PHILOTHÉRAPIE : Article n°21 : « Une autre possibilité : la voie du plaisir »

L’affairement du monde, sa fièvre, nous ne cessons de le déplorer. L’humanité est en effervescence, sans repos ni répit. N’y a-t-il pour autant qu’affolement, angoisse, désarroi, énervement, trouble et excitation ? Est-ce là notre lot ? Nous ne pouvons pas nous y résoudre ne serait-ce que par ce que nous combattons, nous cherchons, nous ouvrons les yeux. Nous avons cette énergie qui, en nous, nous commande d’avancer, de chercher le plaisir, d’aimer, d’être aimé. Et nous ressassons pour ainsi dire toujours les mêmes moyens pour y parvenir, le même regard. Et il est bien difficile de changer de regard, d’en changer radicalement, à la racine. Car nous semblons toujours pris dans une position politique, dans une opinion, une pensée ou des habitudes. Que faut-il changer en nous alors ? Peut-être que la question est mal posée, peut-être faut-il ne rien changer, s’immobiliser, arrêter sa course. Ici commence une expérience de pensée plus qu’innovante pour notre époque bien qu’elle soit en réalité très ancienne.

Nous sommes à présent là, fixe, posé en notre âme et corps au balcon de notre vie, de ses difficultés, de ce monde et de ses enjeux. C’est déjà un changement, un vrai changement par ce qu’à cet instant déjà nous n’avons pas le même regard. Par ce que nous ne cherchons pas une pensée, une opinion ou quelque chose de ce genre. Nous cherchons un refuge dans le lieu le plus sûr que nous puissions trouver ; soi-même. Le voilà ce changement, et il se fait par un changement des yeux eux-mêmes, une véritable et radicale conversion du regard. Ce sont ce que l’on appelle couramment les yeux de l’âme, les fameux. Bien entendu nous les possédons toujours puisque fort heureusement nous possédons un esprit, nous pensons ce qui en soi relève de cette vision. Nous sentons cet autre vue par intuition, sans vraiment en avoir conscience, par exemple lorsque nous tombons amoureux de quelqu’un. Nous avons pour ainsi dire une double vue de l’être aimé. Nous voyons son corps, bien entendu mais aussi sa beauté. Et c’est à ce point que nous avons tendance à perdre de vue les yeux de l’âme. Par ce que nous pensons voir la beauté de celui ou celle qu’on aime à travers son corps, et donc à travers nos yeux charnels. Or il n’en n’est rien. Car en tant que tels, nos yeux ne voient en l’autre qu’un corps charnel. Quand nous voyons l’être aimé nous ne voyons pas sa beauté en tant que telle mais un corps. C’est pour cela que nos goûts et nos attirances diffèrent, par ce que les corps ont différentes façons d’exprimer cette beauté. Cependant il y a bien quelque chose que nous avons tous en commun quand nous aimons des corps différents, c’est l’amour du beau. La beauté ne relève donc pas du corps mais de quelque chose d’autre, quelque chose qui relève de l’âme et auquel notre âme est sensible. Voilà comment nous pouvons convertir notre regard vers quelque chose de supérieur, les yeux du corps vers ceux de l’âme. Ainsi l’expérience du beau nous permet-elle à tous de nous élever du sensible, du matériel vers l’idée, ici l’idée de beau par l’amour. Ceci explique cela dit en passant l’intérêt de la philosophie pour l’art, l’esthétique ou encore l’apport de la philosophie pour la religion, notamment chrétienne avec le philosophe saint Augustin.

Bien, à présent que nous sommes au dessus du corps, du monde physique et de ses turpitudes, nous ne pouvons pas rester là. Car ce passage vers le beau, que l’on peut aussi appeler la beauté intelligible, celle que l’on comprend dans sa réalité comme nous venons de le faire, n’est pas l’ultime étape de notre expérience de pensée. Si nous aimons le corps de notre amoureux(se), puis, en passant l’illusion d’une beauté corporelle que nous aimons la beauté en elle-même, l’idée de beau, nous pouvons encore aimer quelque chose de supérieur. Déjà, aimer le beau en tant que tel n’est pas une chose claire et manifeste pour nous. Qu’est ce qu’aimer le beau intelligible, le beau qui n’est que beau, sans corps ? En fait-on l’expérience ? Oui, nous éprouvons le beau en lui-même par exemple à travers l’acte de justice et l’acte moral. Les héros de l’histoire ou de la fiction en sont notre démonstration. Quand on aime des grands hommes comme Nelson Mandela, Barack Obama, Socrate, Saint Augustin, Charles de Gaulle etc. nous n’aimons pas ces hommes pour eux-mêmes. Nous ne les aimons pas comme nous aimons notre partenaire mais nous les aimons pour ce qu’ils ont accompli, pour leur être. Ces hommes ont été courageux, braves, moraux, bons, justes, sages, clairvoyants etc. Nous pouvons résumer ces qualités de leur être par ces deux concepts que sont la justice et la vertu. En effet nous pouvons dire qu’ils ont été juste et vertueux. Pourquoi la vertu ? Par ce que la vertu se manifeste par un acte moral, être vertueux c’est avoir la capacité d’agir moralement. Et nous trouvons que ces actes sont de belles actions, de belles preuves de grandeur d’âme. Ainsi au dessus du beau vient-on de trouver l’étape suivante de l’ascension de notre nouveau regard, la justice et la vertu ; les belles actions. Avant d’y venir et concernant les héros, nous éprouvons le beau en soi dans les héros de fiction, notamment lorsqu’ils périssent à la fin. Pour ces dames, la mort de Jack Dawson dans le film Titanic leur fait éprouver de la tristesse jusqu’aux larmes souvent. Mais elles, parfois ils, ne pleurent pas pour Jack lui-même puisque ce n’est pas leur amoureux. Elles éprouvent du chagrin bien plus pour ce qu’il représente, ce qu’il porte en lui, la beauté de son être, sa grandeur d’âme, sa liberté, sa bravoure, son altruisme ou encore le « prince charmant ». Ainsi éprouve-t-on une grande tristesse face à la perte d’un si grand amour, amour de ce qu’il y a de plus beau à aimer au dessus de tout corps, amour du juste et du bon, amour de l’Amour.

