PHILOTHERAPIE

PHILOTHERAPIE : Article n°20 : « J’accuse : Les délinquances de la Sorbonne ! »

Au lieu, comme je l’avais prévu, d’écrire au sujet de l’amour et du couple en ce jour de Saint Valentin, je me vois contraint de traiter d’un sujet plus grave ; le cas déliquescent de la Sorbonne. Comme indiqué dans la rubrique « Qui suis-je ? » de ce site, je suis étudiant en troisième année de philosophie à la Sorbonne, et plus précisément à Paris IV. De fait, je suis en mesure de juger et d’apprécier la Sorbonne sur le plan de son enseignement, de sa réputation ou bien encore de sa grandeur. Atroces, ces conditions qu’offrent la Sorbonne pour étudier sont abominables et l’on se doit de ne pas laisser ces exactions sous silence. Elles sont multiples et variées, ainsi commencerai-je par le partenariat de la Sorbonne avec Abou Dhabi.

Ce dimanche 13 février 2011, le prince héritier Cheick Mohammed Ben Zayed Al Nahyane a accueilli le premier Ministre François Fillon devant les locaux de la succursale de la Sorbonne, première université francophone du Golfe. Pour ceux qui ont regardé les informations ces jours-ci, ils ont pu, comme moi, constater l’éclat de la Sorbonne aux Émirats, le magnifique et grand logo de la Sorbonne, le luxe, le faste etc. Toute cette ostentation seulement pour pour le savoir et l’amour du savoir ? Impossible à croire et pour cause, deux réalités. La première bien entendue est politique. La Sorbonne sert de « pont diplomatique » entre les Émirats et la France. Autrement dit, on en rien à faire de la Sorbonne dans cette affaire. On ne fait que vendre ce que l’on a de plus attrayant à l’adversaire ou ami politique. La seconde réalité est celle de l’étudiant. Je vais donc en venir au scandale « Sorbonne » dans cette affaire internationale mais aussi en interne, par ce que les déboires de la plus grande université française ne se limite pas à Abou Dhabi.

Car pendant que Monsieur Fillon affiche un sourire satisfait en exhibant la Sorbonne comme un produit de consommation à exporter, les étudiants de France sont largement mis de côté. Car exporter la Sorbonne ce n’est pas seulement exporter le logo, Monsieur Fillon ainsi que Madame Pécresse. Etant avant tout transmission et conservation du savoir, l’exportation de la Sorbonne c’est l’exportation de son savoir et de ses moyens de transmission. Autrement dit ce sont nos professeurs de France que nous avons envoyé là-bas en mission. Chaque professeur est parti deux semaines qu’il a fallut « rattraper » en allongeant chaque cours d’une maigre demi-heure. Une apparente affliction pour certains de ces professeurs n’en a pas empêcher un seul de partir, faisant mine de ne pas avoir le choix. Mais pourquoi ne pas avoir manifesté ou avoir fait grève comme c’est de coutume quand il n’y a plus de craie ou qu’il manque une ampoule, parfois même pour des raisons extérieures à leur profession ? Pourquoi n’ont-ils pas trop scandé l’affaire ? Par ce qu’ils ont été payé pour cela ! Oui, les professeurs ont été payé en plus de leur salaire mensuel pour effectuer leurs missions. Voilà pourquoi rien a été dit ou révélé en tant que tel. Par conséquent, le citoyen français paye des impôts pour payer ses fonctionnaires, les professeurs d’université y compris, c’est en vigueur et même de rigueur pour aller enseigner et/ou prendre quelques couleurs à Abou Dhabi. Qui peut m’expliquer le rapport, autre que politique ?

L’on ose ainsi laisser émigrer la Sorbonne sur le compte des contribuables français que l’on dessert encore en plus tout en sachant que la Sorbonne à Paris est dans un état ignoble et déplorable (hors façades touristiques). Oui la Sorbonne n’a d’éclat que par son simple nom. Il faut savoir que les bâtiments ont été délaissé, dans un état de délabrement atterrant. Des travaux ont certes été entrepris mais il n’y a pas là matière a rattraper cette débauche. C’est même ce sur quoi je vais poursuivre.

Car les travaux entrepris en Sorbonne ont eu pour simple conséquence de sacrifier une génération d’étudiants, dont je fais parti, nous privant de salles, de tables c’est-à-dire d’installations universitaires dignes de ce nom. Où avons-nous eu cours me demanderez-vous ? Et bien dans des cinémas. Oui la réponse peut paraître étonnante mais elle n’en fut pas moins réelle et les conséquences désastreuses pour nos conditions d’études. Nous avons été abandonné dans le cinéma Champollion/Médicis à côté de la Sorbonne (place de la Sorbonne), au MK2 Hautefeuille et au MK2 Vavin vers Mont-parnasse. Il a donc fallu jongler entre ces points, ce qui fut extrêmement pénible pour les professeurs qui enseignent parfois aussi à Clignancourt pour les deux premières années de licence, à la périphérie nord de Paris en sachant que la Sorbonne est bien plus au sud, dans le cinquième arrondissement. Cela dit en passant, ils ont des tables à Abou Dhabi, eux.

