Le Bac Philosophie : Programme des notions

Conscience, inconscience et désir : Introduction et Première partie : La conscience sensible immédiate.

ENTRE CONSCIENCE ET INCONSCIENCE

Sommaire :

Introduction : Les différents sens de la notion de conscience.

Les problèmes liés à la consience.

1ère partie : La conscience sensible immédiate.

A. Être conscient : qu’est ce qu’être conscient ?

B. Intuition et perception.

C. La raison ou l’entendement.

Conclusion de la première partie.

Introduction : Les différents sens de la notion de conscience :

Remarque :

Le mot notion renvoie à une idée et se distingue donc de la conception ou du concept qui est une forme de définition.

Nous pouvons relever que la conscience se décline en degré ou en niveau. Ainsi entre le fait d’être conscient de ce qui se passe en face de soi, de ce qui se passe en soi ou au delà de soi renvoie à des états de conscience différents.

Dans tous les cas être conscient signifie s’apercevoir ou se rendre compte de quelque chose.

Seuls les objets de la conscience diffèrent donc. Je ne suis pas conscient de la même manière lorsque j’ai des sensations, lorsque j’ai conscience d’avoir plus ou moins bien agit ou lorsque je crois en Dieu parce que je n’ai pas conscience de la même chose.

Être conscient de ce qui se passe en face de soi ou de l’immédiat dépend de ses sensations, de la disposition de son corps mais aussi de l’état de la réalité.

Être conscient de ce qui se passe en soi ou de soi-même revient à avoir de la mémoire, à penser, à raisonner, autrement dit, à se rendre compte de son activité psychique.

Être conscient d’un au-delà de soi ou de l’absolu implique cette fois l’idée qu’il peut exister un au-delà du monde, un au-dehors du temps ou une réalité métaphysique.

Remarque : Qu’est ce que la « métaphysique » ? Ce domaine de pensée porte sur ce qui est au-delà de la nature. C’est tout ce dont on ne peut pas avoir de sensations, par exemple la vie après la mort, Dieu. De fait, dans les réalités métaphysiques on range Dieu, la mort, le temps ou encore l’immortalité de l’âme.

En ce qui concerne la conscience que nous avons de ce qui se trouve en face de soi, c’est-à-dire le premier objet de conscience, nous pouvons distinguer dans cette réalité la nature, le monde artificiel des hommes (les cultures) et enfin les hommes eux-mêmes.

Le second objet de la conscience c’est l’esprit lui-même, l’ensemble des activité psychiques : penser, imaginer, mémoriser etc…

Ce deuxième objet de conscience c’est soi-même, c’est-à-dire son esprit et son corps.

Remarque : Différence entre l’esprit et la conscience :

L’esprit, qui signifie aussi l’âme à deux origines étymologique. La première est latine, animus qui signifie « animé », « vivre » et l’autre, grecque cette fois, psyche, signifie « souffle » qui peut nous faire notamment penser à l’expression « insuffler la vie ».

Ainsi, être conscient c’est s’apercevoir que l’on a de l’esprit.

Le troisième objet de conscience concerne les réalité métaphysiques. Dans ce cas ce dont on se rend compte n’est pas matériel, ce sont au moins des idées. La conscience des réalités métaphysiques est sans doute une conscience de réalité qui n’ont pas de limites, c’est une conscience de l’absolu.

L’absolu est ce qui est sans limite aucune, hors de toute temporalité et de tout espace qui sont deux conditions nécessaires du monde sensible (conscience de ce qui se trouve en face de soi, de son esprit et de son corps).

Les problèmes liés à la conscience :

Premier problème : lié à ce qui se trouve en face de soi :

Peut-on être conscient de tout ? Peut-on être conscient de ce qui peut arriver ? Peut-on tout connaître de ce qui nous environne ?

L’intérêt de la prévision c’est d’anticiper le désagrément, les catastrophes ou encore les tragédies.

En dehors de cela, prévoir pour prévoir n’a pas de sens et il n’est pas certain que prévoir sa vie soit fiable.

A-t-on suffisamment conscience de ce qui nous entoure ? Connait-on suffisamment son propre univers ? Est-on suffisamment conscient des autres, des autres conscinces et qu’est ce que cela signifie ?

