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PHILOPURE : Commentaire : W. V. Quine, « La poursuite de la vérité », 3. « L’imprégnation théorique »

Pour s’opposer à la philosophie intuitionniste bergsonienne et à la phénoménologie notamment hégélienne, la philosophie analytique vise à fonder et encrer solidement la science sur une distinction entre énoncés d’observation ou informatif et énoncés théoriques. C’est pourquoi la première section de La poursuite de la vérité de W. V. Quine porte sur « Stimulation et prédiction » et la seconde sur « Les énoncés d’observation ». Aussi rappelle-t-il à la page 26 de cette fin de seconde section « Que les énoncés d’observation aient un double rôle – comme véhicule pour la science de l’apport empirique et comme outil premier pour accéder au langage […]. Les énoncés d’observation sont le lien entre le langage, scientifique ou non, et le monde réel que concerne le langage. »

Ces énoncés d’observation doivent répondre à deux exigences, « exigence d’une correspondance directe avec des parcours de stimulation » qui sont « intersubjectivité et correspondance avec des stimulations ». Le premier problème que nous rencontrons dans l’élaboration de cette distinction tient au lien entre les énoncés d’observation et les énoncés théoriques.

Ainsi, pour étudier la section 3 intitulée « L’imprégnation théorique » nous allons revenir plus en détail sur cette distinction jusqu’au haut de la page 28, jusqu’à « résisteraient à la réduction. » afin de revenir sur les critiques qui ont déjà été faite et les dépasser pour introduire la thèse quinienne de l’imprégnation, c’est-à-dire de la normativité. Cette normativité sera démontrée en deux mouvements, l’un qui visera à montrer que les énoncés observationnels se retrouvent dans les énoncés théoriques et l’autre qui montrera que les énoncés théoriques ne sont pas coupés du contenu empirique. À partir du dernier paragraphe de la page 29, Quine exposera une première tentative quant à montrer cette gradation normative entre ces deux types d’énoncés, celle de Reichenbach mais insuffisante à les lier correctement. Ainsi Quine conclu-t-il à partir du dernier paragraphe de la page 29 avec les avantages de ce dont il hérite, ces énoncés et les avantages de sa re-fondation de la science non plus à partir de ces énoncés d’observation mais de cette normativité entre ces derniers et les énoncés théoriques.

 

Cette volonté de fonder la science non plus sur l’intuition ou les phénomènes mais sur des énoncés d’observation vient du Cercle de Vienne, notamment de Carnap, « Les philosophes traitent depuis longtemps… ». Ce à quoi semblent s’opposer ces énoncés d’observation sont les énoncés théoriques ou vocabulaire théorique. Par cette distinction il a été question de fonder et de redéfinir la science à partir de la linguistique. C’est une distinction importante car selon Quine et les deux exigences qu’il rappelle plus avant cette section 3, ces énoncés d’observation sont pour ainsi dire au départ de la démarche de la vérité. C’est-à-dire qu’un énoncé informatif n’a de signification qu’à condition qu’on puisse montrer sa vérité, ou sa fausseté en ayant recours à l’expérience. En d’autres termes, la signification de l’énoncé est identique à ses conditions de vérification et de fait, connaître la signification d’un énoncé c’est connaître la méthode pour le vérifier.

Or, pour le Cercle de Vienne, vérifier ce n’est pas percevoir ici et maintenant. Si elle reste pour le moins indéterminée, leur définition de « vérifier » c’est déterminer une méthode de test qui aboutira à l’observation qui de fait n’aura pas lieu ici et maintenant. On retrouve cela chez Wittgenstein, « Comprendre une proposition veut dire savoir ce qui est le cas lorsque c’est vrai. »

De fait, une critique que l’on peut facilement émettre et qui même est courante, « à la mode » selon Quine de cette fondation de la science à partir de cette distinction est « d’affirmer que le prétendu observable est imprégné de théorie à des degrés divers ». C’est-à-dire que cette distinction n’est pas suffisamment claire et précise pour fonder la science sur ces contenus empiriques prétendu purs et détachés de théorie que sont les énoncés observationnels. Mais ce n’est pas vraiment sur ce point que l’on peut pertinemment discuter et réviser cette distinction. Quine amène déjà sa position en indiquant que cette distinction relève d’un accord, d’une convention, « car ils sont hommes raisonnables ». Pour cela il donne un exemple, « Le mélange est à 180°C […] » et montre que ces énoncés « sont suffisamment observationnels » dès lors que cette convention est fixée pour et par une « communauté limitée ».

