Philothérapie : Article n°02 : La mort de l’art

La mort d’un chien pour l’art semble déranger la morale de chacun. Et pour cause il n’est pas morale de tuer un animal, qui plus est d’une telle manière. Cependant il y a quelque chose de plus dans cette mort par ce qu’elle est dite et considérée comme faisant objet d’art. Mais qu’est ce que l’art ? L’art permet-il de légitimer un acte de mort ?
L’art nous dit Hegel doit être désintéressé c’est-à-dire qu’il ne doit pas être utile. Par exemple, il ne peut y avoir d’art culinaire en cela que l’objet d’art a une fin qui lui est extérieure, ici se nourrir. L’art ne doit ainsi pas être consommé, c’est-à-dire aussi bien mangé qu’acheté ou finalement ici… tué. Nous avons selon Hegel et déjà à son époque au XIXe siècle déjà dépassé l’art. Autrement dit il n’y a plus d’art au sens où Hegel l’entend.
L’art se donne tout d’abord au sens, c’est la première appréhension que nous pouvons en avoir. Et cette apparition sensible se fait au travers de ce que nous appelons l’œuvre d’art. L’œuvre d’art est produite par l’artiste qui incarne une partie de son esprit dans la matière. Ceci est simple à comprendre, l’artiste à une idée en son esprit, par exemple celle d’un lion et va transformer la matière pour représenter un lion. C’est ce que Hegel appelle le combat de l’esprit et de la matière. Déjà nous pouvons nous demander ce que Guillermo Vargas Habacuc à souhaité représenter, c’est-à-dire quelle a été la représentation première, l’idée. Elle paraît simple, celle de mort.
A présent, allons plus loin dans la conception hegelienne de l’art. Lorsqu’il y a correspondance entre la forme sensible (l’œuvre d’art) et l’idée (de l’artiste) alors la représentation possède quelque chose de plus, quelque chose que n’avait pas la présentation première, l’idée. C’est ce que Hegel appel l’esprit absolu. Analysons une œuvre de Picasso, Guarnica que nous avons tous à l’esprit afin de comprendre ce concept d’esprit absolu. Ce tableau représente la guerre dans tout ce qu’elle a d’atroce, de destructrice ou encore de sombre au travers de la représentation du bombardement du village de Guarnica. Picasso avait une idée en son esprit, idée qui s’est incarnée dans la matière, dans son tableau. Et c’est dans sa représentation sensible que la scène de Guarnica s’est comme élevée. Il y a une élévation du particulier, cette scène, à l’universel, le concept, ici concept de guerre. Le tableau ne représente non plus une guerre en particulier mais ce qu’elle a d’universelle, de conceptuelle, ce que chacun d’entre nous peut reconnaître en elle.
Mais alors comment nous est-il permis de comprendre la démarche de Guillermo Vargas Habacuc. A travers la mort d’un chien, que peut-on comprendre de conceptuel ou d’universel ? Nous ne nous reconnaissons pas dans la mort d’un animal et il ne semble pas y avoir quelque chose de l’ordre du concept. Par exemple, on reconnaître plus quelque chose de l’ordre du concept en observant un homme promenant son chien le matin qu’en en le voyant mourir de cette même main.
Un tel acte ne peut donc pas être considéré comme de l’art et au fond, une analyse, philosophique ou non n’était pas absolument utile pour le comprendre.
Il y a autre chose à travers cet acte, quelque chose de plus caché par l’éclat produit par cet artiste. Ce qu’il y a de plus préoccupant c’est de faire de cet art illégitime une norme. La norme se fonde sur la liberté. Si on laisse quelque chose avoir cours c’est qu’on le considère comme normal. Ce qui est préoccupant c’est de voir un art aussi illégitime soit-il être encouragé par des représentants de l’art lui-même. Ceci est révélateur des problèmes que peut poser notre société de normalisation. Qu’est ce qui est normal ? Tuer un chien est anormal alors que tuer des souris pour la science, pour l’amélioration de notre espèce est normal ? Comment comprendre ces normes ? Sur quoi reposent-elles ?
C’est la société qui produit des normes sur lesquels se fondent toute une morale, une éthique avec ses interdits etc. Dans ce cas précis, la norme est dictée par l’art, art comme système auto-référentiel. L’art défend ses objets d’art, ses œuvres comme ces dernières se défendent en se présentant comme étant de l’art. C’est ici que la réflexion et l’analyse, c’est-à-dire la philosophie, sont essentielles. Car elles permettent de voir ce qu’il y a de légitime ou d’illégitime dans un acte ou une pensée. Le danger tant bien même que nous réfléchissons est d’être abusé par le langage. Rien qu’avec le mot « art » il est assez étonnant de voir toutes les conceptions que chacun peut en donner, sans savoir pour autant ce que peut être l’art, dans son essence, sa nature. Il est sans cesse nécessaire d’élargir sa pensée, de la confronter à d’autres en admettant que son savoir puisse être faux tant bien même que l’on saurait avec certitude que nos arguments sont légitimes. Ce cas de mort d’un chien pour l’art est un cas isolé de ce que la norme peut avoir de néfaste et de risqué et il est finalement à la lumière de notre analyse évident. Nous en avons tous plus ou moins l’intuition. L’essentiel est de bien la formuler, de se mettre d’accord les uns avec les autres pour produire une norme plus forte que celle proposée par des fondements illégitimes. La solution est au moins et en partie d’ordre communicationnelle. Il revient donc à chacun d’entre nous d’exprimer cette intuition commune en une même volonté aussi bien dans cet exemple particulier d’art que dans tout ce dont nous pouvons avons avoir l’intuition pour que les normes soient morales et garantes de notre humanité.

