PHILOTHERAPIE : Article n°08 : « La philosophie comme médecine »

Parler de la philosophie elle-même n’est pas une chose facile. De prime abord parce qu’il faut la définir. Mais comment définir quelque chose d’aussi complexe que la philosophie. Ce n’est pas facile d’une part parce qu’elle trouve son propre fondement en dehors d’elle même et d’autre part à cause de l’héritage dont elle pâtit. C’est du premier point dont je vais parler dans cet article pour que la place et la fonction du philosophe soit plus clairement établie. L’enjeu n’est pas sans importance puisqu’il s’agit de notre qualité de vie, de la qualité de notre existence, de notre bonheur. Il est aussi question de l’avenir des générations futures, du lègue que nous avons à leur préparer. En d’autres termes, cet article porte sur les notions de bonheur et de santé de l’âme, de la philosophie comme médecine.

Comme je viens de le dire, la philosophie trouve son propre fondement en dehors d’elle-même. Il convient de donner plus de sens à cette expression. Il faut savoir si nous parlons de « la » philosophie en général ou s’il est question de la philosophie comme une système de pensée propre à une culture, une époque, une thématique ou encore un penseur. À l’échelle du penseur, c’est-à-dire du philosophe, sa pensée ne naît pas de rien mais se nourrit d’un héritage, d’autres philosophes dont les parcours sont riches d’enseignements. Une pensée n’est pas le simple reflet d’une position ou bien encore d’une thèse mais elle fait intervenir une histoire, un contexte social, culturel, politique, littéraire ou encore artistique. C’est pour cela qu’étudier ou enseigner la philosophie n’est pas une chose facile. Elle fait intervenir de nombreux champs de connaissances qui lui sont étrangers, et en même temps la philosophie possède ses propres spécificités de méthode, aussi bien sur le plan théorique que pratique. C’est pour cela qu’elle reste elle-même, c’est-à-dire qu’on parle de philosophie politique et morale et non pas de sciences politiques ou sociales, qu’on parle de philosophie des sciences et non de sciences, ou bien qu’on parle d’esthétique et non de Beaux-Arts. La philosophie porte sur tous les domaines qui ont attrait à l’Homme sans pour autant prétendre égaler les savants qui composent ces domaines. C’est ce qu’il y a de délicat quand il s’agit de définir la philosophie et le philosophe, et par là, c’est ce qu’il y a de délicat à pratiquer la philosophie. À cette échelle le rôle du philosophe est de séparer chaque discipline, pour voir qu’elle fonctionnent les unes par rapport aux autres et donc que leur champs n’est pas séparé mais bien perméable avec les autres.
La pratique de la philosophie peut ainsi être définit comme le travail d’un médecin. Il commence par effectuer une observation. Il cherche à déceler des symptômes, ce qu’il a de mal, ce qui ne fonctionne pas ou pas bien que ce soit dans une société, dans une pensée ou un individu. Prenons l’exemple de l’individu pour mieux comprendre cette médecine philosophique. À cet égard le philosophe est pour l’âme ce qu’est le médecin pour le corps. Il observe l’âme en écoutant ses discours ou en observant ses actions et décèle ce qui ne va pas, ce qui fait problème. Il est ensuite question d’établir un diagnostique. Le médecin reconnaît une maladie en comparant l’état de son patient à un état « normal » c’est-à-dire par rapport à un état de bonne santé. Il en va de même pour le philosophe. Le problème ici pour le philosophe est donc celui de la norme. Comment convenir de ce qui est normal pour l’esprit d’un individu ? Une autre question que l’on peut se poser et celle de savoir quel remède le philosophe peut-il prescrire au malade ? Pour y répondre il convient de se demander ce que le philosophe à en sa possession. Il s’agit du langage. Par le langage il va atteindre l’âme. En cela, la philosophie n’est pas très loin de la psychologie mais elle ne doit pas pour autant être confondu avec elle. Par exemple, le philosophe ne prescrit pas de médicament comme peut le faire le psychologue ou le psychothérapeute. Ce sont des disciplines qui sont naît de la philosophie mais s’en sont affranchies, notamment par l’entremise de la psychanalyse, née des travaux de Charcot et de Freud. Le philosophe ramène à une norme sans s’intéresser à la moindre cause physique ou psychosomatique du symptôme diagnostiqué.
Il convient à présent de définir ce qu’est pour le philosophe une âme malade et une âme en bonne santé. Par « âme », il faut entendre la psyché, ce qui est de l’ordre de la pensée, de son organisation, sa capacité à agir, à faire des choix moraux ou encore à aimer ce qui mérite de l’être. De fait une âme en bonne santé est une âme heureuse, qui a atteint une forme de bonheur convenable, c’est-à-dire en accord avec la morale, avec le bien. Le grec ancien nommait ce genre d’homme le « kalos kagathos », ce qui signifie l’homme bon et beau. Et pour atteindre cette existence, le remède n’est autre que la philosophie. Il faut à présent préciser ce terme de remède. Nous avons tout d’abord dit qu’il s’agissait des mots et maintenant de la philosophie. Pour le médecin il existe deux sortes de traitement ou de façon d’administrer un médicament. Il y a des traitements préventifs et des traitements curatifs. Nous pouvons voir la pratique de la philosophie de la même façon. Il y a un traitement préventif, une pratique régulière et assidue de la philosophie et un traitement curatif, l‘elenchos, ce qui signifie « art de la réfutation » en grec, ou bien la dialectique ou encore la maïeutique, ce qui signifie « l’art de faire accoucher les âme » en grec, terme inventé par Socrate dont la mère était sage femme. Ce sont des procédés complexes à pratiquer et propres à la philosophie. Le rôle du philosophe est donc de permettre à une âme de recouvrer la santé ou au moins de faire apparaître la maladie.
Et l’âme la plus malade est celle qui ne souffre pas de sa maladie, qui n’en est pas consciente. La maladie de l’âme est très difficile à repérer parce qu’elle n’est pas sensible et donne l’illusion physique de santé. Par exemple il peut s’agir d’une âme totalement corrompue par les plaisir du corps, la soif de pouvoir, la nourriture et tout ce qui est de l’ordre de l’excès et de la démesure. Pour Platon, il s’agit du Tyran en tant qu’il est le plus malade, le plus corrompu et qu’il ignore jusqu’à l’existence même de la maladie qui sévit en lui. Tous ces symptômes relèvent de ce qui est de l’ordre de l’injustice. De fait la justice est le plus grand des biens, le plus grand et le plus puissant des remèdes. Ce diagnostique date peut-être de plus de deux mille ans mais c’est finalement ce à quoi est aujourd’hui encore, même sous une forme différente, confronté le philosophe, ce médecin des âmes.
L’autre difficulté de son exercice se trouve dans la notion même de médicament. En grec, cela se disait pharmakôn, et ce terme pouvait aussi bien signifier « médicament » que « poison ». Comme le médicament du médecin, si le philosophe n’applique pas la bonne posologie, le médicament peut ne pas avoir d’effet ou pire encore il peut s’avérer néfaste pour l’âme qu’il traite. C’est ce que nous pourrions comprendre quant à l’échec de Socrate dans l’éducation philosophique d’Alcibiade. Alcibiade était un élève de Socrate et un échec cuisant puisqu’il convoitait le pouvoir et se vouait à toutes sortes de démesures. Il est possible de penser que la manière dont Socrate à inculqué la philosophie à Alcibiade n’était pas approprié à son caractère et n’eut pas d’effet.
Dans la société actuelle c’est un problème central auquel le philosophe est et doit être confronté, celui du langage. Traiter de la philosophie n’est pas une chose facile et cette analogie avec la médecine m’a semblé être une bonne introduction quant à l’utilité, la place et la nécessité du philosophe et par là de la philosophie non seulement dans la société mais dans toute société.

