PHILOTHÉRAPIE : Article n°18 : « Tous égaux devant la manipulation »

À quoi pense-t-on quand on pense à la manipulation, lorsque l’on se demande si nous sommes manipulés. L’on se regarde comme en pensée, on se considère, on fait un bilan à l’instant t. Alors nous pouvons nous rassurer et à raison. Je peux me dire que ce que je suis devenu je le suis devenu par moi-même. Mieux, le fait de douter comme je le fais me rassure quant à être sujet(te) à manipulation, quelle qu’elle soit. Non, la politique ne m’a pas manipulée, non l’éducation n’en a pas fait autant, ni les amis. Je me construit moi-même, mon esprit et mon avenir. Mais qu’est ce que douter ? Il semble bien que ce soit là le remède au manipulateur. Quand on regarde bien autour de soi, si ce n’est en soi, l’on se rend compte que l’on ne doute qu’à de rares occasions. L’exercice que j’impose en cet instant ne relève pas du quotidien à moins que vous ne soyez cartésien. De fait, qu’est ce qu’un croyant qui croit qu’un instant de temps en temps ? Qu’est ce alors une âme qui se statue libre, non-manipulée en ne doute qu’à l’occasion ? Voici la question que je pose en revers de la contrainte que représente la manipulation. Qu’est ce qu’être libre ? Par ce biais du doute et de la manipulation, l’on peut se demander qu’est ce que la liberté de penser, la liberté d’expression, de culte, d’opinion… ?

Alors je sais ce qui peut m’être ici répondu, car oui il peut apparaître que nous soyons tous manipulés. Pourquoi préfère-t-on aller à Macdonald plutôt qu’à Quick ou l’inverse ? Pourquoi telle enseigne ou telle autre ? Et je suis bien d’avis avec cette objection. Cependant, la liberté dont je parle est toute autre, plus conceptuelle, plus profonde, c’est de cette liberté spirituelle et non matérielle qui fait ce bonheur propre à l’homme depuis au moins l’Antiquité. Outre son caractère idéel qui en fait un inaccessible, ce concept de liberté prend corps dans le cadre de ce doute ; suis-je manipulé ? C’est-à-dire est-ce que ma liberté est freinée, empêchée ? Mon bonheur dépend-il d’autre chose que de moi, auquel cas serai-je à la merci d’autrui ou d’un intérêt autre que le mien ? Je pose volontairement ces questions pour que vous puissiez continuer à réfléchir à cela plus tard, au calme, dans un autre contexte, peut-être celui de votre prochain doute, et dieu sait s’il viendra avec les enjeux de toutes sortes qui ne cessent de se profiler. Pour vous aider davantage je vous recommande la lecture de l’article antérieur sur « Le harcèlement moral : condition du bonheur professoral »( Art. XXI).

Ce à quoi je veux en venir est un exemple assez simple à l’orgueil de notre doute, doute aussi absent qu’efficace. S’il peut s’agir d’une considération anecdotique, c’est pour moi un objet de penser à double mérite ; illustrer que nous sommes manipulés et que cela prend les formes les plus anodines, et trancher sur ce qui par conséquence de cela est un faux débat. Ce faux débat concerne le système de notation scolaire.

Pourquoi le système de notation en ce moment comme débat ? Par ce qu’est la mode de ce qu’il convient de délibérer. Avant de commencer, je vous prie de ne pas oublier pour un mot le doute et d’en éclairer cette réflexion.

