PHILOTHERAPIE

Philothérapie : Article n°04 : Le nucléaire : Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie ?

Production, destruction, propreté, pollution ou encore vie et mort font du nucléaire une bien étrange symbiose. Il y a de quoi s’y perdre quant à le juger et plus encore quant à la position de l’Iran à ce sujet, ce que je vous propose de faire dans cet article, et ce dès lors que l’on prend un point de vue aussi général.
Avec ce recul, le nucléaire est une technologie et non une technique. Cette distinction est ici très importante d’autant plus que nous considérons habituellement le nucléaire plus comme une technique que comme une technologie. Les moyens ou outils pour produire le nucléaire sont de l’ordre de la technique. Il s’agit donc par exemple aussi bien des centrales nucléaires que des bombes du même ordre.
La technologie est bien autre chose. Bien qu’elle ait un lien certain avec la technique, elle ne doit pas être confondue. La technologie est un univers, un univers qui progresse et se développe de manière autonome. C’est-à-dire que nous n’avons pas d’influence sur lui, et c’est plutôt l’inverse. La technique est au service de l’Homme et à son tour l’Homme est au service de la technologie. La différence capitale de la technologie sur la technique tient justement en cette influence sur nous qui pose d’importants problèmes de valeurs. La technologie déborde de valeurs et le nucléaire qui fait partie de ce monde amplifie sans limite ce problème de valeur par un enjeu capital ; l’existence de l’humanité. Car le nucléaire, même s’il favorise et protège la vie par bien des façons, est avant tout et par dessus tout la plus grande menace de l’humanité et même de l’intégralité de ce qui vit sur Terre. Il suffirait qu’une seule de ces bombes explosent pour que notre enjeu soit perdu. Et ce serait irréversible, c’est-à-dire sans retour possible. Contrairement à ce que notre culture cinématographique laisse entendre et finit finalement par nous faire croire, il n’y aurait aucun survivant, rien. Tant bien même que nous nous enterrerions ou que nous allions même dans l’espace, nous mourrions tout bonnement de faim. Le nucléaire est le danger le plus grand et le plus immédiat de l’humanité, il faut le prendre au sérieux et se demander si ce que nous nous autorisons à son égard est légitime face à de pareils risques. Vous m’objecterez peut-être qu’il y a bien d’autres risques tout aussi grave pour l’humanité mais il ne sont pas aussi constatables et immédiats que le nucléaire. A n’importe quel instant, tout peut se terminer pour le vivant, des milliers d’années d’histoire biologique et humaine serait réduite à ce que nous pouvons nous représenter comme étant le néant.
Il n’est donc pas surprenant de se préoccuper de cette univers technologique et des valeurs qu’il produit et qui nous influence. Et pour cause, qui a réellement voulu une telle situation ? Qui a réellement voulu de la technologie nucléaire ? Attention aux mots, je parle bien de technologie. Nous avons mis la technique à notre service pour nous protéger et le nucléaire s’est présenté à nous comme étant la meilleure solution face à nos besoins. C’était bien plus une arme de dissuasion que de destruction de l’humanité, comme un recours ultime pour une paix mondiale. Aujourd’hui, la possession de cette technique est la marque d’une certaine puissance, une puissance qui devient technologique. C’est une valeur convoitée notamment par les chefs d’états et plus précisément par l’Iran. Ce n’est pas une nation qui est ici critiqué mais un processus. Nous pouvons d’ailleurs comprendre l’intérêt et la légitimité de l’Iran à posséder cette technique. Face au devenir de ces pays il n’y a a priori pas d’autre solution puisque l’or noir se tarit. Quand ce jour arrivera, qu’adviendra-t-il de ces pays tels que l’Iran, ceux qui sont en possession de ces ressources fossiles qui ont fondé notre confort actuel ? L’Iran ne serait-elle pas en train d’anticiper ce à quoi vient d’échapper de peu Dubaï ? A-t-elle vraiment tord d’opérer pareille anticipation ? Ne pas anticiper est pourtant ce que nous reprochons à nos puissances occidentales. Le problème n’est pas vraiment là mais plutôt dans les rapports de force que cela va créer dans ce monde en mutation d’envergure nouvelle. Ceci est un pan du problème. L’autre, tout aussi grave puisque très lié, est de savoir si cette énergie sera bien maîtrisée, bien contrôlée, bien surveillée ? Peut-on se permettre de voir cette menace se répandre pour des prétextes plus ou moins étrangers à ceux que furent les nôtres, tous illégitimes face aux problèmes que j’ai exposé plus avant ?