Et c’est d’ailleurs bien plus sur le facteur communautaire que Quine trouve à discuter cette distinction. À partir de cet exemple, revenons aux exigences que Quine pose et rappelle concernant ces énoncés d’observation ou aussi énoncés primitifs, à la fin de la section 2 sur « Les énoncés d’observation ». Nous le savons déjà, ces deux exigences sont « intersubjectivité et correspondance avec des stimulations. » Dans cet exemple physique on s’est ainsi accordé sur cette « correspondance », cependant peut-on trouver à redire de l’exigence d’intersubjectivité selon Quine qui se traduit dans le langage ; « la communauté linguistique toute entière ».

Et de fait, il s’agit d’une « communauté limitée » dans cet exemple. Il l’ « accorde » mais on peut toutefois encore considérer que cette différence d’ordre communautaire n’est pas la critique qui altère cette distinction entre ces énoncés. Car « les membres de la communauté peuvent s’accorder sur-le-champs au vue de la situation », remplissant ainsi cette exigence d’intersubjectivité en même temps que cette correspondance à des stimulations.

Alors peut-on déjà deviner cette « imprégnation théorique ». Il y a une distinction pertinente qui vaut pour fonder la science mais en tant que ces deux types d’énoncés s’interpénètrent, qu’il y ait imprégnation.

C’est pourquoi Quine propose « d’aller plus loin » c’est-à-dire de dépasser cette difficulté qui tient à ces critiques usuelles mais aussi et surtout qui tient à la rigidité de cette distinction pour fonder ainsi la science. Aussi son ambition est de « parvenir à une norme unique », une imprégnation à double sens de ces deux types d’énoncés en tant que fondement solide et unifié de la science et non pas une scission si ce n’est contradiction entre ces deux termes. Et cette ambition a pour dessein de remplir pleinement l’exigence d’intersubjectivité « pour la communauté linguistique dans son ensemble ». A partir de cette re-définition de ses objectifs, il formule cette norme qu’il fera sienne comme appuie fondamental de la science ; « Est observable en ce sens tout ce qui serait attesté sur place par un témoin quelconque en possession du langage et de ses cinq sens. ».

A la fin de la page 27 et au début de la page 28, Quine écarte pour ainsi dire les objections qu’on pourrait lui faire. Ainsi, chercher d’autres « données » c’est-à-dire d’autres exigences est « pervers » d’une part parce que ce serait comme « chercher la petite bête », sans intérêt et inutile et d’autre part ce serait même réducteur (haut de la page 28). Réducteur car la science serait réduite à ces seuls et simples énoncés d’observation et ne serait qu’une description de faits simples. En outre la science serait ainsi réduite mais en même temps dissoute dans la capacité que nous possédons tous à disposer de nos cinq sens et à partager entre nous leurs contenus informationnels. « Leurs faits d’observation se réduiraient pour la plupart à ceux de la communauté linguistique en son entier ». Prise à rebours ou en négatif, cette phrase montre ainsi qu’il est absurde et inutile d’ajouter d’autres exigences dans la formulation de cette norme pour unifier les deux types d’énoncés de cette distinction.

 

Les objections possibles mais inutiles sont à présent écartées. Aussi Quine peut-il introduire cette normativité de la distinction entre les deux types d’énoncés. Il va ainsi démontrer que la distinction n’est pas nette mais qu’il y a une gradation subtile entre observation et théorie, que les deux s’interpénètrent. C’est aussi pourquoi le terme de normativité conviendra mieux que cette seule distinction se bornant à un niveau élémentaire de compréhension. Quine va aussi aller « plus loin » que les critiques habituelles de cette distinction, objet de cette première partie de notre extrait. Ces critiques finalement montrent un clivage auquel répond cette normativité. Ce clivage est soit de penser que les énoncés observationnels ne le sont pas totalement et qu’il en va de même pour les énoncés théoriques pour affaiblir cette distinction. Or cette distinction n’est pas faible mais productive sur le plan scientifique dès lors qu’elle est comprise en tant qu’elle est normative.

 

Il est donc question d’unifier cette distinction par une norme pour répondre au « rapport entre tout cela et le fait pour un énoncé d’être ou non imprégné de théorie ». Pour comprendre sa « définition » normative de ces deux types d’énoncés il va démontrer leur interpénétration en deux mouvements, ce que nous avons annoncé en introduction, un qui vise à montrer que les énoncés observationnels se retrouvent dans les énoncés théoriques et l’autre qui montre que les énoncés théoriques ne sont pas coupés du contenu empirique.