Pour aller plus loin :

-Dans l’art :
Hegel, Esthétique, Tome I et II

-Dans le concept de norme :
M.Foucault, Histoire de la sexualité, Tome I : La volonté de savoir.
Commentaire de cette même œuvre dans la rubrique « Philopure »

8 commentaires Ajouter un commentaire

  1. WAREMBOURG dit :

    Ce que je viens de lire dépasse l’entendement, quel sinistre
    personnage.
    Cette société a vraiment perdu tout bon sens!

    Je propose que l’expérience soit tentée avec un humain et pourquoi pas avec Guillermo Vargas HABACUC!!!

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    1. LOACMATEO dit :

      Bonjour,
      Je suis bien d’accord avec toi/vous ; ceci dépasse l’entendement. Pourquoi ? Par ce que nous ne savons finalement plus ce qu’est l’art. Avec Hegel ou encore Platon, nous savions ce que c’était, ou en tout cas l’art avait des limites et une définition précise et rigoureuse. Je suis plutôt en accord avec la conception hégélienne de mort de l’art (bien que cela puisse être discuté), ainsi nous voyons bien avec cet exemple « sinistre » que le concept d’art a aujourd’hui bien peu de sens. Il suffit de poser la question à une personne dans la rue sur ce que qu’est l’art pour s’en rendre compte facilement. De fait, au travers de la pratique de ce dit artiste, ce qui dépasse notre entendement c’est finalement le concept d’art.Le problème dépasse l’acte de l’homme lui-même, bien que je ne pense pas non plus qu’ils ne doivent pas être proscrit.
      Enfin, pour ouvrir sur un éventuel sujet d’article je dirai que ce que fait Guillermo Vargas Habacuc et à travers lui le problème de concept d’art conduit à un problème bien plus large si ce n’est vaste qu’à mon sens vous soulevez un peu par intuition. C’est tout simplement le problème de la place de la philosophie et de la réflexion dans nos société dites « évoluées ». Vous dîtes vous-même que cette dernière a perdu « tout bon sens ». Le bon sens n’est rien d’autre que la raison ou capacité de raisonner correctement, et la raison est le propre de l’intelligence en tant que faculté de comprendre, de s’ouvrir à ce qui nous entour, ce qui est tapis ; la vérité des choses. Pour conclure, je rappellerai simplement l’étymologie grecque de « vérité » qui se dit ainsi « aléthéia », ce qui est caché, ce qui est voilé. La raison et la philosophie lorsqu’il s’agit de sa pratique permet donc de lever le voile pour découvrir ce qui est vraiment ; la vérité. Ou encore, un autre sujet de réflexion serait tout simplement si nous devons le respect aux animaux… Ce qui est aussi extrêmement intéressant.
      Je vous laisse apprécier cette brève réflexion et suis à votre disposition pour poursuivre ce « débat » ou plutôt fil de pensée ou encore éclaircir un point que vous jugerez peut-être incomplet ou à éclaircir.
      Bien cordialement, Loac

