PHILOTHERAPIE

PHILOTHÉRAPIE : Article n°14 : « Le tabou de la soufFrance »

Une claque sur les fesses à la naissance, les vaccins, les fessées, les chutes, les égratignures, les devoirs à l’école, l’adolescence, les études, les examens, le stress, l’angoisse, l’échec, la maladie, la mort, autant d’étapes de l’existence de l’homme que l’on répudie et tient à écarter dans le projet que sera notre vie. On tentera toujours en effet de se tenir le plus à distance que possible de tous ces maux parce qu’ils ne peuvent à nos yeux constituer le substrat d’une vie heureuse. Une vie heureuse est de fait une vie dont l’existence tend au bien-être. Et cette quête de bien-être n’a jamais été aussi intense et accrue depuis l’avènement de la démocratie. La démocratie permet d’atteindre ce bonheur que l’on soit issu d’une famille modeste, riche ou immigrée. On se rapproche de plus en plus de la définition la plus commune de la démocratie avec ses grands concepts universaux que nous connaissons si bien. Mais si nous la définissons comme le partage des inégalités, nous n’en retirons plus le même raisonnement. Car en ce sens, la démocratie n’implique pas que l’on doive gagner à tous les coups. Si je gagne un euro, c’est que quelqu’un le perd. Et celui qui le perd l’a lui-même gagné sur un autre perdant. De fait la démocratie fait de nous aussi bien des perdants que des gagnants. Certains perdent plus que d’autres et certains encore gagnent plus que d’autres. Sous cette nouvelle modélisation la démocratie n’est plus un substrat inerte, des strates avec partant du bas les perdants et en remontant les gagnants. Elle devient plutôt une dynamique. En ce sens, le dessein de la démocratie est de faire gagner un maximum d’individus et d’en faire perdre un minimum. Nous retombons ainsi dans une définition assez commune de la démocratie. Mais avec le modèle que j’ai présenté, plus il y aura de gagnants et plus il y aura de perdants. Soit cette dynamique tendra à diviser un peuple en deux avec une moitié riche et une moitié pauvre, soit cette dynamique tendra à devenir une dynamique de standardisation. C’est-à-dire que les riches tendront à devenir pauvre et les pauvres à devenir plus riches. Cela est extrêmement mauvais et a pour conséquence deux choses.

La première chose s’inscrit dans la réalité et nous allons nous attacher à la France pour exemple. Nous voyons ainsi que les riches ou ce que nous convenons d’appeler ainsi ne deviennent pas plus pauvre. Car le modèle que je viens de présenter sous-entendait que le système était clôt et qu’il fonctionnait seul et uniquement en lui-même. Or cela ne se passe pas ainsi et dans la réalité les riches ne restent pas dans un pays où l’on veut les rendre plus pauvre mais se rendent là où il pourront créer plus de richesse. De fait les pauvres ne sont pas plus riches et ont encore moins de chance de le devenir ou d’y aspirer. Cela se vérifie aussi pour d’autre richesses tel que le savoir. L’éducation connait elle aussi une standardisation telle que l’exprime notamment Alexis de Tocqueville au premier tome De la démocratie en Amérique. C’est-à-dire que l’on tend à ne pas avoir d’individus trop ignorants en donnant à tous l’accès à l’éducation. Mais cela n’a pour conséquence et ce n’est plus un secret d’abaisser le niveau intellectuel des enseignements, de créer de grands « riches » intellectuels au dessus d’une masse faible se tenant à peine au dessus si ce n’est aux côtés d’un substrat d’une grande pauvreté intellectuelle. N’oublions pas qu’il s’agit d’une dynamique. Plus il y aura de pauvres intellects et plus l’intellect commun s’appauvrira.

À présent, permettons-nous simplement de regarder autour de nous pour constater cette dynamique d’appauvrissement ; dans l’école, l’économie mais aussi l’administration, la politique, la police, la rue, la ville, la citée ou bien encore, surtout et en particulier le citoyen.