Ce manque de respect incroyable envers les professeurs ne s’est pas limité à cela. Il n’eurent qu’une simple table en guise de bureau, parfois sans lumière, au pieds du grand écran. Ils n’eurent pas de tableau des semaines durant et finirent par avoir un maigre tableau d’entreprise avec des feuilles en cahier qu’il faut relever. Rien excepté les professeurs n’a pu nous faire penser ou nous laisser entendre que nous étions dans un contexte universitaire et encore moins dans le plus prestigieux de France. Allant plus loin, il ne me semble pas non plus négligeable d’ajouter encore les fins de cours perturbées par le déclenchement volontaire de musiques de générique, accompagnées de l’extinction des lumières pour nous signifier de partir car une séance de cinéma était prévue après notre cours. Parfois entendions-nous le film projeté derrière l’écran au dessus du professeur.

Pour nous, n’ayant pas de table il a fallu écrire sur nos genoux, dans une pénombre fatigante et soporifique. S’agissant d’une salle de cinéma, elle n’était pas équipée de prises électriques pour pouvoir se brancher avec un ordinateur portable ou n’y avait-il qu’une prise tout au fond à se partager entre tous.

La bibliothèque de philosophie, la véritable ne nous est pas dédiée et je suis tombé dessus par hasard dans un périple administratif que je ne conterai pas ici. C’est un lieu magnifique, un bâtiment ancien tout habillé de boiseries, contenant de nombreux et beaux ouvrages rangés à la perfection derrière de belles vitrines. Ce lieu est encombré d’archives en tout genre, entassées entre des bureaux administratifs qui se trouvaient en Sorbonne, galerie Richelieue actuellement en travaux. C’est-à-dire que l’on a privilégié trois ou quatre bureaux administratifs à l’utilité incertaine ou faible au lieu des étudiants, qui ont payé leur frais d’inscription, en sachant que ces ouvrages sont là-bas, hors de portée de tout étudiant et de tout enseignant.

Et comme pour clouer le tout, si cela est encore possible, nous passâmes nos examens de contrôle continu sur nos genoux. J’eus même un point de moins sur un examen par ce que je me suis procuré une table par mes propres moyens. L’enseignant ayant prévu de noter les copies en conséquence des conditions de composition, il me nota plus sévèrement du fait que je disposais d’une table alors que je n’en aurai pas fait moins sans cela. Peut-être que la qualité et l’aisance de ma rédaction aurait changé, mais non pas le contenu. Mais où sommes-nous, dans quelle réalité ? Je n’ai rien rétorqué ou répondu, du fait d’avoir déjà eu à négocier pour disposer de ma table. Je tiens à préciser qu’il ne s’agit pas ici d’une rancœur personnelle relative à une note puisque celle-ci fut bonne. C’est bien plus le ridicule et la petitesse de cette grande institution qui m’écœure.

Sur ce, on nous a promis que cette situation inadmissible serait rétablie avant la fin de l’année civile, et que, de fait, nous disposerions de locaux convenables et appropriés pour le début du second semestre. Le second semestre a commencé aujourd’hui même, ce 14 février. Et le constat est pour le moins révoltant.

Nous avons déménagé dans un magnifique bâtiment, nommé le bâtiment « France » 190 avenue de France. Il faut déjà savoir qu’il est très loin de la Sorbonne, en dessous de Bercy. Pour exemple, je prend le métro 14 à la Gare Saint Lazare pour changer à Bercy, prendre le métro 6 jusqu’à « Quai de la gare », en sachant qu’avant cela j’ai vingt minutes de train.

Outre l’absence non prévenue du professeur de philosophie des sciences, nous avons tout de même pu découvrir notre première salle de cours, l’amphithéâtre S 104. Ce sont les mêmes conditions d’études que dans les cinémas à quelques différences près. Il y a une lumière assez vive et non pas tamisée nous plongeant dans la pénombre. Il n’y a toujours pas de tables, les sièges sont bien plus inconfortables que les sièges de cinémas et il n’y a pas la moindre prise électrique. J’ai aussitôt appelé le secrétariat de philosophie pour m’enquérir de cette étonnante situation. L’on m’a ainsi répondu que ce ne serait que pour les cours magistraux, qu’il y aurait des tables pour les TD (Travaux Dirigés) et donc pour les examens. Mais peut-on se contenter du minimum ? Après tout ce que l’on nous a fait subir et les promesses qui ont été faites, peut-on se contenter de ce minimum ? Ou doit-on penser que l’on se moque éperdument des étudiants français de philosophie ?

Ainsi la Sorbonne bafoue son engagement envers les étudiants mais aussi envers la France elle-même qu’elle est censée enrichir de son rayonnement séculaire.