Il commence par les énoncés observationnels, « les plus primitifs », les énoncés holophrastiques. C’est un rapport élémentaire au langage réduisant les phrases à des mots directement dépendants de la réalité empirique, des stimulations. « Ils sont associés globalement, par conditionnement, à des parcours appropriés de stimulation. ». Et « Ces mêmes mots vont toutefois se retrouver avec le temps dans des contexte théoriques ». Pour le montrer, Quine prendre l’exemple d’un « énoncé d’observation où ne figure aucun mot plus technique que « eau » ». « Eau » est un de ces énoncés « les plus primitifs » qui renvoi directement à sa stimulation visuelle et sensible. Et c’est ce même mot qui « va être précisément à l’origine des connexions logiques entre énoncés d’observation et énoncés théoriques ». Cela signifie que dire que l’eau est composée d’un atome d’hydrogène et de deux atomes d’oxygène , « H20 » c’est montrer que le terme « eau » inclus en lui le fait d’être ainsi composé, et donc inclus ou induit un contenu théorique. Et en cela il y a une unité entre énoncé d’observation « eau » et énoncé théorique « H20 » « tout en assurant la pertinence de l’observation pour la théorie scientifique. ». C’est-à-dire que les énoncés d’observation tout en conservant les exigences auxquels ils doivent répondre sont compatibles et intégrables à l’énoncé théorique pour l’attacher et l’ancrer directement dans un contenu empirique. « Innocents au départ, les énoncés d’observation sont ainsi rétrospectivement imprégnés de théorie. ». C’est-à-dire qu’en tant que tels ces énoncés observationnels semblent être indépendant de toute théorie alors qu’on les retrouve dans la théorie, inclus dans les « connexions logiques ». C’est pourquoi rétrospectivement ils sont « imprégnés de théorie » de par leur compatibilité et leur renfort dans les énoncés théoriques. En cela l’énoncé informatif « joindra ses forces à celles d’énoncés théoriques », par compatibilité et inter-inclusion, ce ce que nous avons dit sous le couvert du terme d’interpénétration.

Le voici ce lien, ce premier aspect de la normativité de cette distinction, que « pris holophrastiquement, sous l’angle de son conditionnement vis-à-vis de situations stimulatoires, l’énoncé est exempt de théorie ». Il s’agit de reformuler ce que nous avons démontré, notamment par l’énoncé observationnel « eau » qui, en tant que mot, holophrastiquement, n’est aucunement théorique en tant qu’il est dans son contexte empirique, dans une « situation stimulatoire ». Or, « pris analytiquement, mot par mot, il est imprégné de théorie », c’est-à-dire qu’entre eux, les énoncés d’observation ont des rapports analytiques, des rapports de connexions logiques qui les rend compatible à un contenu théorique et qui de fait les y inclus avec force et pertinence.

S’ils « concernent la science », (page 29), ils se rapportent à une recherche de vérité, ce dont nous avons parlé en première partie d’analyse de cette section, « fournissant apport empirique et mise à l’épreuve ». Car je le rappelle ici un énoncé d’observation n’a de signification qu’à condition qu’on puisse montrer sa vérité ou sa fausseté en ayant recours à l’expérience. Aussi cette intégration théorique des énoncés observationnels et leur « indépendance holophrastique initiale » doit être soudée pour que cette vérité ne comprenne pas d’incertitude.

Faire de cette démonstration rétrospective de l’imprégnation théorique des énoncés observationnels, c’est-à-dire « contester rétrospectivement leur caractère observationnel » c’est avoir une mauvaise compréhension de ce rapport entre les énoncés informatifs et la théorie, c’est un raisonnement fallacieux, un « sophisme » qui conduit à réfuter les caractéristiques observationnels holophrastiques ; « le sophisme de la rétrojection conceptuelle. ».

 