Pour conclure ce premier point, est-il encore besoin de signaler que si les riches ne deviennent pas plus pauvres, les pauvres ne deviennent pas non plus plus riches. Ils accèdent à des diplômes sans grande valeur professionnelle dans un monde professionnelle de fait déserté par une économie rendue aride pour les raisons sus-développées. Les dits pauvres sont aidés par l’État mais cette aide provient d’eux-même, dans l’affaiblissement de leur salaire, quant ils en perçoivent un mais aussi et encore dans la participation à l’appauvrissement de l’économie, du marché de l’emploi, tandis qu’une dette se fait chaque jour Damoclès de surcroit. Je ne prétends pas connaître la sociologie ou encore l’économie mais en tant que philosophe ou plutôt en tant que pensée s’exerçant au philosophé je répond au moins de l’intuition commune s’il n’est pas possible de parler d’évidence. Si l’on part de l’individu comme c’est trop souvent le cas, nous tombons dans le relativisme, la contestation incessante et in-constructive. On oubli qu’une des conditions fondamentales de notre splendide concept de démocratie est la souffrance de certains pour le bonheur des autres, l’honnêteté de tous pour l’avenir des prochains. Qui dit honnêteté dit lucidité, clarté et de fait vision d’une réalité en soi et non pour soi, individu égoïste et dangereux pour sa propre cause.

La seconde conséquence de la standardisation démocratique découle de la première en tenant au fait que le système n’est pas « en soi » mais « avec » d’autres systèmes, que la France existe parmi d’autres nations. Car si la nation fuit pour ce qui est des richesses, économiques, culturelles, scientifiques ou bien encore patriotiques elle se rempli d’une substance nouvelle, plus nouvelle encore que la pauvreté que je viens d’exposer et qui était la première substance de remplacement de la richesse. Car plus notre pays est pauvre et individualiste, plus il est ignorant et a-patriotique et plus il manquera de rigueur, de tenue, du pouvoir politique fondateur de la nation. Moins il est riche et savant et moins le peuple participera de lui-même. Moins la France est riche et savante et moins elle est française. Cela ne veut pas dire qu’elle tend à ne rien devenir et c’est le pire, le pire quant à ce qui l’attend. Car en perdant son cerveau, sa capacité à réfléchir patriotiquement, pour le bien de la nation, à penser la souffrance et le labeur comme le positif de l’avenir, la France met ses sujets à la merci des cerveaux qui eux savent se tenir. Nous sommes par exemple envahit par des produits que nous ne produisons pas comme les produits asiatiques et principalement chinois, conséquence de la fuite de nos « riches » que nous nous plaisons à fustiger. Notre hymne est ignorée tandis que le rap est scandé, le Coran prié. Les lois sont détournées, les forces de l’ordre méprisées. En s’ignorant et se rendant ignorant le peuple s’infantilise et régresse, pour preuve il semble nous faire une crise d’adolescence, une crise de l’autorité, autre forme de souffrance par la contrainte. Il n’écoute que ses gourous dont il ne connait rien ou peu, il voue sa confiance aveuglément, tend à réagir au lieu de réfléchir. L’homme réfléchit tandis que l’animal réagit. Le peuple ne régresse-t-il pas ? L’égalité absolue c’est l’état de nature, état de nature que Hobbes définit comme la guerre de tous contre tous. Chaque intérêt se bat pour se frayer un chemin parmi le combat des autres intérêts. Voilà en quoi nous sommes à la merci du monde. Pour chasser, un prédateur fend le troupeau pour qu’il se disperse. Le troupeau tente de fuir en restant rassemblé. Imaginons un troupeau qui fuit en tous sens, sans rationalité commune si ce n’est l’intérêt propre à chacun de ne pas mourir.

Nous courons en tous sens, nous nous diluons dans l’oubli avec pour seule structure concrète, le passé glorieux de révolutionnaires dont nous n’avons plus rien à voir. À croire que la France est une nation de collaborateurs. Nous nous plaisons à cristalliser notre image de citoyen valeureux alors que nous nous contentons à peine de voter, de manifester notre lâcheté face à la souffrance du travail, de l’acquisition de la connaissance, cette souffrance dont le dépassement conduit au véritable bonheur, un bien-être commun, réellement partagé et de fait, réellement national.

Les résistants de la seconde guerre mondiale sont considérés comme des exemples. Et là encore tout est compris de travers ou à bon compte. Car ce sont des exemples constituant une leçon d’humilité, car ces français résistants ne représentait pas la France telle qu’elle était mais ce qu’elle aurait du être. En réalité la France a collaboré, elle n’a pas été courageuse. Et nous nous félicitons de nos bonnes actions de la seconde guerre. Voilà le symbole d’une hypocrisie et d’un mal-être national. Voilà en quoi la France n’est France que par son passé, passé seulement révolutionnaire. Depuis la révolution, la France n’a cheminé que vers sa propre fin, fin vers laquelle elle tend toujours plus vite, faisans mourir sa tradition dans un combat pour celle-ci. Non à la pauvreté par et pour la pauvreté. Qui sait si un jour nous ne prendrons pas certains acteurs politiques, certains penseurs ou scientifiques pour exemple de ce pays alors qu’ils n’auront été qu’une minorité non-représentative, de nouveaux exemples d’humilités.

