PHILOTHÉRAPIE : Article 17 : Le harcèlement moral : condition du bonheur professoral !

Si Aristote n’admet pas l’existence de la contrainte morale dans son analyse de la responsabilité de l’individu à travers ses actes, c’est notamment par ce qu’il ne pense pas encore la contingence des actes. C’est-à-dire qu’il ne fait pas comme nous, qu’il ne se demande pas si l’individu jugé aurait pu agir autrement. La question ne se pose pas par ce que la réponse s’impose déjà. Non l’individu n’aurai pas pu agir autrement si nous sommes dans le cas d’un acte bon, ou encore vertueux, moral, éthique. Et la réponse est positive s’il s’agit de juger un acte vicieux, moral. Cependant Aristote permet l’élaboration d’un concept capital, celui de libre arbitre sous la plume de Saint Augustin. Ce qui nous intéresse outre ce socle de connaissance, c’est de comprendre ce qu’est la contrainte morale.

Il s’agit d’une violence exercée sur son libre arbitre, sa capacité à faire usage de sa liberté, d’agir ainsi ou non, d’agir vertueusement ou vicieusement. De fait il s’agit du cas où un individu est contraint soit de mourir ou de tuer un autre individu, par exemple un ami. C’est une contrainte morale au sens ou une violence extérieure est exercée sur le libre arbitre de l’individu en question. C’est ici une forme pour ainsi dire « standard » ou générique de la contrainte morale mais comme nous le savons elle peut prendre des formes multiples et avoir des sources variées.

Mais la question est de savoir quel est le danger ou la grande préoccupation que suscite la contrainte morale. L’enjeu est important car agir sous la contrainte non physique d’autrui c’est agir en son nom mais sans que cela ne se voit de l’extérieur. Car de l’extérieur on ne pourra pas faire la différence entre un individu qui aura tué son ami par cupidité et celui qui, justement, l’aura fait sous la contrainte de mourir. C’est pourquoi il est important de repérer les formes et les sources de la contrainte morale.

Ce vice subtile est aujourd’hui une très importante préoccupation dans le domaine de la justice, du travail, du privé etc. Une insulte, un regard, une discrimination, l’absence de contrat ou encore le harcèlement sont sévèrement et de plus en plus précisément taxés. Pour exemple de cette sévérité de plus en plus forte, lorsqu’un employé signale un harcèlement ou un préjudice moral ce n’est plus à lui d’en expliquer la façon. Par ce que prouver que l’on subit pareil préjudice est souvent difficile si ce n’est impossible. Car il s’agit de montrer que quelqu’un nous pousse à agir contre son propre gré et pour celui d’autrui, patron, supérieur ou autre. C’est pourquoi ce n’est plus au plaignant de répondre ainsi de sa plainte mais au répondant de s’en défendre. C’est-à-dire que c’est l’entreprise qui doit expliquer en quoi il n’y a pas de harcèlement ou autre. Car pour la victime il faut se figurer que si elle dit vrai, elle se trouve dans une situation de préjudice qui serait double, une double contrainte consistant à devoir s’expliquer sur ce dont elle se plaint sans le pouvoir tout en éprouvant la contrainte morale.

Avant d’en venir à ce qui va nous intéresser je tiens à dire une chose concernant cet aspect assez général des contraintes au travail pour ne pas prendre ce genre de situation trop à la légère. Figurons-nous un employé heureux de ce qu’il fait, des conditions de ce qu’il fait et des autres personnes avec lesquelles il le fait. Il n’aurait pas de raison de se plaindre de quoi que ce soit, qui plus est qui serait de l’ordre du harcèlement moral ou autre. Dès lors, si une personne se plaint des conditions morales de son travail, c’est que tout n’est pas absolument parfait, qu’il y a bien quelque chose qui ne va pas et qui a des conséquences quant au bonheur de cette personne, ce qui n’est vraiment pas à négliger de quelque façon que ce soit. S’il faut reconnaître qu’il y a un problème, il reste encore à en trouver la source car ce malheur peut provenir du plaignant, par exemple s’il n’a pas choisit comme il l’aurait du sa profession, s’il n’a pas respecté des termes de contrats, des clauses, des engagements ou autre. C’est pourquoi je tiens à préciser ici que je ne soutiens pas les causes qui poussent à une pleb irrationnelle de la rue.