Plus que des valeurs, la technologie crée des sollicitations. Pour le comprendre nous pouvons nous tourner vers la téléphonie mobile ou l’informatique. Initialement, elles étaient réservées à une élites professionnelle, puis aisée avant de se démocratiser grâce à un coût accessible aux moyens financiers de tous. C’est alors que posséder un portable ou un ordinateur est devenu une norme alors que ça ne l’était pas avant. Il est à ce jour normal de posséder un portable ou un ordinateur, c’est bien pour de nombreuses raisons mais ne pas en posséder, ce n’est alors pas normal mais est-ce mal pour autant ? Non, bien sûr mais nous ne pouvons nous empêcher de penser cette « anormalité » de manière négative ne serait-ce qu’en songeant aux contraintes liées à une telle privation. Pour bien comprendre ce processus de normalisation, je vous invite à consulter l’article « Foucault et les bio-pouvoirs » ou encore dans la seconde partie de l’article « Peut-on réduire le vivant à une machine », se trouvant tous deux dans la rubrique « Philopure ».
Dans l’exemple que je viens d’exposer pour comprendre comment peuvent fonctionner ces sollicitations, il n’y a pas d’incidence grave mais si l’on se tourne de nouveau vers le nucléaire, nous avons grandement à nous inquiéter quant aux conséquences d’une telle démocratisation à l’échelle de notre planète. Mais pourquoi l’opinion ne se révolte pas ? Pourquoi les politiques ne réagissent-ils pas avec plus de ferveur, car il n’est pas nécessaire d’être érudit pour comprendre l’enjeu d’un tel problème. Tous en ont très bien conscience. En revanche, en tant que citoyen nous n’avons pas toujours pareille mesure du problème. D’une part à cause des films qui nous montrent une arme ultime ou des fins du monde heureuse où les héros eurent beaucoup d’enfants et d’autre part à causes de mauvais usages de langage par les médias, responsables politiques et autres qui font notamment la confusion que j’ai éclairci, celle entre technique et technologie. Nous mettons toujours en avant l’aspect technique plus que technologique. Il n’y a qu’un type de bombe, la bombe nucléaire qui représente un risque mais tant d’avantages et d’applications nucléaires pour produire de l’énergie propre en quantité, pour se chauffer, s’éclairer, faire fonctionner portables, ordinateur et toute une économie, tout un pays et qui sait tout un monde. Nous sommes tenté de nous reposer sur un système différent de celui du pétrole sans en mesurer l’impuissance réelle, la bombe nucléaire pouvant tout détruire, en s’aveuglant des bienfaits de sa puissance face au précieux pétrole, face à notre confort. Notre aveuglement se réduit donc à un choix entre deux options, foncer ou appliquer le principe de précaution. Mais le choix est déjà en train de se faire, par égoïsme, pour notre confort, pour demain, l’année prochaine. Vous pourrez me reprocher de ne faire que critiquer, chose facile quand on ne propose pas de solution. La solution, je suis en train de la préparer, de la construire car elle n’est évidemment pas simple et elle peut même être dite « constructive ». A mesure de mes articles, elle se profilera, prendra forme. Je ne prétends rien inventer, ce sont là des sujets de recherche au cœur de la philosophie actuelle. Je me propose simplement de donner ma contribution et de rendre accessible les fruits de ces recherches au plus grand nombre, y compris ceux qui ne font pas de philosophie. C’est ce que Kant appelle lui-même la « véritable vulgarisation philosophique » dans ses Fondements de la métaphysique des mœurs.

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