PHILOTHÉRAPIE : Article n°23 : « Comment se soumettre à la souffrance »

Si la philosophie est réputée ne pas être une discipline comme les autres, s’exprimer à son sujet n’est une chose aisée pour personne. Et de fait elle revêt un caractère fortement scientifique, mais aussi littéraire, artistique, psychologique, sociologique ou encore politique. Tous ces aspects dont la liste est loin d’être exhaustive se confondent et se co-pénètrent et s’inspirent aussi d’une autre dualité, celle de l’objectivité et de la subjectivité. Ces thèmes chers aux bacheliers et très jeunes philosophes peuvent à peine être considérés comme une matière de base à la philosophie car leurs acceptions quasi indéfini ne leur laisse être presque que des mots ainsi exposé en dehors de tout contexte réflexif. Mais puisqu’il s’agit tout de même d’un repère, c’est du caractère subjectif de la philosophie dont il va ici être question. Car si c’est une science, le philosopher est aussi un exercice de vie, une sorte de thérapie vital pour l’esprit, une sotériologie. Quand on dit couramment qu’elle apporte beaucoup sur un plan personnel, outre ce que l’on appelle le plaisir intellectuel on ne sait finalement pas de quoi il s’agit vraiment. C’est de ce point que je vais traiter en montrant que la philosophie théorique peut s’avérer d’un précieux recours dans les moments difficiles de la vie. Je vais donc tout d’abord me pencher sur la souffrance, la douleur. Il me semble nécessaire de développer cela car nous savons tous ce que c’est que de souffrir et nous savons tous plus ou moins que nous aurons à souffrir sur le plan affectif ou professionnel.

Mais de quoi parlons-nous quand nous parlons de souffrance ? Je fais ici référence à un choc d’ordre mental, une souffrance qui empêche toute positivité, qui empêche tout repos, qui torture l’esprit au point de faire mal au ventre, de ne plus manger ou dormir, une souffrance qui jailli constamment, qui constamment fait pleurer et nous emprisonne dans un présent unique et constant, le présent de cette souffrance. C’est une foudre permanente, un feu sans cesse brutal, des coups, un mouvement impétueux qui tiraille son être en tous sens, sans ménagement, sans répit et dans un vacarme qui assourdi la pensée. Dans ces circonstances rien ne semble pouvoir éteindre ou calmer ce trouble. Le passé n’a plus d’intérêt, il n’apprend plus rien, il est aussi douleur. Le futur est sombre et éteint et paraît ne plus rien promettre que cette torture panique de chaque instant. C’est en cela que nous sommes emprisonnés dans le présent, le présent de la douleur. C’est comme l’enfant qui joue et qui tombe en s’égratignant le genoux. Il a mal et ne regarde que son genoux écorché. Il est seul et dans sa seule douleur, là, penché au dessus de son genoux ensanglanté. Il ne voit plus rien, il ne sait plus qu’il s’amusait quelques instants avant, il ne voit plus la beauté de la campagne qu’il arborait gaiement, il ne sent plus le soleil chauffer agréablement sa peau, il ne pense plus à l’heure du goutté approchante ; il a mal. Pour un enfant nous connaissons le destin de sa douleur, elle se tari et se transforme en bonbon ou en câlin maternel. Mais pour une douleur comme celle que j’ai exprimé plus avant, la réponse n’est évidemment pas aussi simple.

Que faire quand la peine nous emprisonne ainsi dans le présent ? Comment rebondir, comment suivre ses principes ou les conseils de ses proches quand il y en a alors que nous ne sentons plus même notre propre vitalité ? Le problème ou disons, le biais par lequel nous pouvons tenter un tour de force à ce mal c’est la concentration. Notre concentration est mirée sur le mal, il s’agit de la détourner par le « penser à autre chose ».

Pensez à votre trajet quotidien et à ce que vous y voyez, par exemple un arbre. Vous déménagez et dix ans plus tard vous repasser vous promener sur ce trajet. La nostalgie que vous ressentirez à la vue de ce même arbre vous montrera que votre regard n’est plus le même parce que vous penserez à autre chose. Peut-être que pendant les années où vous avez résidé à cet endroit, ce trajet vous faisait penser à autre chose et cet arbre n’était qu’une vue passive de ce qui entourait ou conditionnait vos pensées d’alors. Mais en revenant dix ans plus tard, vous penserez à autre chose, vous penserez à revenir en ces lieux pour voir, pour voir ce trajet. C’est pour cela que vous remarquerez peut-être quelque chose que vous n’aviez jamais vu, un détail qui pourtant aurait du sauter aux yeux depuis bien longtemps et qui vous en apprendra sur ce qui n’était qu’un banal quotidien auparavant. C’est ainsi qu’il faut faire avec la souffrance, détourner votre attention par ce « penser à autre chose », penser à autre chose en le pensant différemment, en regardant avec un œil plus averti. C’est ce que font les amoureux de la nature, ils sont éveillés à ce qui est autour d’eux, ils n’ont de cesse d’apprendre des choses, des noms de végétaux, de nouveaux chemins. Ainsi ne pense-t-il pas à la douleur de la marche, la peine de la soif ou à la fatigue. Leur attention est détournée par quelque chose de plus fort et de plus vital que l’affaiblissement de l’effort.