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  2. Mél dit :

    A t-on des photos du chien ? La preuve qu’il est mort ? je ne vois rien de tout ça ! Vous vous insurger pour si peu… Les gens réagissent très mal à cette histoire ( le but de Guillermo est de faire parler de son œuvre et vous y contribuez 😉 ) Et souhaitent la mort en voulant lui faire subir 1001 tortures ( facebook ) je ne trouve pas tous ces gens qui lui en veulent mieux que lui bien du contraire… Maintenant chacun a ses opinions et les miennes sont favorables à l’artiste ! Bonne soirée

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  3. LOACMATEO dit :

    Bonsoir,
    Je commencerai de prime abord par dire qu’il ne s’agit pas pour moi d’émettre une opinion. S’agissant d’une analyse philosophique, je fonde ma position sur des arguments. De fait je tiens à distinguer la démarche artistique et sa légitimité. Par exemple, nous sommes contre la peine de mort par ce que nous nous sommes peu à peu rendu compte qu’elle n’était en fait ni morale ni juste. Alors comment penser la condamnation d’animaux pour une cause artistique ? C’est ce que je démontre dans cet article en me fondant sur l’Esthétique de Hegel.
    Par ailleurs les chiens en questions ne seraient pas mort et auraient même été relâché après l’exposition. Mais qu’importe ? Quoi qu’il en soi une limite vient d’être atteinte si elle n’a pas été franchie. C’est un fait qui comme d’autres posent la question de ce qu’est l’art aujourd’hui. C’est ce sur quoi j’ai pour projet de travailler dans un prochain article qui portera sur le situationisme.
    Je tiens aussi à dire que je n’ai aucune animosité envers cet homme, d’ailleurs c’est ce qu’il est possible de constater à la lecture de cet article. Il ne s’agit pas pour moi d’influencer les gens de façon arbitraire mais d’analyser et de critiquer un fait pour que les gens aient justement les moyens de se faire leur propre opinion. Pour preuve, rien ne vous a empêché ici de ne pas être d’accord avec la voix de réflexion que je propose.
    Enfin, et je vous rejoindrai sur ce point, c’est-à-dire le fait que je contribue à diffuser cette information. A la différence que ma contribution n’est pas simplement la diffusion d’un scandale ou au plus d’une haine. Il s’agit pour moi d’ajouter à cet évènement une démarche constructive. Par exemple, pour que les gens savent pourquoi ils ne sont pas d’accord, en connaissance de cause et non pas sur une simple émotion ou intuition, ce qui mène justement à des comportement agressifs que je ne soutiens en aucune façon. Ils peuvent aussi à se poser des questions plus profondes, comme celle de savoir ce qu’est l’art, s’il a des limites etc. et même se référer à la bibliographie qui suit l’article. En outre, il est possible de connaître la visée de ma démrache dans l’article « Lancement de Philothérapie » rubrique « Annonces et présentations des projets ».
    J’espère ainsi que ma réponse éclaircira certains aspects de ce phénomène ainsi que de ma démarche et te remercie pour ta réaction.
    Bien cordialement, Lc

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  4. Joie dit :

    Bonjour Loac, voici le début de ma réponse, en préambule j’ai quelques questions(je reviens sur mon message envoyé samedi dernier): si y « mort de l’art » n’y a-t-il pas mort de la culture?ces deux thèmes ne font ils pas de pairs?si l’art est mort, à quoi servirait l’histoire par exemple de celle de France qu’on a appris pour le bien de notre culture général?.

    Peut être que toutes ces questions mériteraient d’être developpé ultérieurement.

    Il est noté qu’il n’est pas moral de tuer un animal: je suis d’accord et en même temps ça me pose question: Pourquoi tuons des animaux pour se nourrir, je vais éviter de faire la liste, elle serait longue. Et tu vas peut croire que je fais le « bebête » mais ce n’est pas le cas ou en prenant le tableau du chien ci-dessous: En Asie, ils mangent du chien et ça fait parti de leur culture, d’autres mangent du cheval alors que pour ma part, c’est inconcevable et en même temps, mon avis à la rigueur on s’en fiche.
    Après tuer un animal peut avoir des degrès différents, tout dépend dans le pays ou la société dans lesquels tu vis.
    Je poursuivrai en fin de journée si j’ai le temps.