La philosophie doit donc être vue comme une médecine et comme le dit Épicure il ne peut s’agir d’un médicament qu’il suffirait de prendre une fois. Si l’on arrête de philosopher, on s’expose à la corruption, aux sollicitations, aux manques de bon sens, de jugement ou bien de justice et de morale. Plus qu’un remède, la philosophie est une hygiène de vie. Et comme toute hygiène, elle n’est pas garante de la santé, ici du bonheur. L’hygiène permet de se préserver au mieux de la maladie, ici le malheur et de prévenir tout symptôme d’un mal quel qu’il soit. Il convient encore de définir et de développer de nombreux point mais c’est une tâche à laquelle je vous propose de m’appliquer avec rigueur, c’est-à-dire en traitant des autres aspects de ce sujets dans d’autres articles ultérieurs. De fait, le prochain article de « Philothérapie » sera consacré à l’héritage dont souffre la philosophie dans la société actuelle. Ce point est très important car il explique un fait sans précédent dans l’histoire de la philosophie ; une telle dépréciation de ce champ d’activité, cette idée selon laquelle la philosophie ne sert à rien, en tout cas qu’elle a peu de portée et qu’elle n’a par conséquent pas sa place dans notre société.
En attendant, vous ne pouvez pas ne pas avoir de réaction quand à cette analogie entre philosophie et médecine. C’est pourquoi je suis à votre disposition pour répondre à quelque éclaircissement, désaccord, objection ou interrogation que ce soit.

En promesse de bien nombreux autres travaux de réflexion,
Loac

Pour aller plus loin :

PHILOPURE : « Horkheimer, Théorie critique, « La métaphysique comme marché du rêve pour une société accomplie »

PHILOPURE : « M.Foucault et les bio-pouvoirs » (traite du problème de la norme dans la société)

PHILOTHERAPIE : Article III « L’éducation de l'(ho)erreur »

PHILOTHERAPIE : Article V « Platon et l’amour »

Platon, Le Gorgias, Le Théétète.

G.Canguilhem, Le normal et la pathologique.

Claude Bernard, Introduction à la médecine expérimentale.

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. de murcia dit :

    Voir de l’homme à l’Homme « introduction à la philothérapie » chez Léo scheer, manuscrit B.

    J'aime

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