Deuxième problème : soi. Être conscient de soi est-ce se connaître ? Être conscient de soi, est-ce possible sans les autres ?

Les complexes sont souvent une conséquence d’une image qui nous est renvoyée de soi par autrui.

Pourra-t-on un jour se connaître soi-même ? De fait, qui est-on ? Suis-je plus que ce que je fais ?

Déjà, que signifie « soi » ? Est-ce plus mon esprit ou mon corps étant donné que par l’esprit je suis une personne et par le corps un individu ? De fait, quels sont les rapports entre l’esprit et le corps ? Le corps peut poser problème à l’esprit qu’on le veuille ou non. Par exemple, lorsque le corps est atteint de maladie, l’on est psychologiquement moins performant, son humeur et ses capacités mentales sont amoindries. Encore, les complexes viennent des autres ou encore des médias mais pas de soi.

Ainsi le corps peut tirailler l’esprit, aussi quand les besoins ne sont pas assouvis ou dans le désir : ça créer des obsessions.

La question qui peut alors se poser est celle de savoir si l’Homme a encore des instincts étant donné qu’ils sont souvent jugés condamnables au profit des désirs ? Quoi qu’il en soit, la conscience nie l’instinct.

Remarque : L’Homme réfléchie (dit-on), tandis que l’animal réagit. Lorsqu’il ne réfléchie pas, l’Homme est impulsif c’est-à-dire sous l’emprise d’une pulsion et non pas sous l’emprise d’un instinct. Le seul instinct que l’on reconnaisse et que l’on puisse reconnaître à l’Homme est celui de la survie.

Troisième problème : Le rapport entre la conscient et l’au-delà de la conscience, l’au-delà du monde.

Pourquoi les humains ont-ils tendance à croire en un au-delà du monde ? Ou encore, les idées métaphysiques ont-elles un fondement physique ?

Quelle est l’origine des croyances, d’où cela provient-il ? Les hommes ont besoin de donner du sens à ce qu’ils font et la croyance s’inscrit dans cette logique du sens. Car une question cruciale qui mérite à ce qu’on lui donne sens est celle de savoir pourquoi vivre pour mourir ?

1- La conscience sensible immédiate :

A. Être conscient : Qu’est ce qu’être conscient ?

Être conscient désigne un état. Cet état nait avec l’éveil des sens, les cinq sens. Nous commençons à être conscient en ayant des sensations. De fait, si nous n’avons pas ou plus de sensations nous sommes inconscient. On peut en déduire que la qualité de nos sensations fait la qualité de notre conscience (on s’aperçoit bien ou mieux de quoi que ce soit).

On peut remarquer que la conscience qui résulte d’abord de l’activité sensorielle n’est qu’une capacité de synthèse ou bien une synthèse des informations données par les sens.

Les sens ne servent qu’à nous informer ou à nous mettre au courant de l’existence matérielle de corps environnants.

Les sensations par conséquent ne permettent pas de connaître les réalités qui se trouvent en face de soi. Informer ce n’est pas connaître. Toutes les sensations nous informent et je ne suis conscient que dans la mesure de ces informations.

Les informations sont liées au corps, son corps et les corps extérieurs. Toute sensation est un contact entre ses organes et les corps extérieurs. Les sensations ne sont donc que superficielles, on ne sent que des surfaces donc des formes.

Les sensations ne nous livrent que des images des corps, les formes. Dans tous les cas, pour mémoriser les sensations il faut qu’elles soient soit répétitives soit intenses. L’image mentale équivaut à une forme. De fait, informer c’est imprimer une forme extérieure.

Toutes les formes ne sont que des apparences, par conséquent les sensations ne portant ainsi que sur l’apparence des corps peut être trompeuse et créer des illusions. Par exemple, Platon prend l’image d’un bâton plongé dans l’eau. Nos sens voient le bâton brisé ou ondulant alors que ce dernier est bien droit.

Les apparences sont trompeuses pour deux raisons : d’une part parce que les corps sentis peuvent être mal disposés aux sensations comme l’exemple du bâton vient de l’illustrer et d’autre part le sujet peut avoir des organes défaillants, par exemple si l’objet est loin de soi ou si le sujet est défaillant de ses sens. La conscience est la synthèse des sensations.