Je n’ai rien écrit à ce sujet au premier semestre par principe. Je ne peux pas vraiment me permettre d’avoir d’éventuels retours négatifs en ce qui concerne mon cursus universitaire. Par exemple, j’ai écris un article au sujet des cités universitaires de Baie des Anges et Saint Antoine à Nice par ce que je n’y étais plus, m’évitant ainsi de m’attirer des ennuis inutilement. Je n’en ai pas fait de même pour l’université de Nice en raison d’un possible retour en ces lieux pour le master, mais je peux aussi vous assurer que l’université de Nice a son lot de déshonneur que je ne me gênerai pas de révéler. Pour cette fois je fais une exception car il y a de quoi être à bout, et je ne pense pas avoir beaucoup à perdre. Je ne vois pas comment l’on pourrait davantage nous desservir, à moins de s’attaquer aux notes, en nous mettant à la rue ou en nous envoyant à Abou Dhabi, pourquoi pas après tout.

Par ailleurs, je ne comprends pas pourquoi les étudiants, de tout âge, se laissent ainsi faire, sans montrer la moindre résistance. Il faut espérer que cet ultime faux espoir entraînera un refus, un refus de cette fois de trop, de cette dépravation d’une Sorbonne qui se vautre dans le discrédit, le délabrement et la décrépitude.

Une action sera menée prochainement pour dénoncer ces scandales. Le m-ét, syndicat étudiant, produira et distribuera un tract prochainement, place de la Sorbonne en invitant les médias à venir eux aussi se saisir de cette sombre affaire. Il faut aussi savoir que Madame Pécresse, Ministre de l’éducation supérieure et de la recherche ne pourra rien faire si elle est saisie, conséquence de la réforme de l’autonomie des universités.

Pour finir, cet abîme de la Sorbonne n’est pas récent ni terminé. La véritable Sorbonne, les murs anciens que nous connaissons sont en passe d’être seulement dédiés à l’administration, sujet d’un vif et apparemment vain débat en Sorbonne dont je n’ai malheureusement pas plus de détails mais qui pourrait faire tristement l’objet d’un futur article.

Je vous remercie pour votre éventuel soutien envers la Sorbonne et je souhaite un bon début de semestres à tous les étudiants. Je vous souhaite aussi bien sûr une excellente Saint Valentin.

À très bientôt,

Loac Matéo

Article du Canard Enchaîné au sujet de la Sorbonne à Abou Dabi.

2 réflexions sur “PHILOTHERAPIE : Article n°20 : « J’accuse : Les délinquances de la Sorbonne ! »

  1. Tu as précisé au début que tu étais à Paris IV, mais tu utilises tout le long de ton article le terme de Sorbonne et ça peut porter à confusion puisque ton article porte sur Paris IV et non sur Paris I et Paris III qui font aussi partie de la Sorbonne.

    Alors juste un commentaire pour faire part de mon expérience à Paris I.

    À Paris I, tous mes cours de philosophie se passent en Sorbonne (seuls les cours de langue ont lieu à Tolbiac — bâtiment des L1 et L2 de Paris I) dans des salles qui sont en relativement bon état (ce sont des salles propres à l’UFR de philosophie de Paris I). Certains cours sont surchargés et au début de l’année, un certain nombre d’élèves dans ces cours étaient assis par terre. Le directeur de l’UFR a alors décidé d’acheter des chaises supplémentaires avec des tablettes (comme celles dans les salles de conférence), ce n’est pas génial mais il ne peut pas repousser les murs pour agrandir les salles. D’après les profs, je crois que nous sommes plus nombreux que les années précédentes alors peut-être aurait-il fallu ouvrir de nouveaux groupes de cours (ici, pas de distinction entre CM et TD) mais pour cela il faut des moyens pour recruter de nouveaux enseignants, ou bien s’arranger pour que les élèves se répartissent mieux dans les groupes (si certains cours ont 50 ou 60 élèves, d’autres n’en ont que 20 ou 30, ces derniers étaient assurés par des profs certes moins prestigieux — des doctorants — mais pas nécessairement moins bons).

    Après en ce qui concerne les conditions d’examen, nous étions dans des amphis qui étaient vraiment trop surchargés (manque d’amphis dû aux travaux sans doute). Lors d’un examen, l’air était tellement étouffant qu’une fille s’est évanouie… Sinon pour ce que j’avais mentionné sur facebook, ce n’était pas une critique généralisable puisque cela ne s’est passé « heureusement » « que » pour un seul examen. C’est déjà de trop, tu me diras.

    Enfin, je ne sais pas de quelle bibliothèque tu parles (les ressources de la grande bibliothèque de la Sorbonne étant transférées à Sainte Barbe le temps des travaux jusqu’à 2013), mais à Paris I, nous avons accès en Sorbonne à la petite bibliothèque Cuzin réservée aux étudiants de philosophie et elle est en parfait état.

    Donc au final, je suis bien contente d’avoir choisi Paris I et non Paris IV vu ce que vous subissez cette année d’après ton article ! Bon courage !

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  2. Étonnant !
    Je suis d’ailleurs surpris du peu de bruit que ce genre d’affaire a pu faire dans les média malgré un article dans le canard…
    Pour ma part étudiant en école d’ingénieur, je n’ai jamais souffert du manque de moyen, bien au contraire.
    L’image que j’ai de la Sorbonne en prend un coup.

    ( petite faute « j’ai écris » )

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