PHILOTHERAPIE

PHILOTHÉRAPIE : Article n°15 : « De la tyrannie de la Démocratie participative »

S’il existe un des paris les plus osés de l’histoire de l’humanité, c’est celui de la démocratie. Prématurée, celle-ci est retombée dans son autre, notamment avec la Monarchie de Juillet et la dynastie Napoléon. Cependant et contre de bien pessimistes avis cette laborieuse démocratie tient ; on ne sait comment mais elle tient. Car ce pari est celui d’une société libérale dans laquelle chaque individu se soumet à l’État qui a le devoir de protéger la propriété de chacun d’entre eux. De bien nombreuses questions et d’innombrables problèmes se sont posés à elle en la posant dans le même temps. De fait, qu’est ce que cet État ? Qu’est ce qui nous oblige à nous y soumettre ? Comment définir la propriété ? Comment être sûr qu’elle sera préservée d’autrui et en second lieu conservée ? Ce ne sont là que quelques difficultés fondamentales de la démocratie mais déjà nous sentons le poids d’un tel pari, d’une pareille mise en balance de l’homme, de ses biens y compris même de son humanité.

Je ne prétendrai en rien répondre ou même traiter de tels problèmes de fond bien que ces derniers soient absolument capitaux et fascinants. Il sera bien plutôt question de s’intéresser à une expression que nous entendons de plus en plus dans les discours politiques et qui prend de plus en plus d’importance dans l’opinion générale. Il s’agit du concept de « démocratie participative ».

La démocratie s’avère nécessaire pour garantir la préservation de soi et de ses biens, de fait c’est un gouvernement politique qui se met en place par le consentement de tous les individus car nous voulons tous conserver ce que nous possédons, au moins la vie ou notre humanité. De fait nous participons à la démocratie, même à différents degrés, la conservation de soi étant le degré minimal et surtout par le vote qui est devenu l’acte privilégié de l’individu participant de la démocratie à travers son gouvernement étatique. Dès lors qu’il s’agit de démocratie nous ne pouvons pas ne pas nous accorder sur le fait qu’elle est participative puisqu’elle est fondamentalement l’accord commun à tous les hommes de vouloir se conserver et se préserver en se soumettant à un état. C’est pourquoi il y a quelque chose de relativement étonnant de ce qui revient à prôner cette « démocratie participative » comme quelque chose n’existant pas et étant à instaurer. Cet article s’attachera ainsi à éclairer ce paradoxe à l’aide de la pensée de Tocqueville qui s’est intéressé à ce qui pour lui représente un danger dans son analyse de la démocratie américaine ; la tyrannie de la majorité. Je m’appuierai donc essentiellement sur De la démocratie en Amérique, à la seconde partie du premier Tome. Le chapitre auquel je me réfèrerai dans cette partie est le chapitre VII intitulé « De l’omnipotence de la majorité aux États-Unis et de ses effets ».

Je vous indique un exposé oral retranscrit dans l’article de PHILOPURE qui concerne et détail ce même chapitre. Nous comprendrons ainsi tout le danger que représente ce qui nous est présenté comme souhaitable et lacunaire dans la démocratie actuelle, c’est-à-dire la démocratie participative et nous verrons en quoi et comment il est saint et d’un bon usage de participer de la démocratie.

L’essence de la démocratie nous indique Tocqueville est la majorité. La majorité est ce qui constitue et permet la démocratie, elle en est la plus grande force. Mais il précise que c’est une force à double tranchant. Pourquoi ? Par ce que si la majorité est en mesure de contrôler l’État, notamment par son vote pour ne pas que le pouvoir qu’elle lui confère ne se retourne contre elle, il faut savoir que dans son exercice du pouvoir, cette même majorité peut se nuire à elle-même. C’est-à-dire que le risque que l’on prend à mettre tous les pouvoirs entre les mains d’un seul homme est le même risque que celui de le remettre à une majorité d’hommes. Car si la sagesse ou la méfiance de ses derniers s’ajoutent, leurs défauts et leurs vices s’ajoutent tout pareillement. Il faut donc que le peuple ait des obstacles dans l’exercice de son pouvoir souverain sur l’État démocratique et sur elle-même.

C’est-à-dire que le pouvoir de la majorité doit être limité et qu’une partie de ce pouvoir doit s’exercer en dehors d’elle-même, que ce soit par une opposition politique ou à travers la liberté d’expression ou simplement encore de penser.