Le vernis écaillé et jauni est retiré, et il n’en reste pas grand chose. La grandeur de la France n’est plus qu’une contre-plongée. La question qui se pose alors est « A quoi bon ? ». A quoi bon la politique, l’enseignement, l’éducation, la solidarité, la nation, la patrie, la démocratie, l’avenir, la philosophie ? Peut-être que les résistants de la seconde guerre se la sont posé à certains moments, ce doit sûrement être le cas. Il n’a pas du être facile de vivre parmi ces animaux au mieux immobiles dans le pâturage marécageux qu’était la France. Il n’a pas du être facile d’entendre chaque jour la propagande allemande, de voir et sentir la misère humaine. Le tabou de cet article est la souffrance, ce n’est pas pour rien. Mettez une grenouille dans un casserole d’eau bouillante et elle s’échappera aussitôt. Mettez-la dans une casserole d’eau froide et montez la température progressivement jusqu’à ébullition et elle se laissera mourir. En nous préservant et en nous acquitant progressivement de la souffrance nous nous sommes noyé dans l’immobilisme, conforté dans l’ignorance et la confiance aveugle, et construit dans la peur de l’échec.

L’éducation de la réussite n’admet plus que l’échec soit un facteur de l’apprentissage, comme la maladie est ce qui fait le vital de l’organisme (Cf. Canguilhem, Le normal et le pathologique), l’ignorance le moteur du connaître (Cf. Socrate), l’eau bouillante la survie de la grenouille. La souffrance sous toutes ses formes est dépréciée, dénigrée, abîmée et stérilisée. La souffrance est la clef de notre avenir, c’est le travail, la réflexion, l’apprentissage, l’humilité, la lucidité, le bon sens, la patience, la réversibilité et la citoyenneté. Et nous constatons presque infiniment le tabou de la souffrance dans l’aliénation du travail, le refus de travailler plus, d’accepter les conditions de son existence, d’être responsable, de le devenir, de prendre le risque d’échouer, d’accepter son échec, ses erreurs. C’est aussi ne pas savoir dire que l’Islam ne peut consommer sa place au sein de la démocratie, que la religion n’a de valeur que moyenâgeuse ou au mieux individuelle, que la tolérance a ses limites « françaises », que nous sommes fainéant et empotés de nos privilèges. C’est aussi ne pas être en mesure de passer son tour, de critiquer, de comprendre, d’admettre, de s’en remettre aux bonnes personnes, ne pas savoir différencier la réalité telle qu’elle est de ce qu’elle devrait ou aurait pu être, c’est ne pas savoir différentier l’idéologie de l’idéalisme, c’est juger le philosophé sans philosophie, juger le politique sans citoyenneté, manifester le travail au lieu de le travailler.

À quoi bon s’investir dans cette dynamique trouve sa réponse au moins en partie dans ce que nos prédécesseurs ont laissé comme trace en dépit des échecs en leur temps. Je pense ici à J. Locke, premier penseur du libéralisme qui ne l’a pour autant pas vu de son vivant. Le « à quoi bon » est cet espoir, mieux cette conviction selon laquelle nous avons une place à prendre en ce monde, ce pour quoi nous sommes né, avons grandi et faisons ce que nous faisons. C’est ce qu’Aristote nomme la « destination » ou « l’office » (Éthique à Nicomaque). C’est savoir agir, savoir exister ou savoir quoi « faire de ce que l’on a fait de nous » (Sartre). C’est toute la difficulté et en même temps la dignité d’une existence : en trouver le sens, philosopher ou bien, dépasser le tabou de la souffrance.

Bibliographie :

G. Canguilhem, Le normal et le pathologique.

Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Tome I.

Aristote, Ethique à Nicomaque.

J. Locke, Second traité du gouvernement civil.

T. Hobbes, Le Léviathan, Elements de la loi naturelle et politique (Elements of law), Du citoyen (De cive).

Philothérapie :

Article VIII « La philosophie comme médecine« .

Article XIV « Sur le concept de responsabilité et de droit à la critique« .

Article XV « Le système évolutif d’une expérience de pensée globale ou introduction à la Théorie constructive« .