Cela dit, cette synthèse d’idée ne peut se faire sans idées. Tant que l’on a pas d’idée, on ne sait pas ce que l’on sent ou encore on a pas de connaissance qui nous permettent de définir ces sensations. En ce sens être conscient ce n’est certes pas ignorer puisque l’on est informé de présences mais on ne possède encore aucune connaissance sur ce qui nous est livré par nos sens. En ce sens être conscient c’est être confus. Nous aurons donc tendance à substituer des sentiments sur nos sensations. L’enfant qui n’a pas encore d’idée des choses qu’il sent aura tendance à ressentir au contact de ses sensations.

Le philosophie allemand du XIXe siècle (1770-1830) Hegel désigne ce niveau de conscience qui confond sentiment et sensation sous l’expression de « conscience affective ». Par définir simplement il s’agit d’aimer ou de ne pas aimer ce que l’on sent, ce qui est un moyen de rendre cette conscience moins confuse.

Sentir c’est avoir un contact et ressentir c’est l’interpréter. Quand on a pas d’idées de ce que sont les choses on a tendance à les interpréter. Ainsi, si on ne sait pas à quoi correspondent nos sensations on peut en revanche toujours ressentir si elles sont plaisantes ou désagréables. La conscience infantile (de l’enfant) est dans cette logique, chaque contact correspond à un ressenti. Par exemple le contact du feu est désagréable, et celui de l’eau est plaisant, aussi l’enfant est moins confus quant à son environnement sensoriel.

Si sentir dépend de la chose sentie, ressentir en revanche dépend de soi. La sensation est objective en ce sens où elle dépend de l’objet et que d’autres pourraient avoir aussi cette même sensation. Au contraire le sentiment n’est que subjectif.

Nous pouvons varier les uns les autres dans l’interprétation que nous pouvons avoir des sensations. J’aime les tomates, l’autres non, il aime le froid, moi non etc. Le ressenti des individus est variable et il dépend de leur prédisposition. La sensation quant à elle ne va qu’en terme d’intensité mais elle ne dépend que de l’objet. C’est le feu qui brûle ma main, que je l’approche ou l’éloigne celui-ci brûlera toujours de la même façon.

Lorsque nous éprouvons des sensations, nous éprouvons que les qualités des corps. Ces qualités sont la température, la rugosité, la douceur, l’amertume, l’acidité, la couleur, la forme etc.

La « conscience affective » est donc une conscience de projection, car elle projette sous forme d’interprétation son sentiment sur ses sensations.

On projette son intériorité sur l’extériorité des corps. On ne se contente pas simplement de sentir ces corps mais on les ressent c’est-à-dire qu’on les classe en plaisir et déplaisir, en bon ou mauvais et ce, plus ou moins consciemment.

L’adulte, c’est-à-dire la conscience rationnelle, n’a pas nécessairement dépassé la conscience affective de l’enfance. Dans le sentiment amoureux, par exemple, il a tendance à projeter ses sentiments sur ses sensations. Pour être plus précis encore, il ne voit pas les gens tels qu’ils sont mais tels qu’il veut les voir, d’où l’expression « L’amour rend aveugle ».

Cette exemple de l’adulte nous montre donc bien une chose importante, c’est que ces niveau de conscience ne s’excluent pas les uns les autres. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas de commencer par être conscient, puis avoir une conscience affective, puis rationnelle etc. Si on commence par être conscient, s’il y a un ordre, il ne reste pas hiérarchique puisque même à l’âge adulte on peut encore avoir une conscience affective. Ces niveaux de conscience s’emmêlent, s’enchevêtre et se complètent parfois, ils font toute la complexité d’une personne. Il sont ici séparé dans un soucis de compréhension et de clarté mais la réalité de la conscience c’est l’intime relation de tous ces niveaux.

De fait, comment cette conscience va-t-elle sortir de cette confusion, celle de la conscience affective ?

B. Intuition et perception :

Etant donné que la conscience confond ce qu’elle sent avec ce qu’elle ressent elle demeure dans une forme d’inauthenticité, c’est-à-dire qu’elle n’est pas encore authentiquement elle-même. Le sujet est conscient mais il n’a pas encore conscience.