Car la démocratie participative peut déjà dévoiler sa définition. Il s’agit d’un peuple souverain, d’une majorité qui seule exercerait le pouvoir, sans avoir l’utilité de représentants. Ce n’est pas une caricature ni même une esquisse spéculée de ce que ce genre de démocratie pourrait produire mais bien au contraire ce que développe finement Tocqueville dans ce chapitre VII de l’omnipotence de la majorité. Cette majorité qui détiendrait tous les pouvoirs soumettrait les législateurs, le pouvoir de faire les lois à ses volontés, à son pouvoir. Suivrait ensuite en droite lignée ceux qui l’appliquent, c’est-à-dire les magistrats et le pouvoir exécutif. La démocratie participative n’est rien d’autre que l’étouffement total ou presque de ces trois sphères du pouvoir. Ce qu’il y a de fin et vicieux dans un tel régime démocratique, c’est que la structure, la forme ou encore l’aspect du pouvoir reste démocratique puisque les instruments tripartites du pouvoir seraient toujours visibles mais ils seraient en réalité les sujets si ce n’est les esclaves de la majorité. Puisque la démocratie participative c’est l’omnipotence de la majorité, son accomplissement conduit à écraser et même à ne pas même rendre possible la naissance ou l’apparition de la moindre opposition. Opposition s’entend au sens large puisque le simple désaccord ou la pensée qui n’est pas conforme à la voix de la majorité n’a pas sa place ni la moindre possibilité d’exister.

Il s’agit nous dit Tocqueville d’un « despotisme perfectionné » puisqu’il ne passe pas par le corps pour punir mais directement par l’âme, en ôtant l’humanité de celui qui ne se soumet pas à son régime. Très abstrait ? Pas vraiment quand on observe actuellement comment est perçu un discours, une idée ou une pensée qui ne convient pas à ce que pense la majorité. Quand on ne pense pas comme la majorité qu’il faut accueillir les étrangers, qu’il faut poursuivre absolument la route du progrès social ou bien encore qu’il faut prendre aux riches pour donner aux pauvres, nous ne sommes pas considérés comme « humanistes ». Heureusement et c’est quelque chose à espérer, on ne vous enlève pas encore notre humanité propre. Mais déjà, vous n’êtes pas humaniste si vous ne pensez pas comme la majorité.

De fait si la démocratie participative entretient les qualités de la majorité de façon égale, elle fait de même de ses défauts, notamment avec son ignorance. Pire encore, cette omnipotence du pouvoir de la majorité non seulement égalise la connaissance, mais elle devient un catalyseur de l’ignorance. En d’autres termes la démocratie participative est le contraire de la technocratie. La technocratie revient à mettre le pouvoir entre les mains des experts ce qui n’est pas non plus souhaitable. Ce n’est pas souhaitable par ce qu’il y a peu de chance pour qu’un biologiste sache s’il faut ou non autoriser le clonage, qu’un physicien sache s’il faut ou non préférer l’énergie nucléaire ou si un économiste sache s’il est d’augure par exemple sociale d’appliquer la rigueur ou l’abondance.

Le risque de la démocratie participative réside aussi dans son administration public qui peut, pour ainsi dire, se retourner contre elle. Nous retrouvons déjà un échos dans notre société actuelle. Par ce que nous sommes astreints et ritualisés de démarches et de procédures qui entérinent nos esprits dans cette administration de nos corps (médical, social, national, communal, régional, scolaire, universitaire, fiscal, salarial etc. ). C’est l’autre de la technocratie ; la bureaucratie.

C’est en quelque sorte et sans avoir le terme à son époque pour le nommer ce que désigne Tocqueville au milieu de son chapitre VII qui concerne les « Effets de l’omnipotence de la majorité sur l’arbitraire des fonctionnaires publics américains » (page 351, GF) ; c’est la bureaucratie.

Le pouvoir de l’administration peut être « funeste » à la démocratie lorsqu’elle est tyrannisée par la majorité, c’est-à-dire dans le cadre de la démocratie participative accomplie.

De fait, si la démocratie participative est l’expression d’un absolutisme habilement déguisé de démocratie et maintenant que nous savons que ce n’est pas un modèle à prôner ni même à souhaiter, il convient de savoir pourquoi une telle volonté de participation à lieu aujourd’hui.

Une telle idée de démocratie participative n’est pas nouvelle et date même des origines conceptuelles de la démocratie. Elle est en train de se refaire une jeunesse justement par ce qu’on ne sait plus comment il faut authentiquement et sainement participer de la démocratie. Nous pouvons d’ors et déjà remarquer une inversion de la formule même. Nous ne parlons non plus de démocratie participative mais de participer de la démocratie. Participer à la démocratie c’est participer de la majorité au sein de sa vie, c’est-à-dire dans la cive en latin, c’est-à-dire la cité, terme qui signifie aussi citoyen. De fait, participer de la démocratie c’est être et agir en tant que citoyen alors que la démocratie participative n’implique que des membres d’une même et unique majorité, c’est-à-dire de simples individus égaux les uns avec les autres et qui ne peuvent prétendre à la moindre supériorité. Le citoyen est généralement considéré comme celui qui vote. Or cela est le minimum nécessaire mais en aucun cas suffisant. Être citoyen c’est aussi être conscient de la société, de la cité dans laquelle on vit, à laquelle on prend part. C’est savoir que des choses importantes se décident pour la cité et donc pour soi. C’est savoir quand ces choses se décident, et où elles se décident. Puisque ces décisions nous concernent, il faut en tant que citoyen prendre part aux délibérations qui les précèdent et les font naître. Ainsi il s’agit par exemple de se rendre dans les conseils municipaux, parler de politique, s’y intéresser, faire des expériences de penser, participer à des débats, se rendre dans les partis pour écouter, partager, observer ou participer. La citoyenneté n’est pas que cela est fort heureusement mais c’est en cela au moins qu’elle rapproche l’individu d’une saine et claire démocratie et c’est en cela qu’elle l’éloigne de l’obscurantisme de l’ignorance individuelle de la démocratie participative. Car cette citoyenneté diffuse le savoir en partant du haut, des politiciens plus que nécessaires à la vie de la démocratie, mais aussi des experts comme les scientifiques, les économistes, les écologistes, les sociologues, les philosophes etc. Il faut que le savoir se diffuse ainsi d’en haut plutôt qu’il ne soit égalisé à une norme faible ou pour le moins moyenne qui tend plus vers une descendance qu’une évolution ascendante.