Article XVI « Société et symptôme : comment diagnostiquer la maladie ?« .

2 réflexions sur “PHILOTHÉRAPIE : Article n°14 : « Le tabou de la soufFrance »

  1. Je souhaiterai réagir sur ce thème du thème de ‘taboo » de la souffrance:

    Quelques remarques pour commencer:
    Je trouve bon que des exemples soient donnés mais je ne trouve pas de séfinitions de la souffrance ou du moins je ne comprends pas le rapport avec la démocratie et surtout le parallèle pauvre/riche.

    Je te donne juste un témoignage perso et qui n’engage que moi:
    Pour ma part, la souffrance n’est pas un taboo: je pense que dans la vie, passer par des épreuves comme le deuil, la deception..psychologiquement parlant peuvent être dur mais sont aussi des étapes de la vie et ça peut nous aider à grandir, à avancer dans un système qui aujourd’hui est assez corromptu. Je pense aussi que derrière la souffrance, il peut y avoir un bien être, une certaine quiétude: ex: j’ai connu des deuils et ça fait du bien d’être entouré que pas par la famille mais des amis, des collègues de travail ou des gens sans le savoir agisse avec des actes très concrets, et on a besoin de cela pour repartir de l’avant et malgré la souffrance que tu portes et qui est légitime et bien le réconfort se présente à toi.

    Je voulais rajouter que la souffrance ne se compare pas, par exemple quelqu’un qui te dit oui moi je souffre plus que toi (c’est un jugement de valeur que je trouve personnellement assez débile): la souffrance ne se compare pas, pardon si je choque car on ne sais pas ce qui se passe en réalité dans la tête des gens. Donc dans certains contextes, la »souffrance »peut amener à des choses positives.

    Donc je pense que la souffrance est un passage obligatoire dans la vie, et je choque peut être mais c’est necessaire. Et on peut être riche ou pauvre, je pense qu’une personne remplie de richesse peut autant connaitre la souffrance qu’une personne plus modeste.

    Bon merci de tes éclaircissements à l’occasion!