C’est avec l’apparition des idées que nous commençons à avoir conscience. Avoir conscience c’est avoir des idées. Si j’ai conscience d’une chaise c’est bien parce que j’ai l’idée d’une chaise. Les sens ne m’informent que des qualités mais elles ne me donnent pas une idée de ce que je sens.

Être conscient c’est avoir des sensations et avoir conscience c’est avoir des idées.

Par exemple si je vous montre deux doigts et que je vous demande ce que vous voyez, vous aurez tendance à répondre spontanément « 2 ». Or vous ne voyez pas cela, vous ne pouvez pas voir en tant que tel dans mes doigts le chiffre « 2 ». ce que vous voyez c’est seulement deux doigts en l’air et trois autres repliés. Vous sentez visuellement les doigts et possédez l’idée attachée à cette sensation qu’est « 2 ». Encore une fois vous voyez bien que les niveau de conscience se mélange et ne reste pas séparés, on ne passe pas de l’un à l’autre mais il y a une imprégnation de l’un dans l’autre.

On peut trouver deux origines aux idées. Soit par l’expérience des sens, à force de sentir des formes (visuelles…) on fini par opérer des synthèses. Les idées sont des synthèses, soit des stnhèses de sensations, soit des synthèses d’autres idées que l’on appel aussi concepts. Un concept est un mot qui contient en lui-même des définitions et donc d’autres idées.

L’autre origine est le langage et plus précisément l’apprentissage du langage. En apprenant les mots on apprend aussi les idées.

=> A travers l’éveil des sens ou l’expérience des sensations la conscience synthétise et constitue un premier niveau de mémoire sensible. Les idées sont des mémoires. Quand j’ai l’idée d’une chaise, ma mémoire me rappelle que j’en ai vue et m’en donne une image en conscience.

=> Par l’apprentissage des mots on acquiert les idées d’une façon théorique.

On peut donc dire que les idées ont une origine empirique (par l’expérience des sens) et théorique (par le langage).

Les idées en tant que synthèse sont des formes abstraites dans la mesure où elles découlent de l’expérience et de l’apprentissage des langues. Par des mots abstraits la conscience synthétise des formes concrètes. De fait, je ne vois jamais le mot « chien » mais toujours une forme de chient avec des poils etc.

on compare les mots à des représentations, que l’on appelle aussi intuition. Représentation et intuition sont tous deux synonymes d’idée.

Littéralement, la représentation est une présentation seconde, on « re-présente ». Ceci implique qu’il y ait eu au préalable une présentation première, celle donnée par les sensations. Les idées demandent donc du temps ne serait-ce que celui de la synthèse, de classer toutes les sensations relatives aux chiens sous le mot de « chien », ce que l’on fait avec l’enfant pour tous les objets qui l’entourent et qu’il est avide de connaître.

D’une manière générale, cette conscience qui possède des idées crée une présence en l’absence de sensation, ce qui est aussi permis grâce à la mémoire. Je n’ai pas besoin de voir un chien devant moi, l’idée que j’ai en mémoire me suffit à me le rendre présent.

Par là nous commençons à savoir et plus tard à connaître dans la mesure ou avoir conscience permet d’identifier ses sensations, le monde extérieur et éventuellement des réalité plus abstraites. La conscience d’idée est une conscience qui permet de distinguer le subjectif de l’objectif, l’intériorité de l’extériorité. Désormais elle devient authentique, le sujet conscient peut commencer à savoir, c’est-à-dire à mémoriser et à connaître c’est-à-dire déduire.

Une telle conscience perçoit c’est-à-dire qu’elle identifie ce qu’elle sent, et ce qu’elle sent c’est ce dont elle est consciente (l’objet de la conscience). La perception est une manière de projeter ses idées sur une chose pour l’identifier et c’est ce qui permet de définir. Percevoir c’est identifier par ses idées.