Je suis bien d’accord avec l’objection que l’on pourrait me faire quant à ce que le savoir requis par cette citoyenneté que je n’ai qu’en faible partie exposée n’est pas accessible à tous. Mais la démocratie doit-elle et peut-elle se permettre de payer le tribus de l’ignorance de ceux qu’elle protège et préserve ? En d’autres termes et quitte à être contraint de le faire, je le fait, je me réfère à Aristote, il faut savoir que nous sommes d’abord et chacun responsable de sa propre ignorance. Avant d’assumer l’ignorance d’autrui, il faut assumer les actes qui correspondent à ce que notre savoir nous rend obligé et responsable d’être. Je ne peux pas agir en vertu de l’ignorance d’autrui mais d’abord par acquis de mon savoir ou encore en connaissance de cause.

Dans ce qui est de la citoyenneté, nous ne pouvons être responsable en considérant d’abord l’ignorance ou l’incapacité d’autrui. C’est ici la condition de la démocratie authentique, je le rappelle, l’inverse de la démocratie participative. Car finalement, protéger l’ignorance ou l’incapacité, c’est renforcer cette tyrannie de la majorité qu’est la démocratie participative. C’est aussi en faire non plus à la fois un ajout des qualités et puis des défauts, mais une forme de neutralisation du savoir authentique et de la capacité pleine et efficace à se cultiver. En négatif et en creux, cette tyrannie participative est une culture du faible, du pauvre et de l’ignorant en le protégeant.

Quant à savoir pourquoi il y a cette ignorance citoyenne c’est un sujet dont le pourquoi et le comment est au moins aussi intéressant que la démocratie participative dont il est question ici. Mais ce n’est pas le sujet de cet article et ce qu’il convient justement de retenir c’est que cet état de fait, celui que l’individu ne sait plus trop comment être citoyen en tant que tel dans la démocratie, est déjà quelque chose de négatif, ce sur quoi nous pouvons nous entendre. Faut-il pour autant prendre cela simplement comme tel et agir comme si rien n’était à faire ? Non, je ne le pense pas. Je pense au contraire que la difficulté, bien que déplaisante est ce qui conduit au véritable salut, à la véritable dignité de citoyen, d’homme, et par voie de fait de travailleur, d’homme ou bien de français dans le contexte de notre pays. Par ce que si l’ignorance ou le fait de ne pas cultiver ses facultés étaient souhaitables et de valeur, les philosophes eux-mêmes auraient disparu et la philosophie se serait intégrée et conformé au simple et unique pouvoir de la majorité. Or ce n’est pas ce qu’elle fait et il est bien plus souhaitable de se donner de la peine en vue d’une fin que l’on se sera fixé en vu d’un bien et à la lumière d’une justice souveraine. Je fais ici référence à l’article précédent, l’article XVIII de Philothérapie intitulé Le mythe de la soufFrance dans lequel j’expose notamment et pas seulement cette incapacité à considérer le mal en vue d’un plus grand bien. Pour ce qui est de juger de ce concept de démocratie participative il n’y a plus grand égard à avoir. Comme tout extrême, comme tout totalitarisme et despotisme c’est un régime condamnable sur le plan démocratique et comme le dit Tocqueville, « le pouvoir de tout faire, que je refuse à un de mes semblables, je ne l’accorderai jamais à plusieurs. » (page 149). Je crois et j’ose espérer qu’une certaine majorité actuelle dont j’ai déjà fait mention plus haut accepte au moins de concéder ce point avec un de ses inhumains opposants.

Bibliographie :

Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Tome I (Partie II, chapitre VII).

Locke, Second traité du gouvernement civil.

Platon, Gorgias (pour ce qui est du mal en vue d’un plus grand bien).

Aristote, Ethique à Nicomaque (pour ce qui est de la responsabilité, particulièrement au livre III).

PHILOPURE :

Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Tome I, Partie II, Chapitre VII

Philothérapie :

Article XVIII, Le mythe de la SoufFrance


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