Faut-il noter ainsi les élèves ? Doit-on préférer les QCM ? Mieux, doit-on cesser de noter, ou bien noter dès le CM2 ? Quel débat palpitant pour ce qui concerne l’éducation, l’éducation nationale. Dès lors que certains problèmes sont impossibles à être formulés, en régler de vrai devient fort difficile. Voilà déjà un élément qui fait de tout ceci un débat d’une pitoyable vacuité. Mais soit, disons-nous que cela est intéressant, après tout beaucoup sont capables d’y croire ou d’y feindre. Allons-y, ne notons plus nos enfants, pauvres innocents, purs produits du libéralisme, ce père indigne qui abandonne ses enfants avec ses propres dettes et cette mère incapable, qui ne travaille pas et dépense l’argent qu’elle n’a pas et qui lui ment ; la méchante France. Après tout il faut cesser là les dégâts, il faut laisser l’homme se faire, soyons rousseauiste à défaut d’avoir pu faire preuve de responsabilité. En d’autre termes, soyons humain plutôt que responsable, quelle admirable contradiction et quelle excellente idée que de réformer un système d’évaluation sans égal. Quel génie pour un penseur face à une question que de se séparer de l’appuie des philosophes, surtout quand il s’agit de l’éducation. Je me permets ici de vous renvoyer à mon article de la rubrique Philopure, « La violence est-elle nécessaire à l’éducation des enfants ? ». Vous comprendrez ainsi plus en détail cette allusion au recours des philosophes pour les questions éducatives. Poursuivons.

Tout ceci, à défaut de pouvoir faire débat n’est pas même une plaisanterie par ce qu’il n’y a pas matière à rire. Et si l’on m’objecte le contraire c’est que l’on est rousseauiste ou quelque chose de cette sorte et de fait je peux assurer que la discussion portera sur quelque chose d’autre, par exemple des questions politiques ou conceptuelles insolvables, surtout quant à ce qui revient à la question creuse de l’évaluation scolaire. Assez perdu de temps, voici bien assez de manipulation tentée par ces discussions inutiles. Et ce n’est pas la première.

L’exemple dont je parlais plus haut, en tout cas celui auquel je pensais, et auquel je pensais déjà comme sujet de cet article, c’est la notation elle-même. Car si elle n’est pas pour moi à réformer ou à renverser-quelle question ridicule-je concède volontiers qu’il y a néanmoins des critiques à formuler à son encontre. Quelles critiques ? Et bien c’est simple, si je vous dis « 20, ça n’existe pas ! » vous voyez rapidement à quoi je fais référence. Pourquoi 20/20 n’existe pas ? Et à l’heure des condamnations à la discrimination, il y a ainsi admises des différences entre les mathématiques et l’art, ou bien la philosophie. Avant de poursuivre je tiens à dire que je suis au courant qu’une discrimination telle que celles que la justice condamne est différente de celle à laquelle je faisais allusion, je le précise pour éviter toute remarque ultérieure. Incroyable cette façon que l’on doit avoir de prendre ses précautions pour exprimer une réflexion authentique tranquillement. Enfin, continuons.