Pour en venir au sujet que je souhaite aborder avec vous et éclairé de ces considérations antiques et actuelles venons-en au domaine de l’éducation nationale. Pourquoi me direz-vous ? Et bien par ce que c’est l’exception la plus aberrante, la plus honteuse, dangereuse et lourde de conséquences que nous puissions connaître. Je vais m’en expliquer mais j’ajoute au sujet de « la pleb irrationnelle de la rue » qu’elle aurait bien mieux à faire en ce domaine qu’en ceux dont elle parasite.

Pour expliquer le problème de l’éducation nationale quant à ce problème du harcèlement moral quoi de mieux que de le décrire. En théorie, être enseignant consiste en la transmission raisonnée de connaissances appartenant à une certaine science. En pratique de nos jours et nous ne le reconnaissons toujours pas, il s’agit d’avoir fait au minimum cinq année d’études supérieures dans des conditions plus médiocres qu’enviables pour avoir souvent bien peu de chance de passer des concours pour enfin se retrouver devant une quantité d’ignorance incommensurable durcit d’une trentaine d’enfants dits « adolescents ». Il s’agit de résister face à trente personnes presque absolument irrationnelles et parfois non-civilisées, dont les parents n’ont pas eu égard pour la plupart. C’est une résistance de tous les instants, des remarques, des affronts, des insultes, des comportements allant du geste le plus banal et insignifiant à l’émeute. C’est des « enfants » qui errent dans les couloirs, tapes dans les portes, font des trous dans les murs. Des « enfants » qui hurlent, n’écoutent rien, n’apprennent rien. Des « enfants » qui n’ont conscience de rien, qui souvent haïssent leur pays, son autorité, son enseignement, son éducation. Pour toucher de leur haine cette entité étatique ils s’en prennent à la personne du professeur. Professeur qui n’a d’autre arme que son savoir puisque sa transmission est sa seule mission. Et puisque c’est un fonctionnaire il se doit d’obéir à ce pourquoi son poste a été pourvu. De fait il doit rester et résister devant cette petite armée de trente « enfants » avec des armes sans effets. Parfois ces armes se retournent elles-mêmes contre son possesseur, comme si savoir était un fardeau. Ce que j’écris là peut paraître sans réalité, comme des critiques d’un système. Or il ne s’agit pas de ce genre de critique. Et la réalité de ces propos, si elle est tacite, est. Une vérité cachée n’est pas moins une vérité, encore faut-il simplement la découvrir. Ce n’est d’ailleurs pas le propos de cet article que de démontrer la réalité de l’éducation nationale, dans son essence, son origine et son devenir.

Revenons-en à la situation concrète d’un professeur. Elle est de rester deux heures devant un contenu inépuisable d’attaques, d’usure, d’irrespect qui érode et méprise à la fois le représentant du savoir, le professeur et en même temps ce qui est d’autant plus grave, sa personne. C’est-à-dire que ce n’est pas seulement « madame un tel » qui est visée mais « toi-là ! ». Et comme pour parfaire l’œuvre de ce parfait et grossier harcèlement moral il faut ajouter la frustration d’une mission jamais accomplie. Car si professer la connaissance est reconnue comme profession elle est bien souvent le fruit d’une vocation. C’est-à-dire que parvenir à transmettre le savoir est un but professionnel dans le cadre du travail mais il est aussi personnel dans ce que c’est aussi souvent une vocation. La déception est de fait double dans l’enseignement. À l’humiliation s’ajoute ou se juxtapose la peine de l’œuvre à peine entamée, jamais achévée.

Outre le scandale de cette éducation molle et paralysée en quoi cette forme de harcèlement moral nous intéresse-t-elle ? Elle nous intéresse à l’heure où l’on cherche de plus en plus précisément à savoir qui oblige quelqu’un à agir contre son gré, contre sa nature, qui harcèle moralement.