Quel changement ! Comment en quelques minutes de lecture est-on passé du mal absolu en ce monde à l’amour de ce qu’il y a de plus beau au dessus de tous ces maux ! Et on ne pourra pas dire que cela n’est pas réel, car l’on taxe souvent ce genre d’expérience de pensée utopique ou de rêverie. Mais ce que nous venons de penser n’est pas un rêve, et il y en a des démonstrations, des expériences que nous faisons tous au moins une fois au cours de notre vie. Ce n’est ni un rêve, ni une utopie mais bien une expérience de pensée en tant que telle, concrète et méthodique. Et il n’y a pas lieu qu’elle soit interrompue !

Morale, vertu et justice sont ainsi plus pure que la beauté, plus élevés tout en l’incluant. C’est-à-dire que si la morale est supérieure à la beauté, l’acte moral n’en est pas moins un bel acte. Pour chercher ce qu’il peut y avoir de supérieur à la morale et la justice nous avons un indice. Oui un indice s’est glissé sur notre parcours de pensée dans notre vocabulaire. Je viens de dire qu’il y avait quelque chose de plus élevé et de plus « pur » que la beauté en désignant justice et vertu. Ce mot « pur » nous indique quelque chose et c’est même le vecteur principal de notre démarche. Comment le sais-je ? Je le sais grâce à Plotin, philosophe néo-platonicien et un des plus grands penseurs de l’Un. Car ce que nous avons fait, c’est partir de la multiplicité du monde matériel, des affaires, des préoccupations en tout genre pour nous élever vers quelque chose de plus pur, de plus unifié ; la beauté. Grâce à notre capacité à éprouver le beau par notre âme et l’expérience de l’amour nous avons changé de regard. En surplombant le regard du corps par le regard de l’âme nous avons décelé la beauté intelligible, puis la beauté de ce qui est juste et moral. Ainsi avons-nous trouvé quelque chose de plus pur encore que la beauté, de plus unifié ; moral et justice, ou le Bien. Et à présent, pour trouver ce qu’il y a de plus pur que les belles actions justes et morales nous pouvons enfin nous tourner vers Plotin qui nous fourni l’ultime réponse ; l’Un. Ce qu’il y a de plus pur que la justice pure et la morale pure, le Bien, c’est l’unité pure. Qu’est ce que cet « Un » et comment l’atteindre enfin est quelque chose de bien complexe, certes pas inaccessible mais dont l’explication nécessiterai un développement trop long.

Ce qui compte ici pour nous c’est d’avoir trouvé un nouvel horizon, autre que ces tourments, ces soucis, ces malaises, ces anxiétés, ces appréhensions et ces craintes qui nous emprisonnent quotidiennement. Face à cet immense puis de maux nous venons de trouver un puits de Bien, d’unité, retranché en nous-même pour se rééquilibrer des troubles qui nous touchent incessamment. Mais ceci n’est que l’affaire d’un instant me direz-vous, cela ne peut pas durer plus longtemps que la lecture de cet article à moins que de vouer sa vie à la philosophie, la méditation ou la prière. Mais fort heureusement pour nous il n’y a pas que ces voix pour faire de ce bel horizon aussi notre lot quotidien. Pourquoi allez-vous au cinéma voir Titanic ? Pourquoi lire Harry Potter ? Pourquoi se risquer dans une relation amoureuse ? Pourquoi faire du sport, dessiner, cuisiner, jardiner, créer, innover, sublimer, aimer ? C’est tout cela qu’il faut cultiver pour cultiver cet horizon plus philosophique. Car en effet la philosophie n’est pas une discipline à laquelle il est aisé de s’exercer et j’imagine que peu de personnes liront ceci. Mais ce qui est important c’est de convier à l’amour, s’aider ainsi et aider les autres sur cette voie en les conviant à faire les expériences que nous avons décrites, en exhortant à une morale juste. Car si en tant que telle la philosophie n’est pas à la portée de tous, nous sommes néanmoins tous à sa portée. Ainsi pourra-t-on être lucide et optimiste, plus reposé et dispos face aux tourments du monde qui n’en sont pas moins réels et capitaux pour autant. Mais au moins sera-t-on ravis de vivre, enthousiaste et armé de ressources intellectuelles et spirituelles pour faire face à l’enjeu de l’existence.

Bibliographie :

Plotin, Ennéades, I, 6, Sur le beau


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