D’où nous vient cette idée que la note maximale n’existe pas ? Alors oui l’on rétorque que « la perfection ça n’existe pas ». Soit merci de le préciser bien qu’à l’heure de l’avènement absolutiste du religieux ce genre de réponse ne vive en fait ses derniers instants. Passons et admettons cette réponse. Par ce que ce que l’on demande à un enfant de 12 ans c’est la perfection ? On laisse son esprit se battre avec la gouache en sachant que c’est vain, qu’il aura 12 puisque ô combien incapable d’exprimer l’infini beauté dans son concept universel et sa relation au Bien ? Ceci est ridicule et ne peut qu’alimenter la grande thèse en faveur du renversement du système de notation. Alors, pourquoi pas 20 ? Pourquoi fait-il son dessin, pourquoi le bachelier scientifique fait-il ses calculs, pourquoi moi-même à l’instant où je m’adresse à vous m’efforcerai-je de penser en licence ? Nous savons pourquoi dans le choix même des activités, c’est-à-dire pour passer en quatrième, pour avoir son baccalauréat ou pour avoir sa licence. Ainsi fait-on ce que l’on fait en éducation pour atteindre un niveau. Soit j’ai le bac, soit je ne l’ai pas. Je l’ai avec tel niveau de connaissances ou avec malgré tout beaucoup de lacunes. J’ai telle note en licence par ce qu’en cette troisième année l’on ne me pardonne plus des erreurs logiques dans la structure argumentative ou bien de ne pas connaître assez précisément un auteur classique pour défendre une certaine thèse. Et on ne me le pardonne plus contrairement aux deux années passées par ce que précisément je ne suis plus en première ou deuxième année mais en troisième année de licence, en L3 comme on dit. C’est la définition d’un niveau qui permet la définition d’une grille de notation, conventionnée sur 20. Et pourquoi les niveaux ? Par ce qu’il n’est pas souhaitable que l’on embauche quelqu’un purement sur intuition ou impression, il faut des éléments objectifs, d’où le curriculum vitae d’ailleurs. On ne peut souffrir davantage d’incompétence professionnelle et citoyenne à tous niveaux. Bien, après ces rappels quant aux notes, correspondantes au niveau pour soutenir une société claire, ordonnée et juste revenons à « 20 ça n’existe pas ». Je veux encore essayer de défendre cette « idée ». Mais je n’y arrive pas. Le « 20 sur 20 », ça existe, ça existe en math, pourquoi pas en français ? Pourquoi exige-t-on la perfection en math ou en physique et pas dans les matières littéraires ? Est-ce une sorte d’incompétence professorale ou quelque chose de ce genre, une frustration de savant de laboratoire ? Je le pense, d’autant plus que « 20 ça n’existe pas » n’empêche pas les apprenants de manquer d’humilité, le vice se fait à tout et un « 16 » suffit à ceux-là. Encore une preuve de ce ridicule. Et toujours rien pour défendre notre indéfendable. Encore une chose, qu’est ce que la perfection ? Qu’est ce que ce 20 ou ce « ça » du « ça n’existe pas » ? Est ce qu’il est atteint en math et les matières qui ont aussi ce privilège ? Baliverne ces petits débats oisifs et sans intérêts. 20 ça existe et doit exister, pour l’équilibre et la cohérence des niveaux, et à plus long terme pour la clarté et l’ordre instigatrice de ce que j’appelle ici « justice sociale ». Il est vrai que 20 existe, pourtant tout le monde pense que non, qu’il n’existe pas. Par là c’est toute une société qui a été progressivement manipulée, « 20 ça n’existe pas » résonnant comme l’exemple ridicule des failles du doute. Et non on ne s’en moque pas. Par ce que la manipulation ce n’est pas seulement les images que nous en avons, ce n’est pas seulement les sectes, les religions, les partis politiques en campagne ou les escrocs. La manipulation se fait par les détails, des images saugrenues. Cela peut se faire honnêtement, à vos yeux, clair à votre âme. Cela est même très répandu, jusque dans un dessin soigné d’élève de cinquième valant 12. Et cette petite manipulation n’est pas anodine par ce que cumulée à plein d’autres petites elle permet les pires omissions. Les petites manipulations font pour ainsi dire les plus grosses. Car pendant que l’on s’affaire aux débats dits sur le système de notation on ne cherche pas à savoir comment sauver l’éducation de l’échec de l’immigration, d’autant plus qu’il semble interdit si ce n’est illégal de dire si ce n’est penser qu’il a un pareil problème et de le nommer. N’entrons pas ici dans ce sujet mais remarquons simplement et pleinement la mesure des petites et fines manipulations, celles qui échappent à l’exercice dominical du doute. Douter c’est comme s’administrer un remède à la maladie qu’est la manipulation. Et comme nous pouvons à tout moment et en tout endroit être aux prises de celle-ci nous devons constamment nous en préserver. Comment s’en préserver est une question difficile à laquelle je serait tenté de répondre par l’acte de philosopher mais ce serait là proposer un remède cher pour une élite restreinte. Non, le bon sens peut suffire. Faut-il nécessairement être philosophe pour penser une simple phrase comme « 20 ça n’existe pas ! » ? Peut-être faut-il être philosophe pour en avoir le loisir, mais le penser ne nécessite que de la volonté et de l’habitude, donc du bon sens. Il ne faut donc pas philosopher comme tel pour penser, pour douter efficacement, et donc pour être libre, libre de cerner des problèmes que les autres approuvent ou non. Car à l’heure actuelle et depuis un bon moment, il y a une chose qu’il faut avoir à l’esprit concernant le regard de l’entourage proche ou large c’est qu’il peut souffrir de la maladie « manipulation » à divers degré et sans même le savoir, comme beaucoup d’entre nous avec ce 20/20.