Voici donc ce premier mouvement d’interpénétration des énoncés d’observation et théoriques. Venons-en à présent à l’autre versant de cette compatibilité celles des énoncés plus théoriques, « les énoncés d’observation plus raffinés, y compris ceux de communautés scientifiques spécialisés » qui eux aussi sont ainsi à « double face » (paragraphe central de la page 29). Ce qui différencie ces énoncés tels que « H2O » dont il a été question en première partie c’est que « leur apprentissage se fait par composition plutôt que par conditionnement direct. » Les énoncés d’observation simples ou primitifs s’apprennent par « conditionnement direct » au sens où ils s’acquièrent par l’observation immédiate, par les sens. On apprend le mot « eau » en même temps que l’on voit, touche ou boit l’eau. Il s’agit de ce « conditionnement vis-à-vis de situations stimulatoires » (pages 28-29). De fait ces « énoncés d’observation plus raffinés » s’apprennent par « composition » au sens où pour l’expression « H20 » il faut déjà avoir acquis par stimulation l’énoncé observationnel primitif « eau », puis avoir acquis le sens de ce qu’est un atome, un atome d’hydrogène, un atome d’oxygème pour apprendre par cette composition l’énoncé de la molécule d’eau « H20 ». Comme nous l’avons dit pour le premier mouvement d’interpénétration, ce composé observationnel intègre toujours en son sein ce caractère primitif observationnel de par « leur association holophrastique avec des parcours déterminés de stimulations sensorielles ». Ainsi si la combinaison de mots, d’holophrastiques ou énoncés d’observation n’enlève rien à leurs caractéristiques, « ils fonctionnent encore en toute indépendance théorique ».

Quine se réfère ici à Clarence Irving LEWIS pour appuyer cette compatibilité entre énoncés d’observation et imprégnation théorique sans que cela n’altère en rien les exigences auxquelles ces énoncés d’observation doivent répondre.

C. I. Lewis peut être considéré comme le fondateur de la logique philosophique moderne. Dans Mind and the World-Order (1929), puis dans An Analysis of Knowledge and Valuation (1946) ce dernier introduit des distinctions pour répondre d’une part à la question des conditions d’une vraie connaissance et d’autre part pour répondre à la question de la connaissance des valeurs. Ce qui est important pour nous de retenir c’est que pour Lewis l’évaluation est « une forme de connaissance empirique ». De fait il y a trois sortes de jugements empiriques ; les jugements expressifs, les jugement « terminatifs » et les croyances objectives. Les jugements expressifs, ceux qui nous intéressent ici, expriment une valeur « directement expériencée », de fait ce ne sont pas de véritables jugements puisqu’il ne sont pas sujets à l’erreur. « Les énoncés « objectifs » du même Lewis » ou jugements « terminatifs » sont de vrais jugements car il prédisent qu’une expérience produira une vérité s’il suit un certain parcours stimulatoire. « Si vous touchez ce qui est devant vous, vous éprouverez une sensation agréable. » Étant ainsi vérifiables, ces jugements ou énoncés empiriques sont ce que l’on entend d’ordinaire par connaissance et indique rétrospectivement que ces énoncés gardent leur encrage empirique observationnel et les exigences qui sont les leurs.

 

L’interpénétration est à présent pleinement exposée. Les contenus empiriques observationnels finalement se combinent par composition et s’imprègnent ainsi de théorie en composant ce même énoncé théorique. Et donc rétrospectivement les énoncés théoriques ou plus « raffinés » s’imprègnent du contenu empirique observationnel en en émanant. Entre eux, en se combinant ces deux types d’énoncés produisent ainsi leur norme, d’où cette normativité ou imprégnation théorique. Aussi peut-on en venir à la conclusion de cette section, sur les avantages de ce dont Quine hérite, ces énoncés et les avantages de sa re-fondation de la science non plus à partir de ces énoncés d’observation mais de cette normativité entre ces derniers et les énoncés théoriques.

 

Quine revient ainsi à un moment cruciale et re-fondateur de l’épistémologie, « son tournant linguistique ». Ce tournant consiste à fonder la science uniquement sur et à partir d’un contenu empirique, sur ces énoncés informatifs ou bien sur ces « termes d’observation ». Il a été plus juste de parler de « termes » plutôt que « d’objets observables » car parler d’objets aurait réduit toute connaissance et toute vérité à une observation, une description holophrastique. L’on peut ici de nouveau se référer à la définition de Lewis des « énoncés « objectifs » ». Mais pour Quine, « c’était une bonne initiative, mais insuffisante. » Car « les énoncés d’observation étaient distingués des énoncés théoriques de façon seulement dérivative, comme contenant des termes d’observation à l’exclusion des termes théoriques ou imprégnés de théorie. » C’est-à-dire que si un lien avait été repéré entre ces deux types d’énoncés, ce ne fut pas le bon et c’est à ce moment là qu’il y eut une erreur. Car les deux niveaux, observationnels et théoriques ne sont pas dans un rapport d’imperméabilité l’un envers l’autre mais au contraire dans un certain rapport d’identité, de compatibilité, de complémentarité, d’interpénétration ou encore d’imprégnation. Encore, il y a un rapport d’inclusion et non d’ « exclusion » entre les deux types d’énoncés.