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  2. Bonjour Christophe,

    Voilà plus de deux ans que j’ai crée ce site et plus le temps passe plus je peux prendre du recul face à mes réflexions. Etant jeune et seulement apprenant, mes travaux ne peuvent témoigner d’un esprit mûr ayant acquis une pleine autonomie philosophique. C’est pourquoi je me rend souvent compte que certains articles qui me semblaient intéressant me paraissent aujourd’hui au moins insuffisants et même dépassés. Parce que je progresse, j’apprend de nouvelles choses et mes intuitions philosophiques prennent de plus en plus forme. De fait je trouve moi aussi que le rapport entre riches et pauvres est assez malvenu. D’ailleurs il est faux de penser que si je gagne un euro quelqu’un en perd un quelque part, ne serait-ce qu’en raison de ce que l’on appel la production de richesse. Celle-ci consiste à créer des capitaux seulement à partir d’une bonne idée ou de la force de son travail, sans avoir à prélever quoi que ce soit ailleurs. Mais là encore je n’avais que des connaissances très partielles en ce qui concerne l’économie.
    Néanmoins le rapport avec la démocratie me semblent toujours pertinent. C’est le caractère même de notre modernité occidentale que de ne plus produire ces grands hommes de l’histoire. Songeons seulement à ces hommes par milliers qui érigèrent des monuments titanesques durant des décennies, par exemple les pyramides alors que nous nous blâmons de quelques mois de retard pour un chantier qui, en comparaison de l’ambition et des moyens pour y parvenir, a bien moins d’envergure.
    Notre temps se targue de grandes avancées qui ne sont finalement que l’un des symptômes les plus prégnants de la fin de l’ère occidentale. Le confort, la paix et la sécurité à tout prix, quitte à ce qu’elle soit mise en péril à long terme, voire à très moyen terme !
    Aussi en terme de valeurs tout est fait pour ne pas contraindre (ce qui demanderai une analyse en soi).
    Pour ce qui est de la définition de la souffrance en effet je n’ai pas été très clair là-dessus. L’idée était de partir de la redéfinition de la souffrance de Canguilhem. La souffrance, la maladie, n’est plus le dépassement d’un état « normal » que l’on appellerait la santé mais elle fait partie intégrante de l’état de santé même. En d’autres termes, la souffrance ou la maladie concoure à la santé au lieu de la concurrencer, comme si la maladie était une sorte d’entité qui avait pour tâche maléfique d’avoir raison de la gentille santé. Les deux ne sont qu’un et se copénètrent. Ainsi s’il y a santé c’est précisément parce qu’elle est en mesure d’accueillir, d’intégrer et donc de dépasser la maladie. Le cancer est à ce propos un formidable exemple de cette redéfinition du « normal et du pathologique » (Cf. Canguilhem, Le normal et le pathologique).
    A partir de cette définition il était question de l’élargir aux domaines social et politique. Mais je pense que cette entreprise a été mal menée dans cet article. Cependant l’idée demeure intéressante. Par exemple on peut penser à cette citation de H. Harendt très connue tirée de « La crise de la culture » qui dit que « la violence est la sage-femme de toute société grosse d’une autre ». Et là on retrouve cette redéfinition de Canguilhem, cette idée que la violence qu’une société a à éviter est en même temps la condition de son existence. Mon article sur « La violence est-elle nécessaire dans l’éducation ? » montre aussi ce rapport de complémentarité entre la violence et l’apprentissage. D’ailleurs ne dit-on pas que l’on « se fait violence » pour se motiver et se mettre à l’ouvrage ou à l’apprentissage ?
    Et ce qui me conduit à parler de tabou c’est en autre la très forte prégnance de l’idée d’égalité que ce soit dans notre société, notre morale, notre politique etc. Ce qui n’est évidemment pas sans lien avec cet égalitarisme effréné qui hôte la violence de l’éducation, qui parle de la « pénibilité » seulement comme d’un problème et non comme d’un mérite, une fierté voire une preuve de courage et donc une certaine forme de vertu. La politique aussi n’est pas sans reste là-dessus, avec le soit-disant problème de condition de détention dans les prisons, l’interdiction d’user de la force, du port d’arme pour les policiers municipaux etc. Le voilà à mon sens le tabou de la souffrance. C’est pourquoi l’exemple personnel que tu m’avance ne relève pas d’un tabou.
    Car s’il y a bien un lieu où la souffrance n’est pas tabou c’est bien lorsqu’on la vit subjectivement. Evidemment qu’à cette échelle elle n’est pas tabou mais au contraire elle se dit, se crie, se pleure, se larmoie et se dolent… Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que c’est surtout et même seulement celle-là que l’on nous montre dans les médias, toujours la souffrance d’un seul homme, d’une seule femme ou d’une seule famille ou communauté. Nous n’entendons plus parler de souffrance nationale (sauf peut-être pour ce qui est du football). Alors là nous retrouvons sous un autre jour le tabou de la souffrance, qui se joue à l’échelle collective et non individuelle.
    Pour faire une parenthèse, j’ai traité de cette forme de violence subjective dans l’article titré « Comment se soumettre à la souffrance ? ». Car s’il n’y a plus de tabou, la définition de Canguilhem peut s’y appliquer de nouveau et sous une autre forme. De plus, cela rejoint et donne donc raison à ce que tu dis, que « dans certains contextes, la souffrance peut amener des choses positives ».

    Pour conclure je reviendrai sur mon aveux de faiblesse. Oui certains de mes articles me paraissaient bien, intéressant, mais au final, avec du temps et notamment, le temps du travail je me rend compte qu’ils sont parfois mauvais, voir « faux ». Mais c’était aussi en même temps la démarche de ce site, celle de progresser ailleurs qu’à l’université, par moi-même et à travers les autres. C’est donc ce que je fais en me relisant de temps en temps ou en répondant à des commentaires comme c’est ici le cas. Il faut avouer que ça fait un peu mal, mais en même temps, c’est un mal pour un bien ! C’est sur ce retour à notre analyse de la souffrance que je termine ainsi ma réponse.

    Très bien à toi et en te remerciant de tout l’intérêt que tu portes à mes travaux, je te souhaite une très bonne journée.

    Loac

    Ps : Aussi l’expression de « mal pour un bien » me fait penser à un autre article « La philosophie comme médecine » qui entre dans ce thème, notamment en regardant comment il est possible de soigner les douleurs de l’esprit ou de l’âme… Et donc de définir ces douleurs, ces « maladies de l’âme » etc. Thème très important notamment dans la période helléniste…
    Je pense aussi à cet article, « Euthanasie : a-t-on envie de savoir ? » qui est central en ce que le problème de l’euthanasie se trouve entre ce tabou national de la souffrance, et ce cri manifeste et assourdissant de la douleur à l’échelle individuelle.

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