Je conclurai sur la liberté de discernement issue du doute en relevant une question que je posai à un de mes professeurs de philosophie politique cette année dans le cadre d’un cours intitulée « Les démocraties sont-elles ingouvernables ? ». Je lui demandai, « Puisque l’anti-conformisme est devenue une norme, comment être véritablement anti-conformiste aujourd’hui ? » et il me répondit, « En étant conformiste. Approuvez la réforme des retraites ou la politiques sarkoziste et vous serez alors véritablement anti-conformiste ». Ceci au moins pour vous dire qu’il n’y a plus de gentil et de méchant bien définissable, pas de manipulateur comme tel ou de défenseur comme tel, car ce que je fais là bien consciemment c’est aussi de la manipulation, je l’espère d’ailleurs bien réussie. Le tout est de savoir entendre, de bien comprendre ce qui nous est dit, ce qui se fait, pourquoi ça se dit, si c’est légitime, s’il est vraiment bien de le faire. Et avec cette matière que l’on se créer on peut alors construire sa pensée en tant que telle et la défendre non comme croyant ou fanatique idéologique mais en tant que personne ou citoyen. Ceci s’inscrit donc toujours dans le cadre de ma Théorie constructive et pour le dire en une formule, être soi-même et être libre c’est être constructif.

Sur ces biens nombreuses réflexions et pistes de réflexions, je vous souhaite bien de la pensée et une bien bonne journée ou soirée.

Me tenant toujours à vos côtés si vous avez besoin que je vous invite sur une de ces pistes,

Et toujours bien à vous,

Loac

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. « Qu’est-ce qu’être libre ? » des centaines (si pas plus) de philosophes se sont posé la question sans réponse convaincante majoritaire. Je pense que l’homme sans chaînes n’existe pas. Est libre celui qui connaît ses chaînes, vit avec et s’efforce de les alléger autant que faire se peut.

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  2. LOACMATEO dit :

    Monsieur bonjour,

    Je ne saurai être capable de vous répondre de façon claire et manifeste sur ce qu’est la liberté et je ne m’engagerai pas sur cette pente. Toutefois et bien que je vous rejoigne sur le fait que l’histoire de la philosophie soit parcourue d’innombrables conceptions de la liberté, je ne pense pas qu’il soit possible de dire de façon aussi abrupte que ces conceptions soient demeurées « sans réponse convaincante ». A voir la diversité de traitement de la question l’on peut être amené à se dire que c’est à chacun sa petite recette, ce qui compte c’est que le résultat soit à son gout. Mais il ne s’agit pas pour chaque philosophe d’alimenter sa petite marmitte. Chaque penseur progresse philosophiquement dans un contexte donné, c’est-à-dire historique, scientifique, littéraire etc. Aussi une conception de la liberté au Moyen-Age ne peut ressembler à celle du XIXe siècle en raison du niveau de connaissance scientifique, de la conception du monde de ces époques ou encore de la prégnance des croyances selon le contexte. Ce qui est intéressant c’est de comprendre cette liberté dans le continuité des travaux qui lui ont été dévolus. Aussi on ne peut produire de définition pure ou détachée de la liberté, car l’idée même s’est enrichie aux cours de l’histoire et de l’histoire de la pensée. La liberté dont nous jouissons aujourd’hui n’existait pas au Moyen-Age par exemple, aussi les questions et les difficultés que celle-ci sous-tend ne peuvent être tout à fait de même nature.
    Je ne peux ici traiter ces questions, mais ce rappel montre que la philosophie ne pense pas en vain ou de façon insuffisante, au contraire son soucis est-il bien plutôt celui de penser les insuffisances du monde, de l’homme ou bien même de sa propre pensée.

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