Car si un professeur finit par agir selon la volonté de ses armées ennemis il agira sous la contrainte. C’est-à-dire que si un « enfants » vous énerve,cherche à vous provoquer, insulte votre personne, souille vos biens, commet une injustice qui excède tout pour tester vos limites et qu’un jour, en une seconde, en un instant il y parvienne et que vous lui adressiez une claque ou une chaise en pleine figure, vous le professeur serez jugé seul responsable de votre acte. Mais comment jugerions-nous un forgerons sans outil qui n’a pas fait son travail ? Nous chercherions à savoir si c’est de la faute du forgeron ou de quelqu’un d’autre s’il n’avait pas eu d’outils en sa possession. Mais nous ne dirions pas simplement que le forgeron est entièrement responsable de l’acte de ne pas avoir fait son travail comme il l’aurait du. De façon plus subtile il en va de même pour l’enseignement. Il n’a pas les moyens et nous le comprenons de faire face à une pareille situation. Et non seulement il ne peut être seul responsable d’un acte violent mais il est victime de lui-même, des « enfants » et plus largement de cette situation. C’est le cœur de cet article, être enseignant en France à l’heure actuelle c’est être une victime potentielle. Et rien ne peut nous permettre de mesurer cela par ce que rien n’est fait en ce sens. Car un enseignant, puisque obligé d’être à son poste et en vue de ce qu’il affronte et des moyens pour ce faire est contraint à subir le harcèlement de ces êtres non-civilisés. Deux voix s’ouvrent à nous. Une concerne les moyens car comme pour le forgeron nous pouvons et devons chercher une cause extérieure à la responsabilité d’un acte de violence. En premier lieu nous pourrions nous tourner vers l’état et son engagement en terme d’enseignement. Mais qu’engage l’état dans l’éducation ? Ne s’adresse-t-il pas à ses citoyens ? Comme de nombreux penseurs depuis l’antiquité l’ont dit et pensé, l’état doit prendre en charge l’éducation de jeune citoyen et non d’être non-civilisés, de « non-citoyens » tels que ceux que nous voyons évoluer en grand nombre. Il y a une origine plus antérieure à ce problème et si l’état prend part au problème de l’éducation et du harcèlement envers ses professeurs en son sein cela vient d’une seconde voix. Cette seconde voix provient de cette incivilité, de l’échec des parents. Lisez Aristote, lisez Platon et vous verrez que la cité ou l’état de nos jours n’éduque les enfants qu’à la suite des parents. Les parents ont à charge de commencer la civilisation de ses enfants ce qui n’est manifestement pas fait actuellement pour bon nombre d’enfants. Mais comment reprendre les parents ? Cela est-il possible ? Le problème est-il aussi simple ? Certainement pas mais la voix de réflexion est plus claire et engage un examen constructif. Ce qu’il faut retenir ici c’est cette ambivalence, ce manque d’honnêteté pourrait-on aussi dire de cette volonté aigu de chasser le harcèlement moral partout où il se trouve dans le travail, le public et le privé excepté dans l’éducation, ce fleuron d’une nation qui fait briller ignorance, inhumanité, mollesse, pleb sur fond de souffrance professorale. S’il va s’agir pour moi dans d’autres articles de progresser sur les voix que j’ai sus-dit, il est important ici non plus de se préoccuper mais de s’occuper de nos enseignants et du harcèlement moral qu’ils subissent brillamment. Je vous enjoins aussi et ce n’est pas sans lien de lire mon article de Philopure au sujet de la violence dans l’éducation intitulé « La violence est-elle nécessaire dans l’éducation des enfants ? » et qui nous éclairera davantage sur la situation actuelle de l’éducation et sur ce vers quoi nous pouvons tendre que ce soit dans le domaine pratique que dans celui de la réflexion.

Bibliographie :

Aristote, Ethique à Nicomaque.

Rubrique Philopure : « La violence est-elle nécessaire dans l’éducation des enfants ? »

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