A partir du moment où l’on a des idées on rentre dans l’abstraction. Avoir conscience c’est avant tout tout ramener à des idées. Les sensations finissent par devenir moins importantes que les idées qui leur donnent sens. Les idées vont donner du sens que les sensations ne donnent pas, car les sensations ne sont que des informations, des qualités qui seuls ne font pas sens pour la conscience (Par exemple pour la conscience affective ou celle qui n’a que des sensations comme celle du nourrisson ou du jeune enfant).

En effet le sens donné par les idées est celui que les mots permettent, car les mots permettent la liaison d’idées qui nous fait rentrer dans le mécanisme du langage.

Le langage pour l’Homme est une faculté et constitue la raison. C’est précisément cette capacité de relier les idées par le langage par notre mémoire qui fait que nous pensons. Nous parlons du langage comme d’une faculté parce que nous naissons en tant qu’Homme avec cette capacité. Tout être humain peut toujours finir par parler. Le langage et la raison se confondent donc.

C. La raison ou l’entendement :

A partir du moment où nous relions nos idées ainsi que le dit E. Kant, nous pensons. Penser c’est relier ses idées. Le schéma logique est le suivant :

On a des intuitions (par exemple l’idée de chien) que l’on exprime sous forme de phrases qui produisent une signification des idées. Par exemple j’ai l’idée de chien et celle de mammifère, et je dis « Le chien est un mammifère ». De fait ma phrase donne du sens aux idées, car le chien n’est plus seulement chien mais se définit comme mammifère et l’idée de mammifère est elle aussi complétée dans sa définition du fait que l’on sait avec cette phrase que l’idée contient celle de chien.

Les idées n’ont donc de sens que si elles sont exprimées, c’est-à-dire mises en phrases ce qui permet à la fois de ne pas les oublier et en même temps de les concrétiser. Une idée est concrète quand elle s’exprime dans le langage. Le langage n’est qu’une concrétisation de l’abstraction des sensations par les idées. Tout est dans la liaison permise par la raison, la raison devient grammaire de l’esprit, elle règle avec le langage ma manière d’utiliser mon esprit.

Grammaire doit s’entendre au sens où elle me permet de faire des phrases mais aussi de les relier entre elles.

A partir du moment où là conscience est rationnelle elle ne cesse de relier des idées, ce en quoi toute rationalité s’exprime par un langage. Et le premier des langage c’est la parole. Ensuite il est intéressant d’avoir à l’esprit la parole n’est pas non plus le seul langage, les arts sont aussi des langages.

La parole est faite pour exprimer à travers la langue commune des choses commune et une réalité commune. La parole exprime avant tout de la raison c’est-à-dire des liaisons, des mises en rapports que nous pouvons tester dans la réalité ou déduire par nous-même. En ce sens parler est une preuve de raison. Mais si la parole est le meilleur média pour exprimer tout ce qui relève de la raison, les arts expriment mieux l’irrationnel, c’est-à-dire tout ce qui est subjectif et singulier comme les sensations ou les sentiments.

On peut donc considérer que ne serait-ce qu’à travers la parole, la conscience rationnelle est une conscience qui juge. Parler revient finalement à juger. Si je dis cette chaise est rouge, je me prononce sur la chaise, je m’avance sur ce qu’elle est ou encore, je juge par cette phrase de sa couleur.

L’entendement par rapport à la raison renverrait précisément à ce pouvoir de juger c’est-à-dire de penser selon des règles et de penser les règles en général.

Juger revient à se prononcer sur quoi que ce soit et cette capacité relève de la raison et elle s’exprime dans le langage en général et la parole en particulier. Chaque fois qu’on parle, on juge, au sens où on produit une synthèse qui prouve l’unité de sa conscience, ce que chaque phrase illustre assez bien. Une telle conscience est sortie d’une forme de naïveté même si ces jugements peuvent n’être que des jugements d’opinion ou de croyance.

Kant remarque qu’il existe finalement trois types de jugement chaque fois que nous parlons. Il s’agit des jugement d’opinion, de croyance et de connaissance.

En effet dans tout jugement on peut distinguer ce qui le déclenche et ce qu’il vise. Kant, dans sa « Logique » explique que les jugements « sont des évènements qui surgissent dans notre entendement » et qu’il nomme des « assentiment ».

ce que le jugement vise c’est souvent une vérité. Et c’est dans cette logique du déclenchement ou de la visée que s’inscrivent les opinions, les croyances et les connaissances.