    Chrixtophe

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  5. LOACMATEO dit :

    Christophe,

    Oui les questions que tu soulèves sont intéressantes. Je commencerai par la première et celle qui me parait la plus vaste de sens. J’en poursuivrai le développement dans ma réponse à la deuxième partie de ton commentaire. Le rapport art/culture est en effet central. Mais pour interroger ce rapport je demanderai tout d’abord si la culture se réduit à l’art ? La culture ne touche-t-elle pas à tout ce qui a trait à l’homme ? Une pierre posée sur un chemin n’est-elle pas déjà un signe de culture ? C’est ce que défend E. Cassirer dans sa science de la culture. La culture est une production de symboles qui ont des formes (les formes symboliques de la culture). Et l’art n’est qu’une forme parmi d’autres, parmi les mathématiques, la physique, la psychologie, le mythe etc. La question s’en trouve élargie. Et donc en réponse on ne peut pas dire que « mort de l’art = mort de la culture ». Néanmoins et pour poursuivre, on peut bien parler de mort de l’art et de mort de la culture. Il y a bien des formes d’art « mortes » tels que l’art antique ou encore celui de la Renaissance. De même pour les cultures, les cultures maya ou grecque antique sont belles et bien mortes. Ainsi l’apparition aussi bien que la mort de cultures, d’arts et plus largement de formes symboliques sont des questions dont se soucis beaucoup Cassirer.
    « A quoi servirait celle de France que l’on a appris pour le bien de notre culture générale ». Ici un autre élément s’ajoute, l’histoire et la mémoire. Pour créer de nouvelles formes, une nouvelle société, un art nouveau, il faut un sol, une tradition pour que celle-ci même soit dépassée par cette « nouveauté ». Aussi apprend-t-on l’histoire pour communiquer une cohésion nationale. Car la nation et sa cohésion se fait entre autre par le partage d’une histoire commune. Mais c’est ici s’écarter du sujet.
    « Tout dépend du pays ou de la société dans laquelle tu vis ». Oui en effet, car on parle de « la » culture alors que l’on voit très nettement qu’il y a « des cultures » et qu’elles sont différentes les unes les autres. S’il y a des points communs entre elles toutes, ce que Cassirer élabore par le terme de « forme symbolique » ou encore C. Lévi-Strauss avec le structuralisme, les cultures n’en restent pas moins différentes. Et c’est à mon sens cette différence extrinsèque des cultures entre elles qui « fait vie » dans ce que nous nommons « humanité ». L’humanité est vivante et en bonne santé en cela qu’elle se diversifie, se différentie. Ne pas se différentier c’est s’identifier, et cela revient à demeurer. Et ce qui demeure est ce qui meurt ou est mort. La mort est l’inertie, la matière inerte. Une humanité qui se structuraliserait au point de ne plus voir entre ses cultures de différences fondamentales serait une humanité en mauvaise santé car elle ne serait plus dynamique mais tendrait à l’inertie.
    C’est la raison pour laquelle nous mangeons des escargots ou des cuisses de grenouilles, la raison pour laquelle « eux » mangent du chien etc. et qu’il ne faut pas se faire une question trop importante que de savoir ce qui équivaut ou vaut le plus dans tout cela. Au regard de cette définition dynamique de l’humanité et des cultures qui la constituent tels les organes d’un corps biologique cette question est bien superflue, autant que celle de se dire que toutes les cultures se valent. Toute culture n’en vaut pas une autre.

    Merci pour ces questions,

    Amicalement,

    Loac

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  6. Emilia Agati dit :

    Ce n’est pas de l’art, c’est moche et c’est un manque de respect, faut avoir de sacrés goûts de merde.
    Dans ce cas pourquoi ne pas faire ça avec un humain ?
    J’ai déjà choisis, ce sera lui et tous ceux qui aiment son art ! 🙂
    N’empêche, il a vraiment une sale gueule ! XD

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