Plus communément, on nous conseil de se lancer dans un projet, monter une entreprise, se remettre à la danse, au dessein etc. et c’est une très bonne chose car non seulement on « pense à autre chose » mais on matérialise cet acte par une production matérielle à laquelle on peut ensuite se rattacher et poursuivre sa guérison.

La douleur peut donc être vu à double face complémentaires, comme la ligature d’un bonsaï. Pour donner une autre forme plus adéquat à un bonsaï on peut peut lui faire une ligature pour changer la direction de ses branches. Il s’agit d’enrouler une tige de cuivre ou d’un autre métal selon le besoin autour de la branche pour ensuite pouvoir la modifier. La peine est un peu comme cette tige, elle fait mal, elle contraint et elle restera longtemps si ce n’est pour toujours puisqu’elle nous trace une trajectoire différente. Ce qu’il faut, c’est détourner son attention de cette douleur pour voir l’ensemble de l’arbre, ce qu’il était, ce qu’il est et ce qu’il deviendra. Ainsi pourra-t-on nous même avoir la force de donner une forme à ces branches ligaturées pour reprendre le contrôle de l’arbre, de sa vie. En cela nous dépassons la douleur en l’intégrant, thèmes chers à la philosophie de Canguilhem (Le normal et le pathologique) ou, en des termes plus freudien, il s’agit ici de sublimer la douleur, d’en faire une valeur positive pour soi.

Voilà un aperçu de ce que peut la philosophie pour soi, pour soutenir ce qui parfois est le poids de notre vie. Elle nous apprend que la douleur est ce qui donne goût à l’existence. Car sans douleur, sans souffrance, la vie ne serait pas possible car nous serions dans un état latent d’inertie. Ce qu’il faut donc c’est apprendre à souffrir, savoir faire de la douleur la pierre de touche de nos quêtes de bonheur individuelle. Comme le dit Platon, « philosopher c’est apprendre à mourir », ce qui prend une toute autre profondeur sous le prisme que nous avons développé. Et quelle autre discipline que la philosophie le permet ? Je laisse la question ouverte. Et si l’on me disait que l’on peut faire cette expérience sans philosophie je répondrai déjà « Bien heureusement ! » Et j’ajouterai que la philosophie ramasse, glane et profane tout ce que la vie à en secret au sein de son sanctuaire qui n’est autre que l’existence.

En espérant vous avoir fait penser à autre chose ; soyez heureux !

Bien à vous,

Loac

2 réflexions sur “ PHILOTHÉRAPIE : Article n°23 : « Comment se soumettre à la souffrance » ”

  1. Monsieur Galibert bonjour,

    Votre question est pour le moins pertinente et je pense qu’en répondant à la première la seconde sera du même coup considérée. Déjà j’expose ici (dans cet article) l’idée du « penser à autre chose » dans le contexte d’une souffrance à laquelle on voudrait se soustraire et non pas dans une quête de bonheur, ce qui n’est pas la même chose. Cependant, l’idée de penser à autre chose pour être heureux demeure intéressante hors de ce contexte. Parce que d’une certaine façon c’est ce qu’il s’agit de faire dans et par l’exercice philosophique. Sous le prisme de cette idée, philosopher c’est se convertir presque incessamment à d’autres pensées ou à d’autres objets de pensée. Il suffit de penser à tous les champs que recouvre l’exercice de la pensée pour s’en rendre compte. Mais considérée seulement ainsi, l’on pourrait tout aussi bien objecter que cette conversion incessante est aussi ce qui peut conduire à une certaine forme de malheur. Ne dit-on pas en général du philosophe que c’est un esprit torturé qui oublie de vivre à force de chercher à trouver le sens de cette vie ? C’est-à-dire que penser à autre chose ne doit pas non plus impliquer une certaine forme d’instabilité, finalement une perte de concentration qui enferme dans le présent, ce qui peut être illustré par l’analyse de mon article. De fait, pour répondre plus directement à la question « Faut-il penser à autre chose pour être heureux ? » je répondrai oui mais à condition de savoir choisir cet autre chose, d’apprendre à reconnaître ce qui nous entoure pour faire le bon choix, celui d’une vie meilleure et de fait, par l’acte conscient ou non du « philosopher » (Cf. conclusion de l’article).

    Ma réponse n’est donc pas fermée puisque de fait elle appel à bien d’autres voies de réflexion. Par ailleurs, je suis passé sur votre propre site que je trouve très intéressant et particulier dans son originalité et son sérieux. Quand j’en aurai plus le temps, je le visiterai plus sérieusement.
    Enfin, je tiens à m’excuser pour ce délais de réponse car je suis entre autre en pleine rédaction d’un travail universitaire sur l’Islam. Aussi n’ai-je pas eu le loisir de me plonger dans la lecture de vos productions auxquelles je me suis toutefois abonné. Pour finir, permettez-moi de faire une remarque justement vous concernant. On ne peut pas situer vos écrits par rapport à vous puisque vous ne faite pas mention de votre parcours. C’est quelque chose qui à mon sens peut être important et peut même éclairer vos lecteurs quant à vos travaux.

    Si vous avez des remarques me concernant, n’hésitez pas à me les faire parvenir. Je vous remercie pour ce commentaire et vous souhaite une excellente journée.

    Très cordialement, Loac

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