Et comme nous l’avons vu il y a une utilité et même une nécessité de combiner les deux. De fait, « Reichenbach et d’autres éprouvèrent le besoin de « principes passerelles » pour relier les deux types d’énoncés. ». Aussi cela explique-t-il qu’il n’est pas été question pour Quine de rajouter d’autres données « pour parvenir à une norme unique […] Est observable en ce sens tout ce qui serait attesté sur place par un témoin quelconque en possession du langage et de ses cinq sens. » (Bas de la page 27). Et s’il ne faut pas en rajouter avant pour trouver cette norme, il ne faut pas non plus rajouter quoi que ce soit d’autre entre ces énoncés pour les lier puisqu’ils sont ainsi caractérisés par le fait qu’ils se combinent d’eux-mêmes, les énoncés d’observation s’imprégnant de théorie en se combinant holophrastiquement. « L’image de la passerelle est erronée ».

Et Quine apporte ensuite une précision quant à ce qui lie ces deux types d’énoncés en indiquant que « c’est ce vocabulaire partagé qui les relie ». Car en parlant de la distinction entre termes d’observation, l’holophrastique et énoncé d’observation, combinaison holophrastique, nous avons pu mettre à l’évidence la norme qui permet l’imprégnation théorique de l’observation. C’est pourquoi « en commençant par des énoncés plutôt qu’avec des termes, nous ne percevons aucun empêchement à l’utilisation du même vocabulaire par les deux types d’énoncés ; et c’est ce vocabulaire partagé qui les relie. »

Aussi ces énoncés d’observation composé d’holophrastiques a-t-il permit de dépasser cette distinction rigide entre les énoncés théoriques et ceux qui n’ont qu’un contenu purement empirique. Ces énoncés ont été l’accroche liante de cette distinction trop binaire ou triviale pour comprendre la normativité des deux sortes d’énoncés. Aussi cela « a eu entre autres avantages celui de libérer la définition des énoncés d’observation de toute dépendance vis-à-vis de la distinction entre énoncés imprégnés ou exempts de théorie. ».

Et le troisième et dernier avantage est le plus important et consiste à ne pas rester dans un simple rapport de prédiction face à la vérité attendu. Ce rapport de prédiction doit aussi être en même temps un rapport de vérification observationnel puisque cette donnée observationnel est imprégnée de théorie une fois composée. Ainsi pouvons-nous « étudier l’acquisition et l’utilisation des énoncés d’observation sans préjuger des objets, s’il y en a, auxquels les mots qui les composent sont censés se référer. ». C’est-à-dire que nous pouvons nous extraire de cette démarche consistant à supposer que « Le mélange est à 180°C » et « Le sulfure d’hydrogène s’échappe » porte bien sur un objet empirique par une méthode de test. La méthode de test ou expérimentation n’est plus nécessaire par cette imprégnation théorique. Il peut suffire de disposer d’énoncés observationnels, d’en étudier la composition holophrastique pour voir comment elle s’imbrique ou s’imprègne de théorie. Nous ne sommes plus cantonnés à cette distinction rigide entre les contenu observationnel coupés de la théorie et la théorie exempt de contenu empirique. C’est pourquoi « nous avons ainsi toute liberté pour spéculer sur la nature de la réification et son utilité pour la théorie scientifique ». La spéculation, prédiction ou plus faiblement la conjonction n’est donc plus un rapport d’incertitude puisque nous savons maintenant que le lien entre les deux types d’énoncés est normatif. Il est donc question de comprendre comment se fait la combinaison normative de ces deux types d’énoncés pour comprendre la théorie et voir son utilité rétrospectivement à ce sur quoi elle porte.

« Prendre les termes pour point de départ » et non les énoncés auraient empêché de comprendre cette normativité ou « réification », ce que nous avons vu plus avant. Cela aurait aussi eu pour conséquence de prédire sur un objet sans pouvoir montrer le lien étroit entre le contenu empirique et la théorie, à moins que de n’avoir recours à des « principes parcelles » auquel cas sommes-nous toujours et de fait dans une erreur de compréhension. On ne vérifie pas vraiment une prédiction sans cette imprégnation théorique bien réifiée, comprise comme normative par cette identité de vocabulaire que nous avons aussi étudié plus avant. C’est ce que dit enfin Quine, que « Prendre les termes pour point de départ aurait signifié faire l’impasse sur la réification et concéder la référence objective sans autre forme de procès, sans considérer à quoi elle sert ni en quoi elle consiste. »

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