut être question d’être précis si ce n’est exhaustif pour ce qui est de la chrétienté. Le but n’étant pas là, il est question de transmettre quelques distinction et une compréhension minimum et non pas complète ou suffisante de la chrétienté.
    Ainsi je suis d’accord avec vous, cette « connaissance » a à être meilleur et j’en sais quelque chose puisque j’étudie le christianisme en histoire de la philosophie depuis un moment déjà. Mais il faut aussi rester digeste et prendre en considération le public auquel on s’adresse.
    D’ailleurs et concernant le christianisme, j’ai écrit à ce sujet dans un registre plus rigoureux de philosophie, principalement dans la rubrique Philopure. Une autre est en travail pout cette année : « La révolution augustinienne de la dilection : pourquoi aimer son prochain ? »
    Sur ce, j’espère rattraper cette mauvaise impression et vous assurer un plus grand sérieux ailleurs quand dans un cours de lycée.

    Très bien à vous,
    Merci de votre réaction,
    Loac

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