1- L’opinion : Kant, La logique, Chapitre 9 de son introduction : « L’opinion ou l’assentiment fondé sur une connaissance qui n’est suffisante ni subjectivement ni objectivement peut être considérée comme un jugement provisionnel dont il n’est pas facile de se passer. Il faut commencer par l’opinion avant d’admettre et d’affirmer (…). C’est par l’opinion que nous commençons la plupart du temps dans nos connaissances, parfois, nous avons un obscur pressentiment de la vérité ; une chose nous paraît comporter des caractères de la vérité ; nous possédons déjà sa vérité avant de la connaître avec une certitude déterminé. »

De fait, la chose importante à retenir est qu’il ne faut pas prendre une opinion pour une connaissance.

Une opinion n’est qu’un jugement provisoire, c’est une avis, une idée reçue soit parce qu’on nous a convaincu, soit parce que nous n’avons pas encore les moyens de savoir par nous-même. A un certain égard l’opinion se forge par la confiance que l’on a dans l’autorité de ceux qui la communiquent. Faire confiance est donc vecteur d’opinion d’autant plus que l’on a pas toujours les moyens de vérifier ce dont on parle, par exemple les opinions politiques, religieuses…

Les informations livrées telles quelles créent aussi des opinions. À partir du moment où on sépare un jugement de la démarche qui l’a rendu possible, on créer une opinion. Les connaissances peuvent se transformer en opinion à partir du moment où on a oublié d’où elles viennent.

2- La croyance : « La croyance ou l’assentiment pour une raison qui est objectivement insuffisante mais subjectivement suffisante se rapporte à des objets concernant lesquels non seulement nous ne pouvons rien connaître mais même nous ne pouvons avoir une opinion. »

Distinction entre subjectif et objectif :

Objectivement : valeur collective, pour tous, ou démontrer en raison.

Subjectivement : Valeur individuelle, ce qui n’a de valeur que pour soi.

L’assentiment est un ressenti. Et la croyance est aussi un assentiment et peut être davantage encore que l’opinion parce que croire est une affaire de sentiment. Il suffit de ressentir, de faire une expérience pour éventuellement croire car la subjectivité est seule suffisante. En revanche on ne peut objectivement fonder ce qui fait croire, c’est-à-dire en rendre raison. Elle suffisante subjectivement mais elle ne l’est pas objectivement. On ne peut pas rationaliser une croyance sinon en la dénaturant. La croyance se fonde donc sur une confiance subjective qui n’a pas nécessairement besoin de se justifier. Croire ne nous fait pas connaître, parce que nous restons dans la subjectivité.

3- Le jugement de connaissance : Le jugement de connaissance est un jugement qui cherche à démontrer et donc à prouver sa vérité par une démarche déductive (déduire c’est tirer une vérité d’une autre vérité).

Etymologiquement, connaître en latin c’est cum nascere, « naître avec ».

Déduire c’est défaire dans un ordre précis, c’est démontrer, c’est raisonner.

Connaître c’est exploiter ses capacités. On peut établir à partir de cela que la savoir est une conséquence de l’activité qui consiste à connaître.

Savoir a rapport avec la mémoire, c’est avoir avec soi alors que la connaissance est une manière de forger sa mémoire, c’est de la méthode.

Le savoir c’est que l’on a avec soi, ce que l’on possède c’est-à-dire de la mémoire. En apprenant par connaître on finit par savoir. Mais le savoir dont on a oublié dans quelle mesure il découle de la connaissance devient une opinion.

On peut donc distinguer synthétiquement deux origines au jugement, l’expérience d’un côté et de l’autre ce que Kant nomme l’« a priori », ce dont on ne peut faire l’expérience mais qui rend pourtant toute expérience possible, comme par exemple l’espace et le temps.

La raison, dans la mesure où elle compare, lie et sépare les idées, est une faculté d’analyse et de synthèse.

On apprend à connaître ce qui nous entoure (les objets de nos sensations) en ramenant les choses à des idées. Finalement, les sciences ramènent la réalité matérielle ou sensible à des formules ou des idées. Connaître c’est intellectualiser. La réalité par conséquent fini par désigner la connaissance qu’on en a et Kant affirme nettement que cette connaissance n’est jamais qu’une conséquence de l’expérience des sens.

Il faut bien que dans la réalité quelque chose me pousse à connaître, car il n’y a pas de gratuité des connaissances, elles sont intéressées.

L’expérience limite les connaissances et en reste à un forme de subjectivité. Étant donné que toute expérience est expérience des sen, elle dépend du sujet et y est limitée. Sous cette forme elle ne s’enseigne pas. Tout ce qui dépasse l’expérience dépasse les sens :

Tout ce qui est de l’ordre de l’abstraction dépend de la raison. De fait pour accéder à l’bstraction il faut raisonner.

Tout ce qu’on ne peut pas sentir il faut le déduire.

Remarque sur la notion de nécessité :

La raison est par le discours une déduction, une démonstration qui fondent la nécessité. Est nécessaire ce qui a été démontré. Autrement dit est nécessaire ce qui ne peut être autrement. On oppose de façon classique la nécessité au hasard, à la contingence c’est-à-dire ce qui n’est pas nécessaire, ce qui peut être autrement.

Il y a donc deux conditions du jugement, la première par ou après expérience c’est-à-dire après sensation. Kant appelle cela l’« a posteriori ». La seconde condition est avant l’expérience, en raison, par démonstration c’est-à-dire a priori. Donc tout ce qui est a priori c’est selon la raison et a posteriori c’est selon l’expérience.

Conclusion de la première partie :

Finalement la conscience rationnelle est une conscience qui juge. À partir du moment où nous jugeons nous cherchons à connaître à un moment ou un autre et dans la maturation de la conscience le savoir et la connaissance constituent un premier contenu stable. Ce que nous sommes dans un premier temps dépend de ce que nous savons.

7 réflexions sur “Conscience, inconscience et désir : Introduction et Première partie : La conscience sensible immédiate.

  1. Pingback: Conscience, inconscience et désir : Introduction et … – PHILOSOPHIE | Thomassonjeanmicl's Blog

  2. Bonjour,
    Alors déjà il ne s’agit pas d’analyser la conscience par le cerveau car il n’est pas question de neuro-science. Si ce premier cours comporte en effet des éléments se rapprochant d’une étude du comportement ce n’est pas de cela dont il est question, c’est-à-dire qu’il n’est pas question de psychologie. La philosophie n’étudie pas la logique ou le fonctionnement du comportement humain relativement à celui du cerveau mais elle élabore des définitions, puis des concepts pour établir des raisonnements, des vérités voir des visions du monde. On voit bien dans ce cours qu’il est question d’éclaircir la notion de conscience, d’en faire le tour pour en développer toutes les ressources (contradictions, paradoxes, problèmes, tension etc.).
    De fait, la physique et donc Bohr n’intéresse pas notre sujet. Il te sera possible de constater dans la troisième partie de ce cours sur la conscience que l’étude de la nature physique n’est pas ce qui intéresse la philosophie. La philosophie lui donne une place dans la logique qui est la sienne, celle d’établir un ordre.
    Pour ce qui est de soutenir, si j’ai bien compris, que la conscience ne se réduit qu’à un objet, le cerveau et que celui-ci peut à son tour être réduit à la machine (l’ordinateur), et bien je te répondrai déjà que le cerveau n’est pas l’idée. S’il véhicule par des phénomènes physico-chimiques des informations telles que la pensée, rien ne te dis que la pensée peut être réduite à une simple activité cérébrale. Car en soi, une pensée, une idée, celle de chien par exemple, n’a rien de matérielle. La pensée est immatérielle, elle est une trace, au moins une mémoire qui permet de rendre présent à la conscience des objets qui ne se trouvent plus à la portée de ses sens.
    Tu remarqueras aussi qu’il n’est pas une seule fois fait mention du cerveau dans ce cours et que la distinction subjectif/objectif est souvent rappelée.
    Pour prendre un exemple physique, en biologie le problème est similaire, à savoir si l’ADN n’est qu’un programme tel que celui de l’ordinateur qui traite des informations ou si l’ADN est plus que cela ? A ce propos, je te renvois au sujet « Peut-on réduire le vivant à une machine ? » dans la rubrique « Philopure ».
    Voilà je ne t’en dis pas plus et te renvois à la suite de ce cours que je suis actuellement en train de préparer.
    Si je n’ai pas satisfait ta question n’hésites pas non plus à me le faire savoir car je ne comprends pas pourquoi tu mets en rapport l’inconscient à une notion de physique.

    En tout cas merci pour ta question et l’intérêt dont elle témoigne !

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    • Intéressant de visualiser l’évolution de la conscience collective de nos civilisations et leurs croyances, leur limites, leurs obstacles…..Suis je le résultat de ma propre conscience ou de la conscience collective ? Mon conditionnement neuronal façonne mon inconscient, mais alors qui suis je en conscience ? Il existe aussi des états d’hyperconscience ou le sujet sort de son propre conditionnement voir collectif, mais alors dans ce cas c’est quoi la conscience. Dans ces états l’impression est que la conscience ordinaire fissionne avec l’inconscient, ce qui rend l’inconscient éveillé dans la réalité du moment ! mais alors c’est quoi éveiller sa conscience ?

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    • Intéressant de visualiser l’évolution de la conscience collective de nos civilisations et leurs croyances, leur limites, leurs obstacles…..Suis je le résultat de ma propre conscience ou de la conscience collective ? Mon conditionnement neuronal façonne mon inconscient, mais alors qui suis je en conscience ? Il existe aussi des états d’hyperconscience ou le sujet sort de son propre conditionnement voir collectif, mais alors dans ce cas c’est quoi la conscience. Dans ces états l’impression est que la conscience ordinaire fissionne avec l’inconscient, ce qui rend l’inconscient éveillé dans la réalité du moment ! mais alors c’est quoi éveiller sa conscience ?

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  3. « Être conscient c’est avoir des sensations et avoir conscience c’est avoir des idées. »
    Donc, plus on A conscience, et moins on EST conscient…?
    En effet, la conscience ne peut en même temps être présence à la sensation et à l’idée…

    « La perception est une manière de projeter ses idées sur une chose pour l’identifier et c’est ce qui permet de définir. Percevoir c’est identifier par ses idées. »
    Je ne pense pas. Percevoir est un préalable à l’idée, et identifier ce qu’on perçoit à une idée n’est plus percevoir directement ce qui est. Ou alors mon chien ne perçoit quasiment rien…

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  4. Philippe bonjour,
    Je commence par votre première question « Plus on a conscience moins on est conscient ? ». Au vue de la définition proposée par ce cours on peut en effet affirmer cela, que plus on a d’idées moins la conscience porte son attention sur ses sens. Il ne faudrait peut-être pas non plus penser que plus on a d’idées moins on a de sensation. Quelque soit le nombre et l’importance des idées, les sensations restent ce qu’elles sont, ce n’est pas parce que j’ai une idée de chien que mes yeux se ferment lorsque j’en vois un. On a toujours des sensations, seulement elles ne sont plus de la première importance à mesure que l’on acquière les idées.
    Ensuite il faut noter que la chose n’est as aussi simple, que ces deux modalités de conscience peuvent coïncider. Ce peut être le cas quand il a perception. La perception, percevoir, consiste à se faire une idée, à discerner et comprendre une sensation pour s’en faire une idée.
    Aussi en viendrai-je à la seconde question qui porte justement sur la perception. Percevoir c’est définir une sensation. Si je perçois « quelque chose » là-bas, je ne le distingue pas encore nettement, donc autre chose est nécessaire à cette clarification. Cet autre chose c’est l’idée. Aussi dans la perception l’idée est au service de la sensation, elle augmente la capacité d’assimilation des données extérieures aux sens. En ce sens la perception peut être un préalable à l’idée mais secondairement. C’est l’idée qui est le préalable à la perception ce pourquoi un bébé ne perçoit rien mais il sent simplement, parce qu’il n’a pas la moindre idée pour distinguer et donc percevoir la signification de ce qu’il sent.
    Par là je ne comprends pas votre conclusion sur le chien, peut-être pourriez-vous éventuellement la préciser en vous demandant tout de même s’il possède à proprement parler des « idée ».
    Cordialement,
    Loac

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